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De l'érudition phylactale. par Cryma
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Philosophilactères
GénéralLe 29 oct 2013
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La bande-dessinée pour philosopher

 

Il n'est pas aisé de philosopher ! Alors, quand on a déjà pas le temps de lire toute notre pile Bd, hé bien il reste encore moins de temps pour ouvrir un pavé de Nietzsche ou un codex d’Épicure...

Mais je suis là, et pour vous aujourd'hui, je vais vous proposer une série d’œuvres à bulles à mettre directement en lien avec quelques lectures philosophiques.

Pour des raisons de facilité, chaque conseil de lecture sera résumé en 3-4 mots. Je n'explique pas, je guide ! Je vous montre la voie, à vous d'y trouver la vertu ! (C'est une référence à Lao Tseu pour les billes en Philo...)

 


 

Commençons facilement :

 

La sagesse bouddhiste !

Vous n'avez pas le temps de vous coltiner les sutras et les quatre nobles vérités, je vous conseille trois lectures indispensables :

       

La vie de bouddha (Osamu Tezuka)​

car il reste une œuvre exceptionnelle qui vous apportera une base théorique.

 

Les vacances de Jésus et Bouddha (Hikaru Nakamura)

Car mine de rien, à travers cet humour potache, se cache un nombre de références et plusieurs préceptes majeurs sont intelligemment restitués dans un contexte contemporain, une sorte de guide pratique en somme.

 

Mushishi (Yuki Urushibara)

Car Mushishi, c'est en quelque sorte le satori. Après vos deux premières lectures, il vous apportera un réel éclaircissent (pour ne pas dire « illumination ») sur le lien de l'être humain à la nature, au monde vivant. De plus, cette œuvre est, pour moi, une illustration magistrale du principe de vacuité de l'existence (ce qui n'est pas négatif ici) qui est l'une des bases du bouddhisme.

 

 

         

 


 

 

Vient ensuite l'Hédonisme.

Vous ne connaissez pas l’hédonisme ? Hé bien, dans les grandes lignes, c'est une doctrine grecque qui consiste à rechercher un bonheur perpétuel dans l'existence, en le ménageant, en le cultivant, et, bien sûr, en ne l'épuisant pas.

En résumé, profitez de la vie, mais correctement et sans exagérer ! Je vous conseil d'ailleurs la lecture du « Manifeste Hédoniste » (Michel Onfray). Trois lectures également :

 

Le gourmet solitaire (Jiro Taniguchi)

Car Taniguchi est l'homme de la situation quand il s'agit de profiter de l'existence de manière modérée. Son génie en matière de philosophie du quotidien à travers des chemins tels que la nourriture, la promenade ou les rencontres atteignent leur apogée dans ce livre.

 

Geonbae (HONG Dong-Gi / HONG Dong-Kee)

Car cette œuvre coréenne est un chef d’œuvre sur l'art de la dégustation, de la découverte et de l'appréciation de ce que nous apporte le monde au quotidien. De plus, ces livres enseignent le maintien des traditions mais aussi l'évolution intelligente des plaisirs de l'homme.

 

Le retour à la terre (Manu Larcenet)

Car un retour à la nature, c'est toujours l'occasion de se ressourcer, de faire le point sur nos vrais plaisirs et ceux qui étaient superficiels. De plus, à travers leur humour doux et sensible, les auteurs livrent une belle fable hédoniste !

 

    

 


 

 

AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA (Nietszche)

Très difficile d'aborder Nietszche en si peu de temps. Ce principe de Surhomme que personne n'a encore réussi à interpréter correctement (selon moi) et cette doctrine qui enseigne tant bien que mal que la misanthropie est une lutte de chaque jour afin de sauver l'humanité... Un peu paradoxal tout ça... et pourtant :

 

Silver Surfer (Kirby – Lee)

Vous me direz : « n'importe quel superslip peut nous illustrer les détails des mécanismes du surhomme nietzschéen mon bon monsieur ! ». A cela je réponds oui...et non. Surtout non d'ailleurs ! Car le surhomme de Nietszche est déconnecté des humains, ce qui est le cas de très peu de super-héros ! Le surfeur en fait partie ! Ce surhomme qui est littéralement condamné à veiller sur l'humanité tout en la haïssant davantage à chaque aventure. Les 17 premiers fascicules de cette œuvre sont un chef d’œuvre et une vision tellement nietzschéenne du surhomme qu'on croirait que ça a été écrit pour !

 

All-star superman (Morrison-Quitely)

Car Superman est l'incarnation comics du surhomme. Il est d'ailleurs fort probable que les créateurs de Clark avaient lu notre philosophe préféré avant la création de leur personnage fétiche. Dans ce tome-là, Morrison illustre parfaitement l'incapacité de l'humanité à se sauver, voire même à vivre avec elle-même. Elle aura d'ailleurs besoin d'une entité supérieure, qui, pour les sauver, devra paradoxalement s'éloigner d'eux. La mort en est une façon magistrale !

 

L'Incal (Jodorowsky-Moebius)

Car l'Incal projette l'idée du surhomme dans la science-fiction. Jodo est un petit génie et il le prouve à chaque page ! Difool n'est pourtant pas le profil idéal du sauveteur à la base, et c'est ce qui en fait un sujet idéal quand on parle de philosophie nietzschéenne. Une autre illustration d'un surhomme au delà de toutes considérations humanistes, et pourtant, le plus humaniste de tous !

 

 

    

 


 

 

La voie et la vertu (Lao Tseu).

Cette œuvre, encore très lue aujourd'hui, doit son succès à ses textes courts et relativement compréhensibles. En (très) résumé, Lao Tseu nous enseigne les bonnes manières de la vie quotidienne mais aussi de la vie philosophique. Trois lectures :

 

20th Century Boys (Urasawa)

Car Urasawa, à travers cette énorme fresque du parcours chaotique d'Ami, nous prouve que la voie n'engendre pas forcément la vertu. En effet, Ami, passant de la naïveté de l'enfance à l'idéalisme de l'adulte, a emprunté la mauvaise voie. Une méthode que Lao Tseu met en avant dans son œuvre. On ne trouve pas la vertu en la cherchant (ce que beaucoup font), mais en l'acceptant ! Ces deux voies possibles sont parfaitement engendrées respectivement par Kenji et Ami.

 

One piece (Oda)

Uniquement pour Luffy. Luffy incarne cette vertu naïve et dénouée de toute considération « majeure ». Contrairement à d'autres Shônen où le protagoniste est vertueux dans un but précis (sauver quelqu'un, se dépasser physiquement...), Luffy incarne un désintéressement purement philosophique dans son approche du sens de l'existence. Luffy n'a pas cherché la vertu et c'est ce qui fait de lui l'incarnation d'un Lao Tseu contemporain !

 

The Killing Joke (Moore-Bolland)

Drôle de choix me direz-vous. Je suis bien d'accord. Mais c'est aussi oublier que l'ensemble de l’œuvre qui tourne autour de la chauve-souris et du Joker représente une dichotomie des plus intéressantes. En effet, comme pour Ami et Kenji (voir première lecture), ces deux faces de la « non-vertu » ont empruntés des chemins différents. A noter ici que chaque face est négative. En effet, Batman représente la vengeance (que Lao Tseu ne reconnaît pas comme vertueuse) et le Joker représente le sadisme et/ou la folie (...). L'avantage de cette œuvre (et non une autre) est que le parcours de chaque personnage se déroule dans un parallèle clair à la lecture et que la fin est un parfait contre-exemple de l’œuvre philosophique.

 

 

      

 


 

 

Le Banquet (Platon).

L'un des textes majeurs de Platon (ou Socrate, qui sait?) où l'on aborde l'un des thèmes majeurs de l'esprit humain : l'amour. Bien loin d'en livrer une vision poétique (coup de foudre) ou une vision scientifique (phéromones et compagnie), l'auteur nous en livre une vision philosophique des plus...amusante.

 

Habibi (Thompson)

Habibi est une œuvre majeure dans tous les sens du terme (La taille, l'importance, l'impact) ! Si Platon explique l'amour de manière quelque peu folklorique à base de personnes tranchées en deux qui recherchent leur moitié perdue pour ne plus former qu'un, Habibi illustre bien ce besoin d'amour (et de tendresse) à travers les souffrances physiques (être coupé en deux) et morales (se sentir vide). Les deux protagonistes vivront nombre de désillusions avant de se retrouver et de compléter (littéralement) quelque chose chez l'autre. Notons au passage que notre héro masculin a réellement perdu une partie de lui-même...

 

Nodame Cantabile (Tomoko Ninomiya)

Pour mon second choix, il est probable que n'importe quel Shojo aurait fait l'affaire, mais je n'en ai pas lu énormément. Nodame reflète pourtant bien le discours de Platon dans ce sens (simple, je vous l'accorde) que les personnages principaux se complètent parfaitement. Ainsi Megumi apportera la spontanéité qui fait la fougue de l'art, et Chiaki incarnera quant à lui cette rigueur qu'impose une discipline stricte comme la musique. Et si l'amour était l'art ultime qui requiert un peu des deux ?

 

De cape et de crocs (Ayroles-Masbou)

Troisième choix audacieux ! Cette œuvre est tellement nourrie de textes classiques (et donc bien souvent symboliques) qu'elle serait un bon exemple pour chaque paragraphe. Je m'attarderai donc sur une méta-lecture du texte. Ainsi, nos héros sont des animaux (presque les seuls de l’œuvre) qui ont une quête d'existence. Que recherchent-ils au final si ce n'est une humanité ? En effet, derrière des physiques bestiaux, ils vont imiter l'homme à la perfection, allant parfois jusqu'à exagérer certains traits (comme une prose hyper-recherchée). La résolution des énigmes se fera sur la lune où chacun (ou presque) trouvera ce qu'il cherchait (et l'amour en fait évidemment partie). Audacieux exemple du discours de Platon : ce que l'on cherche le plus au monde est quelque chose qui était autrefois si proche de nous qu'il est aujourd'hui un manque. Il faudra parfois parcourir l'univers afin de la trouver.

 

     

 


 

Lettres d’Épicure.

l'Épicurisme, qu'on ne présente plus, est la recherche de l'ataraxie (tranquillité de l'âme) à travers l'absence de souffrance mais surtout l'absence de plaisirs non nécéssaires !

 

Cédric (Cauvin – Laudec)

Cédric appartient à l'ensemble des BD « éducatives » qui regroupe également Titeuf ou Petit Spirou. J'ai choisi Cédric car elle me semble moins superficielle que les autres (mon avis hein!) et c'est ce qui illustre bien la pensée d’Épicure. Ainsi, Cédric aura ses moments de plaisirs non-nécéssaires (Un cheval et que sais-je encore) mais l'accent sera mis au final sur ses besoins réels, ceux qui lui apportent le vrai bonheur (Les amis, l'amour et, surtout, la famille).

 

Catsby (Kang Do-ha)

Catsby. Je ne vous présente pas ce chef d’œuvre méconnu qui raconte l'histoire d'un trentenaire paumé à qui la vie ne sourit pas beaucoup. Parfaite illustration de l'épicurisme, car Catsby commencera par rechercher le bonheur dans des choses superficielles comme des relations amoureuses pas très sérieuses, des regrets qui lui pourriront le quotidien ou des dépendances comme la cigarette. Il finira (non sans mal) par entrevoir ce qui est réellement important pour lui et nécessaire à son existence. L'histoire ne se conclut pas réellement et c'est ce qui est intéressant. Car l’épicurisme, aussi utile soit-il, n'atteindra son but qu'une fois libéré du quotidien, chose très rare pour nous !

 

Kick Ass (Millar-Romita)

Quoi ? Kick Ass ? Mais où se trouve la paix de l'âme dans cette œuvre ? Hé bien, elle est sous nos yeux tout le long ! Ainsi, notre héro cherchera tout d'abord à se rendre utile aux autres (en devenant un justicier), se rendra bien vite compte que cela engendre des pertes et de la souffrance. Ainsi, Kick ass est un parfait contre-exemple critique de l'épicurisme. Voyez plutôt : Si la recherche du bonheur est l'absence de souffrance, l'absence de souffrance fait disparaître la notion même de bonheur (par opposition). Kick Ass nous donne une solution en nous mettant face à une souffrance heureuse. La souffrance devient une appréciation et se transforme en autre chose, comme le bonheur. Et si c'était ça, la vraie leçon d’Épicure ?

 

  

          

 


 

Micromegas (Voltaire) ou la loi de la relativité avant l'heure !

Voltaire, à travers ce conte, nous démontre que l'être humain est un personnage obligé de se comparer à ses semblables et ses non-semblables, de vivre avec cette idée de non individualité et d'absence de supériorité.

 

All new X-men / Uncanny X-men (Bendis)

Résumons Voltaire : Micromegas se croît le best des best mais se rendra compte que même des petites merdes comme les terriens se croient les meilleurs. Dès lors, la supériorité découle-t-elle d'une idée philosophique ou d'une réalité physique ?

Cyclop, en tant que mutan, est supérieur physiquement (et son mentor Magneto aussi) aux humains, mais sont-ils supérieurs philosophiquement ? Ainsi, si la supériorité se créée dans l'idée, Bendis nous donne une voie de compréhension à travers ses deux séries parallèles. Il nous présente une supériorité inscrite dans la physique avec « Uncanny » et une supériorité inscrite dans l'idée et la représentation dans « All new » (à travers, notamment, l'héritage de Xavier). Le but ici n'est pas d'évaluer la bonne réflexion de la mauvaise mais bien de démontrer qu'elles s'annulent dés lors qu'elles se confrontent (à l'instar du texte de Voltaire).

 

Astérix (Gosciny-uderzo)

Le village des gaulois se croit le plus fort, César se croit le plus intelligent. Dans cette œuvre intemporelle, des personnes « supérieures » (comme Micromegas himslef) rencontreront sans cesse des « entités » qui les mèneront au relativisme. Ainsi, comme Micromegas déchanta en rencontrant le peuple de la terre, les gaulois relativiseront dans de nombreux albums en rencontrant, au hasard, les belges, les corses ou les vikings. Astérix ou l'une des plus belles œuvres philosophiques traitant du relativisme !

 

Dragon ball (Toriyama)

Sangoku est Micromegas ! Pas besoin de preuves, il suffit de lire les deux textes en parallèles. Un être supérieur débarque sur terre et se confronte à la fierté humaine, le relativisme dont fait preuve Goku tout au long de l’œuvre est une parfaite et magnifique illustration du discours de Voltaire. Ainsi, Dragon Ball crée de la relativité dans les relations hostiles (Goku ne se croît pas supérieur à ses ennemis, contrairement à eux) mais surtout il aborde le relativisme de manière très simple dans des sujets compréhensibles pour les enfants.

 

 

     

 


 

Pensées de Blaise Pascal.

Pascal ne voulait pas prouver l'existence de Dieu lorsqu'il écrivit cette œuvre, mais il voulait faire admettre à l'humanité que remettre le pouvoir de l'âme à une entité supérieure représentait sans doute son salut. On est d'accord ou on ne l'est pas. Quelques lectures afin de se faire un avis :

 

Pluto (Urasawa)

Pluto est la représentation ultime du sort de l'humanité lorsqu'elle place sa destiné dans quelque chose en quoi elle ne croît pas forcément. Nombre d’œuvres abordent le problème de confier son sort (parfois consciemment, parfois pas) à une entité dont on ne sait que peu de chose (la palme va aux divinités), mais Pluto aborde un vrai discours critique vis à vis de cette pensée. Ne serait-ce qu'à travers leur culture animiste, les japonais ont un rapport particulier au divin, mais aussi à la robotique. Pascal ne pensait pas à ça lorsqu'il spécifia son fameux « Pari » mais Urasawa, dans son génie, nous en donne une belle version futuriste.

 

Star wars legacy (Ostrander)

Le choix est simple, je vous l'accorde. Quoi de mieux pour représenter une entité totalement inconnue qui pourtant régit la destinée de chaque être que LA FORCE ? Mais là où LEGACY a de l'intérêt, c'est dans son questionnement perpétuel (voire son déni) par le protagoniste sur le choix ou non de sa destinée. Ainsi, Les jedis sont Pascal, et clament que la force représente un salut, même si son existence ne réside que dans peu de chose. Le regard critique que pose Cade Skywalker sur le monde qui l'entoure est un bel écho à celui que nous devrions nous forger face aux discours religieux et/ou philosophiques.

 

Blast (Larcenet)

Blast est une œuvre difficile d'accès mais qui recèle nombre de pistes de réflexion. Elle offre un intérêt tout particulier ici dans ce qu'elle a de négatif et de contre-exemple à apporter face à Pascal ! Polza pourrait être un disciple des « Pensées » dans son acharnement à accepter son « Blast » malgré ses doutes. Cependant, dans ce cas-ci, l'acceptation n'est pas la clé de la délivrance, loin s'en faut ! Ainsi, BLAST est avant tout un très bon parallèle aux « Pensées » mais surtout un bel outil de réflexion et de critique du discours de Pascal.

 

 

     

 


 

Phèdre (Platon).

Ce texte possède deux avantages majeurs : Il est très accessible car il se tient sous forme d'une discution. Ensuite, il constitue une espèce de « Making of » sur les méthodes de Socrate, abordant ainsi le principe de dialectique et de rhétorique. Trois œuvres pour y voir plus clair :

 

Le chat (Geluck)

Qu'est-ce que la rhétorique. sinon l'art de persuader ? Cela, le chat l'a bien compris ! Et n'importe lequel de ses monologues vous le prouvera. Lorsque Geluck créa le chat, il avait sans doute en tête le principe même de rhétorique. Car...Quand la rhétorique est-elle la plus réussie ? Lorsqu'elle vous persuade des pires absurdités comme d'un principe fondamental ! Évidement, les discours du gros matou sont bourrés de bon sens, il n'en reste qu'ils ne fonctionnent bien souvent que sur l'art du discours et la façon de présenter les choses...à savoir, la rhétorique. !

 

Gaston Lagaffe (Franquin)

Lagaffe a réponse à tout ! Ce qui en fait un philosophe. Et non des moindres car, à travers ses dialogues non-sensiques qu'il a (trop) souvent avec Prunelle, il serait capable de déjouer la fameuse Maïeutique de Socrate ! Ainsi, gaston fait preuve, sans le savoir, de rhétorique., de maïeutique et même d'un peu de dialectique ! C'est aussi ça Franquin, du génie dans le trait et de la philosophie dans les bulles...

 

Watchmen (Moore-Gibbons)

Watchmen qu'on ne présente plus est une œuvre cultissime (et ce, bien avant son arrivée au cinéma). Afin d'être clair, je serai ici très court. Prenons d'un côté Platon et Socrate, et de l'autre : Le comédien et Dr Manhattan. Il ne nous reste plus qu'à tout mettre en vis-à-vis.
Ainsi, bien qu'étant le disciple de Socrate, Platon possédait des aspirations plus métaphoriques que son maître (qui lui, était très terre à terre), en témoigne l'allégorie de la caverne. Platon et Socrate sont donc souvent en opposition (malgré que les discours de Socrate nous sont rapportés par Platon). En lisant Watchmen (qui constitue déjà une œuvre philosophique à part entière), vous remarquerez les discours opposés du comédien (qui base son existence sur ses connaissances et son expérience, à l'instar de Socrate ou Aristote) et celui de Manhattan qui base son discours sur des considérations métaphysiques, intemporelles et universelles (ce qu'a tenté de faire Platon avec les connaissances de son époque).

 

     

 


 

Zadig ou la destinée (Voltaire).

Zadig c'est avant tout un amour perdu (Astarté) qui guide un homme. Zadig c'est aussi la loi de la destinée, contre laquelle on ne peut rien. Enfin, Zadig ce sont les fluctuations de l'existence, de nos biens matériels, et de la richesse d'un homme.

 

La jeunesse de Picsou (Rosa)

Picsou est Zadig ! C'est indéniable ! Qu'il s'agisse de l'amour perdu (Goldie), de la destinée (le sou fétiche) ou encore des fluctuations de la richesse humaine (richesse des souvenirs, richesse monétaire). Zadig changera souvent de statut durant son existence (il sera tour à tour richissime, voyageur, premier ministre...), ce qui lui apportera une vision, un discours. Picsou sera quant à lui cireur de pompes, chercheur d'or, milliardaire. Zadig rencontre du monde : Cador, Moabar, Sétoc... Picsou rencontrera Geronimo, Wyatt Earp, Roosevelt ! Les deux œuvres parlent de richesse, de rencontres et d'amour. Vous n'avez pas le temps de lire Zadig ? Lisez Picsou ! Tout aussi riche philosophiquement !

 

Billy bat (Urasawa)

Billy Bat est une œuvre déjà majeure pour Urasawa (et pourtant non terminée). Je l'ai choisie pour le discours qu'elle tient sur la destinée. En effet, Zadig nous apprend que la destinée est un chemin, certes tortueux, mais tout tracé. Billy bat quant à lui tient un discours plus nuancé. Ainsi, on ne sait toujours pas si la chauve-souris possède un réel pouvoir sur la destinée du monde et de son histoire. Veille-t-elle au bon déroulement des événements ou provoque-t-elle ces événements ? Est-ce la création qui influence la réalité ou la réalité qui influence la création ? Tout cela ne serait-il qu'un cercle vicieux et non une route linéaire comme nous l'expliquait Voltaire ?

 

Largo Winch (Van Hamme-Francq)

Largo Winch n'est jamais bien loin lorsque l'on parle d'agent ! L’œuvre est très terre à terre, je vous l'accorde. Avant tout Thriller, ensuite, oeuvre politique, mais qu'en est-il du philosophique ? Tout d'abord, Largo Winch est une œuvre qui possède un regard intéressant sur la destinée, sur le destin, sur les fluctuations de l'avenir et des possibilités inabouties. Certes, l’œuvre n'est pas transcendante de discours idéologiques et de réflexions métaphysiques, mais elle brosse néanmoins un portrait très contemporain de la condition de l'être humain à travers ses possessions matérielles (l'argent en premier), ce qui en fait bel et bien un Zadig moderne !

 

     

 


 

L'existentialisme. A travers deux auteurs importants de ce mouvement : Sartre et Dostoïevski

Comment résumer ce courant religieux si vaste ? On pourrait dire, de manière très courte, qu'il s'agit du fait de contrôler son destin. Les actes des hommes façonnent leur destinée et ces actes auront des conséquences (bonnes ou mauvaises) qu'il faudra accepter.

 

Kenshin le vagabond (Nobuhiro Watsuki)

Kenshin est un ancien assassin et son passé le hante ! Quoi de mieux pour parler d’existentialisme ? Ici les conséquences des actes commis sont montrées d'une manière très symbolique : Kenshin porte un sabre à lame inversée, afin que la partie tranchante ne rencontre aucune chair. Symbole du changement et de l'acceptation de ce changement, cette lame inversée représente aussi le désir de réparer ses erreurs. Alors que certaines œuvres existentialistes se contentent d’observer des conséquences, l'auteur va plus loin et reconstruit son personnage petit à petit par une série d'épreuves. Car Kenshin possède un lourd passé, symbolisé par son Katana, mais Kenshin est, lui aussi un symbole, symbole d'un lourd passé que l'ère Meiji doit accepter.

 

Black Hole (Charles Burns)

Black Hole ou comment les conséquences de nos actes vont se répandre comme un virus. Évocation ici des conséquences d'une jeunesse trop peu informée sur les MST. Mais l’œuvre n'est pas si terre à terre ! Ainsi, si l'existensialisme est évoqué de manière symbolique à travers des conséquences physiques (La nausée chez Sarte, des mutations ici), la BD de Burns se veut avant tout démonstrative et non accusatrice. L’existentialisme n'est pas une doctrine, il s'agit avant tout d'une explication ! Une philosophie basée sur la constatation et la libre interprétation, ce que Black Hole remplit parfaitement.

 

Akira (Otomo)

Akira est peut-être le manga le plus connu après Dragon Ball. Ce n'est pas pour rien, tant les niveaux de lecture qu'il constitue sont nombreux ! Mon exemple ici trouve sa force en tant que contre-exemple. En effet, dans Akira, nombreuses sont les « conséquences » apparaissant sans « causes » réelles (L'explosion du début, l'accident de moto de Tetsuo, la découverte d'Akira...). Pourtant, l’œuvre se veut profondément existentialiste dans son choix de constater les choses et dans les choix des personnages et de leurs actions. Je n'en dit pas plus, lisez Akira !

 

    

 


 

Le Nihilisme

Et surtout : Le nihilisme à travers l'auteur Michel Houellebecq. Houellebecq n'est pas à proprement parler un « philosophe » (pour la raison qu'il n'a jamais théorisé). Néanmoins, l'ensemble de son œuvre est une vraie approche philosophique de l'existence moderne, usant intelligemment de Stoïcisme, de Cynisme ou encore d’existentialisme. Résumons quand même très brièvement l’œuvre de Houellebecq : La vie c'est de la merde mais faut faire avec !

 

Bonne nuit Punpun (Inio Asano)

Punpun est un jeune garçon pour qui la vie n'est pas facile. Son père s'est barré, sa mère tourne mal, son oncle n'a pas toutes ses cases. Punpun fait face à son existence mais n'en tire pas grand chose, il survit, et c'est déjà bien ! Houellebecq démontre souvent que la vie n'a pas de sens, que l'absurdité et la souffrance sont les seules dynamiques de l'existence. C'est dans ce discours cynique que Punpun trouve son écho et toute sa richesse. Ne cherchons pas de sens, vivons dans la peine mais vivons. Le cynisme n'aura jamais trouvé une œuvre plus représentative de sa philosophie !

 

Berserk (Kentaro Miura)

Berserk ou comment construire un mur de souffrance par la force de sa rage ! Le stoïcisme nous enseigne l'absence d'émotions et le retour à la raison. Berserk nous enseigne l'inutilité des émotions et la force de la raison. Une œuvre coup de point, bercée par les pensées de Zénon de Cition qui nous entraîne dans une réflexion douloureuse sur le sens de l'existence, mais surtout sur le sens du combat face à la vacuité de nos actes. En bref, ne baissons pas les bras même si la récompense ne sera pas là ! Car, à l’instar de Sénèque, nous pouvons être Stoïques et pourtant défendre des idées (à la force des points quand il s'agit de Guts).

 

Swamp Thing (Moore) + Brigthest Day (Johns-Tomasi)

Lire le Swamp Thing de Moore n'est pas une partie de plaisir. Ni pour les neurones, ni pour les nerfs, ni pour l'âme. Pourtant, il s'agit là d'une œuvre nourrie par la philosophie depuis sa genèse jusqu'à sa conclusion ! Ainsi nous rencontrerons une merveilleuse illustration d’existentialisme à travers Alec croyant être la créature et la créature croyant être Alec, sans oublier toutes ces notions de stoïcisme dont fait preuve Holland une fois transformé, s'agit-il ici des émotions de l'homme ou de la créature ? S'agit-il d'un être humain relié à la sève ou d'une plante découvrant la notion d’empathie ? Le stoïcisme et l’existentialisme n'ont jamais été mieux servis que par ce rapport paradoxal entre l'humain (humanisme) et la nature (stoïcisme). On en trouve d'ailleurs un très bel échos dans Brithest day où la lanterne blanche fera preuve d'un trop grand stoïcisme face à la bonté de l'âme humaine, qui se conclura par un duel entre l'être sauvage et l'être philosophique pourtant issus d'une même nature.

 

     

 


 

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