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De l'érudition phylactale. par Cryma
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Ré-inventer l'univers de Lovecraft
GénéralLe 04 fev 2015
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Mais qu'est-ce que j'ai fait ????

 

J'avoue que, cette fois-ci, j'ai fait fort… Vous commencez maintenant à me connaître, ce que j'aime par dessus tout, ce sont les récits « fleuves » et les univers « riches » et « étendus ». Cette passion se caractérise chez le dévoreur de culture tel que moi par la recherche constante, d'une part, d'univers et de récits s'étalant sur plusieurs époques (ce qu'on appelle des sagas) et plusieurs médias, et d'autre part, d'étendre ces univers à foison, allant parfois même trop loin.

Quelques exemples : En matière d'univers riches et cross-média que j'aime par dessus tout, nous retrouvons Star Wars (Films, séries d'animation, romans, comics, jeux vidéos) ou Stephen King (Romans d'horreur, d'héroic-fantasy, recueils de nouvelles, comics, films, séries). C'est à dire que, malgré les différents médias, auteurs, récits et styles, chaque oeuvre à sa place dans un seul univers cohérent et logique.

Mais il y a deux types d'univers étendus :

Ceux qui sont officiels : Star Wars (jusqu'il y a peu) acceptait chaque nouvelle œuvre comme « canon », donc aucun soucis. Pareillement, King a divulguer il y a quelque années pas mal d'informations où il donnait toutes les clés au lecteur pour relier l'ensemble de ses œuvres entre elles dans un univers cohérent (voir La Tour Sombre pour davantage d'infos).

Et ceux qui sont officieux. Ceux-là n'existent pas en tant que tels mais uniquement dans la tête d'esprits un peu torturés et qui, avouons-le, n'ont rien d'autre à faire (je le sais, j'en fait partie). Parmi les exemples qui me viennent en tête, je peux citer l'univers « cohérent » que constitueraient les séries télévisées Breaking Bad et Walking Dead, ou encore l'univers cohérent qu'a développer Grant Morrison sur Batman à partir de sources diverses (Age d'or, age d'argent, age sombre, légendes urbaines de Gotham...).

Il y a un dernière exemple de ces univers « étendus » et « cohérents » créés de toutes pièces par les passionnés, c'est celui de HP Lovecraft et de ce qu'on appelle souvent « Le Mythe de Cthulhu ». Et de ceci que je vais traiter aujourd'hui en vous faisant découvrir MON univers étendu lovecraftien.

 


 

Explications

 

Lovecraft a établit un univers cohérent se développant sur plusieurs de ses textes, mais non l'ensemble de ses textes (un peu comme si Stephen King avait écrit quelques romans dans le même univers mais non l'ensemble de son œuvre). Mais à force de (trop) bonne foi de la part des lecteurs, ainsi que d'hommages abondant à l’œuvre principale, nous avons pu, petit à petit, dressé un univers étendu (mais forcé, car non « voulut » par l'auteur de base, quoique...) à Lovecraft, et plus particulièrement au « mythe de Chtulu ».

Là où je fais fort (à mon humble avis), c'est qu'au fil de mes découvertes culturelles en tout genre, j'ai moi-même tenter de raccrocher des univers à celui de Lovecraft afin d'étendre le sien (Comme si, un jour, vous décidiez que Tintin et Spirou évoluaient dans le même mondre, et s'étaient sans doute déjà croisés, vous décideriez alors d'ajouter sans cesse de nouveaux « récits » à cet univers que vous avez assemblé vous-même, avec, par exemple, Blake et Mortimer ainsi que Tif et Tondu).

Et donc, Je m’attelle, depuis quelques années, à « créer » un univers (hyper) étendu à ce qu'on appelle "Le Mythe de Chtulu et des Grands Anciens". Jugeant, si une œuvre m'interpelle dans ce sens, si elle peut ou non être « imaginairement » cohérente avec le « vrai » univers étendu de Chtulu.

Le but étant de pouvoir vivre ces récits (normalement indépendants) comme s'ils se répondaient tous et constituaient la partie émergée d'un univers bien plus riche. Développant ainsi mon imaginaire et rendant ces récits encore plus intéressants et passionnants qu'ils ne l'étaient !

(C'est en quelque sorte le même style de « travail » que celui que j'avais fait pour l'univers de Batman dans cet article).

 

"Admettons que vous vous installiez pour lire Jerusalem’s Lot de Stephen King (dans le recueil Night Shift), vous tombez sur une référence au De Vermis Mysteriis. Lovecraft. Perplexe, vous allumez la télé et zappez sur Evil Dead de Sam Raimi. Le Necronomicon ? Lovecraft encore. Légèrement inquiet vous décidez de vous laver le cerveau en écoutant un bon vieux Metallica … The Call of Ktulu et The thing that should not be, Lovecraft toujours. Complètement paniqué vous décidez de vous rassurer en lisant un Comic Book de Batman dans lequel le Joker s’échappe d’Arkham. Arkham ? Encore un nom que l’on doit à Lovecraft. Vous êtes maintenant vous aussi bon pour l’asile, tout comme les personnages de l’écrivain ont l’habitude de finir." (Source)

 


 

Mais qu'est-ce donc l'univers étendu du Mythe de Chtulu ??

 

Le Mythe de Chtulhu (bien que ce ne soit pas le nom idéal qu'on aurait du lui donner) est un univers fictif inventé par l'écrivain HP Lovecraft. Il s'agit d'un endroit au fin fond de l'univers rejoignant le nôtre par des portails, cet endroit est donc souvent considéré comme un univers parallèle, bien qu'il n'en soit pas un. Cet endroit, bien qu'il ait été observé, voire parcouru, par certains humains, reste très mystérieux pour nous… et surtout très hostile. Cet endroit est peuplé par Les Grands Anciens, un panthéon flou de divinités très anciennes et puissantes, qui gouvernaient jadis la Terre et se trouvent aujourd'hui dans un état de sommeil proche de la mort, parfois dans leur « dimension », parfois dans la nôtre, sur terre. Ainsi, dans de nombreux récits du Mythe, les personnages humains perdent la raison lorsqu'ils ont un aperçu de ce qui existe au-delà de ce qu'ils percevaient comme étant la réalité.

Ce qu'on saurait de ce panthéon : Dans une interprétation possible de cet univers, la Terre était dominée (avant l'époque de la préhistoire) par des puissances astrales sans âmes, les Grands Anciens. On trouve encore des restes du culte des Grands Anciens dans des tribus reculées ou encore dans les pays industrialisés chez des sorciers qui se cachent derrière d'apparents bourgeois tranquilles.

Ainsi apparaît Azathoth, maître des Grands Anciens, appelé le Dieu aveugle et idiot, dont on dit qu'il est responsable du Big Bang. Juste en dessous sont cités quatre Grands Anciens : Nyarlathotep (le messager des Dieux, qui pourrait être considéré comme un Dieu perverti de la Terre), Cthulhu qui sommeille dans la cité de R'lyeh (Dieu perverti de l'eau), Hastur - le Roi jaune (« Celui dont on ne prononce pas le nom », Dieu perverti de l'air) et Shub-Niggurath (le Bouc aux mille chevreaux, Dieu perverti de la fécondité).

À cela s'ajoute Yog-Sothoth, le Gardien, qui est la porte entre le monde des humains et le monde des Grands Anciens, mais également la clef qui ouvre cette porte.

 

Azathoth                               Nyarlathotep                               Cthulhu

   

Hastur                                     Shub-Niggurath                        Yog-Sothoth

 

 

Plusieurs lieux imaginaires apparaissent dans le Mythe. La plupart se situent dans une Nouvelle-Angleterre que Lovecraft connaissait bien pour y avoir passé la majeure partie de sa vie, notamment : Arkham et son université, la Miskatonic University ; Dunwich ; Innsmouth ; Providence. D'autres cités, comme Iram ou R'lyeh, sont purement mythiques.

 

Il est évident que bien d'autres créatures peuplent le monde des Grands Anciens, des dieux moins importants, moins intelligents, moins complexes, mais tout aussi horrifiques et hostiles !

 

"Dans son essai Épouvante et Surnaturel en Littérature, Lovecraft propose une définition du récit fantastique lié à la peur de l'inconnu : l'imprévisible devint, pour nos ancêtres primitifs, la source toute puissante et terrible des bienfaits ou des calamités répandues sur les humains pour des raisons mystérieuses, étrangères à la terre, et appartenant donc clairement à des "sphères dont on ne savait rien et où l'on n'avait aucune part." La souffrance, la mort font peur aux adultes, le noir fait peur aux enfants. Toutes les émotions liées à des états d'incertitude, de danger, deviennent sources de péril et d'éventualités néfastes. En résumant, on peut noter trois aspects sur lesquels l'apport de Lovecraft a été novateur : l'utilisation d'un panthéon de divinités dont les noms à eux seuls suffisent à créer le mystère; une importance particulière accordée aux données spatiales; la mise en scène d'une descendance monstrueuse, née de l'alliance entre des hommes et les divinités lovecraftiennes, et de la consanguinité." (Source)

 


 

IMPORTANT

 

Il ne s'agit bien évidemment pas d'officialiser cette liste ! Je suis parfaitement conscient que certaines œuvres n'ont aucun lien officiel (ou même officieux) avec l'univers lovecraftien ! Il s'agit juste d'un « délire de geek » qui aime par dessus tout se triturer les méninges afin d'organiser son esprit comme il le peut. Il existe donc trois type d’œuvres dans ce classement : L'univers de Lovecraft officiel, l'univers de Lovecraft officieux, l'univers pas du tout de Lovecraft que je choisi moi-même.

Si jamais vous n’adhérez pas du tout au propos, la liste peut toujours vous servir de guide pour simplement découvrir des œuvres s'apparentant à l'univers de l'écrivain dans le seul but de prendre du plaisir à retrouver des ambiances, des thèmes, des visuels sans toutefois s'emmerder à réfléchir s'il s'agit d'un seul univers fictionnel ou de plusieurs.

 


 

Les critères

 

Il est évident qu'en partant de ce constat (n'importe quelle œuvre peut être placée ici si j'en ai envie) laisse le champ beaucoup trop libre, et je me suis fixé plusieurs critères de sélections afin de décider si oui, ou non, une œuvre pouvait être mise en lien avec l'univers du Mythe de Cthulhu.

 

Les critères :

Critères obligatoires :

 

De l'horreur concrète !

Il faut que l'horreur soient « concrète ». Présente ou évocation de « monstres » ou de « créatures » et non « d'esprit » ou « d'apparitions ».

 

La présence de la « folie » face à l'horreur !

Il faut que l'évocation de ces monstres mène vers une sorte de folie, d'angoisse ou d'altération de la personnalité du spectateur.

 

La « non-explication » de l'horreur !

Il faut que le récit laisse une part de mystère quant à l'horreur qu'il met en scène afin de pouvoir le rattacher à l'univers des Grands Anciens. Si l’œuvre donne une autre explication trop évocatrices, ça ne marche pas.

 

Critère non obligatoire mais très apprécié :

 

Des références très évocatrices !

Évocation de prêt ou de loin à un élément distinctif de l’œuvre de Lovecraft. Exemples : Les livres mythiques (Necronomicon…), les géométries non euclidiennes pour les portails dimensionnels, l'aspect général des monstres (marins, extra-terrestres, visqueux, tentaculaires…) ou encore la « marque » du roi jaune ou la fascination pour la spirale et les labyrinthes...

 

Lovecraft comme personnage de son propre myhte !

Dans un soucis d'ouverture, je concidère que Lovecraft est un écrivain de l'univers lovecraftien lui même. Cet écrivain fictif a "restrancrit" des récits d'autres personnes, et non inventé des histoires d'épouvantes. Cela permet de relier certaines très bonnes histoires en occultant le fait que les écrits de Lovecraft seraient de la fiction dans la fiction. Il deviennent alors, dans les fictions, de la réalité que tout le monde prend pour de la fiction (Exemples : "Necronomicon - le film" ou "Mr X").

 


 

Voici donc ma liste (très) personnelle des apparitions de la dimension des Grands Anciens dans notre monde selon une ligne du temps. On peut dés lors voir la découverte de ces œuvres dans l'ordre donné comme différents témoignages de différentes époques, mais tous dans le même univers fictif. Il est d'ailleurs intéressant de constater, avec le recul, que les manifestations se sont faites de plus en plus « intrusives » au fil du temps, jusqu'à envahir complètement la terre dans le futur. Les Grands Anciens ayant gagnés la partie !

 

NB : Les dates indiquées ne sont pas les dates de création des œuvres mais bien les dates fictives supposées de l'époque où se passe l'action.

NB2 : Les illustrations sont soit des vues officielles, soit des visions d'artistes. les illustrations de monstres sont celles du talentueux Mike Bukowski

 

Afin de mieux s'y retrouver (et de pouvoir regrouper différents styles), j'ai choisi de créer plusieures époques se succédant et représentant chacunes une manière qu'on eu (ou qu'auront) les grands anciens de venir à notre rencontre :

 

Les incursions psychiques (de 1850 à 1895)

Elles se font de manière discrètes, presque imperceptibles, dans le songe des victime.

 

Les incursions modernes (de 1912 à 1944)

Les incursions les plus lovecraftiennes, à la fois mystiques et historiques. Relativement discrètes mais bel et bien présentes.

 

Le retour des cultes anciens (de 1958 à 1976)

On assiste dans l'après-guerre à un regain d'intérêt pour les incursions subires durant les années 30.

 

Nouvelles incrusions modernes (de 1977 à 1987)

L'apogée de la science et de l'instinct guerrier de l'homme donnent de nouvelles armes aux Grands Anciens pour envahir subrepticement le monde moderne.

 

Le retour à travers les traumatismes du monde moderne (de 1990 à 1999)

Les Grands Anciens se font de plus en plus présents, notamment dans la psyché tourmentée de l'homme moderne.

 

Anonciation de l'invasion (de 2001 à 2012)

Les Grands Anciens annoncent leur retour à travers des symboles forts dicéminés sur la planète.

 

L'invasion de 2015

En l'espace de quelques jours, plusieurs incursions majeures ont lieu partout sur la planète. Le monde ne sera jamais plus pareil !

 

L'avenir de l'humanité sur terre (Futur lointain post-2015)

Alors que de nombreuses expéditions spatiales partent à la rencontre de leurs ancêtres (voir catégorie suivante), l'homme doit maintenant faire face à ce qui à suivi la grande incursion de 2015 sur terre. Il luttera tout d'abord contre les monstres envahisseurs, mais finira, dans un lointain futur, par vénéré à nouveaux ces Grands Anciens, comme le faisait les cultures ancestrales, débutant ainsi une nouvelle boucle de l'histoire de l'humanité.

 

Rencontre par les explorations spatiale du futur (de 2047 à ...)

L'être humain explore maintenant les confins du cosmos et se rapproche chaque jour un peu plus de l'univers des Grands Anciens...

 


 

Les toutes premières incursions

 


 

1850 - Celui qui garde le ver (Nouvelle - Stephen King)

(Issu de « Danse macabre »)

 

En 1850, Charles Boone, accompagné de son serviteur, s'installe dans une demeure ancestrale de la famille réputée maudite par les habitants de la région de Jerusalem's Lot. Il va peu à peu découvrir l'étrange malédiction pesant sur sa famille.

 

Quelques explications :

King connaît bien Lovecraft et les notations le concernant sont nombreuses dans son oeuvre. Cette nouvelle de jeunesse de 1967 a d'abord été rédigée dans le cadre d'un cours d'écriture à l'UMO. Manifestement, l'emprise de Lovecraft est omniprésente dans ce galop d'essai d'un apprenti de 19 ans. Se passant dans un cadre gothique au siècle dernier, véritable inventaire des motifs et de la thématique du créateur de Cthulhu, la nouvelle s'inspire ouvertement de deux récits du maître, "Les rats dans les murs" et "Celui qui hantait les ténèbres". (Source)

 

 

Incursion supposée : SHUB-NIGGURATH

 


 

1870 - La Malédiction d’Arkham (Film – Roger Corman)

 

En 1765, à Arkham, Joseph Curwen s'apprête à offrir une jeune femme à Yog-Sothoth afin qu'il se reproduise. Il en est empêché par une foule qui l'immole, attaché à un arbre. Avant de mourir, il jure de revenir se venger. Dans les années 1870, Charles Dexter Ward, marié à Ann, arrive à Arkham pour prendre possession de l'héritage de son ancêtre Curwen. Ward est fasciné par un portrait de son ancêtre et par leur ressemblance. Le portrait est la porte utilisée par l'âme de Curwen pour revenir. Elle s'empare du corps de Ward.

 

Quelques explications :

Dans son climat de "peur cosmique", Lovecraft accorde une importance toute particulière à ses lieux, ses décors et sa géométrie. Dans son essai "L'Écriture de l'excès", Mellier affirme que l'espace est chez Lovecraft "le seul champ métaphorique susceptible de rendre compte de l'intensité visée dans l'émotion terrifiante." Il souligne le rôle des cadres, des décors, des paysages, note l'importance de l'image, dans l'élaboration d'une fiction terrifiante. (Source)

 

 

Incursion supposée : 'UMR AT-TAWIL

 


 

1886 - Le Horla (Nouvelle – Guy de Maupassant)

 

Au fil des jours, un homme note dans son journal intime ses angoisses et ses doutes. Il y raconte ses terrifiants cauchemars et les phénomènes étranges qui se déroulent sous son toit. Cet homme sombre-t-il dans la folie ou est-il vraiment tourmenté par une créature invisible ?

 

Quelques explications :

Cette nouvelle a influencé L'Appel de Cthulhu. Lovecraft, d'ailleurs, dans son enquête «Épouvante et surnaturel en littérature", fournit une interprétation de l'histoire : La créature est un extraterrestre qui influence les esprits et qui est destiné à la conquête de l'humanité. Le mot HORLA lui-même ne est pas français, et est un néologisme. Charlotte Mandell, qui a traduit "Le Horla" pour l'éditeur Melville House, suggère dans une postface que le mot «Horla» est un mot-valise des mots français "hors" et "là" et que "Le Horla" sonne comme "l'Outsider, l'externe , celui Out There. " (Source)

 

 

Incursion supposée : GHAST

 


 

1895 - Le roi en jaune (Nouvelles - Robert W. Chambers)

 

De Paris à New York, de jeunes artistes voient leur vie bouleversée par un étrange livre interdit, Le Roi en jaune. À travers celui-ci, c'est un univers de folie et de cauchemar qui fait irruption dans notre monde : celui de Hastur et de Carcosa, celui sur lequel règne le terrifiant Roi en jaune.

 

Quelques explications :

H. P. Lovecraft a probablement lu "Le roi en Jaune" au début de 1927. Dans la courte nouvelle intitulée "Histoire du Necronomicon" (écrite en 1927 puis publiée en 1938), l'œuvre fictive de l'arabe dément Abdul Alhazred est évoquée de manière facétieuse comme source d'inspiration de Robert W. Chambers pour ses nouvelles. Lovecraft a également inclus de courtes références à des objets et des lieux tirés des nouvelles de Chambers — telles que le Lac de Hali et le Signe Jaune — dans “Celui qui chuchotait dans les ténèbres”. Dans ce récit, Lovecraft relie le Signe jaune à Hastur, mais, de cette courte et unique référence, il est impossible de déterminer ce que Lovecraft entendait par Hastur. August Derleth a développé Hastur pour en faire un Grand Ancien dans sa continuation (contestée) de l'univers lovecraftien, extrapolant à partir de cette référence dans ses propres nouvelles du Mythe. Dans les écrits de Derleth et de quelques auteurs tardifs du Mythe de Cthulhu, Le Roi en jaune est un avatar d'Hastur, ainsi nommé du fait de son apparence d'être décharné, recouvert de haillons jaunes flottant autour de lui. (Source)

 

 

 

Incursion supposée : HASTUR

 


 

Les incursions modernes

 


 

1912 - La métamorphose (Nouvelle - Franz Kafka)

 

Un matin, Gregor Samsa, jeune commis voyageur, tente de se lever pour aller au travail, mais il se rend compte que, durant la nuit, il s'est métamorphosé en "un monstrueux insecte". Il tente cependant de commencer les activités d'une journée normale, mais, couché sur le dos, ne parvient pas à sortir de son lit. Sa famille l'enferme, de peur qu'on ne sache qu'ils hébergent un tel monstre dans leur logis. Son père le prend en haine. Sa mère voudrait encore en avoir pitié mais s'évanouit lorsqu'elle le voit. Surmontant son dégoût, sa sœur Grete vient le nourrir chaque jour et nettoyer sa chambre. Gregor se cache alors pour qu'elle ne puisse le voir, pour ne pas la faire souffrir. Mais il aurait souhaité au contraire se montrer pour recevoir un peu d'amour. Un soir, Gregor sort de sa chambre, son père fou de rage essaye de le tuer mais n'y arrive pas et le blesse seulement...Personne alors ne vient le soigner et sa blessure s'infecte...

 

Quelques explications :

Ce qui fait l'attrait des écrits de Lovecraft est cette atmosphère si bien restituée d'un réel qui est en proie avec des puissances obscures, souvent souterraines et maléfiques, qui prennent un malin plaisir à déraisonner l'humain. Des phénomènes étranges et inconnus qui mettent en doute la logique des choses et qui dépassent l'entendement. Seul Lovecraft a cette capacité de ne pas nommer ces créatures mais qui néanmoins sont tellement présentes dans les esprits qu'il est difficile de ne pas succomber à une peur irrationnelle. Si il fallait retenir un point commun entre toutes les nouvelles, ce serait bien évidemment ces images cauchemardesques qui plongent l'homme dans une solitude abyssale où les forces hostiles provoquent une intensité pénétrante. Le vocabulaire lovecraftien est un vocabulaire de la métamorphose: état liquéfiant, vaporeux, appelée "la chose" dont les couleurs sont hideuses, jaune verdâtre, putride, venue des plaies de l'enfer. Lovecraft dépeint des créatures abominables dont l'origine se trouve cependant dans l'être humain et conduit à une métamorphose malsaine, nous rappelant sans cesse que l'humanité est une matière confuse, éphémère. (Source)

 

 

Incursion supposée : MI-GO

 


 

1920 - Dagon (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

 

Le testament d'un officier de la marine marchande rongé par le souvenir d'une étrange aventure vécue sur une île inconnue des cartes, pendant la Première Guerre mondiale. Esclave de la morphine et persuadé d'être pourchassé par des créatures malfaisantes, le narrateur finit par se défenestrer...

 

Quelques explications :

C’est le premier texte qui fait référence à un dieu de la mythologie lovacraftienne. Lovecraft explique que Dagon est un dieu poisson, originaire d’une légende philistine. Le récit suit un marin qui sera littéralement terrorisé par ce qu’il voit : « Je n’ose pas les décrire en détail car il me suffit d’évoquer leur image pour défaillir ». Mais La seconde chose qu’ il aperçoit est si terrifiante, qu’elle lui fait perdre la raison. (Source) Dagon a d'ailleurs inspiré une société secrète, l’ORDRE ESOTERIQUE DE DAGON que l'on retrouve dans « le Cauchemar d’Innsmouth ».

 

 

Incursion supposée : DAGON

 


 

1921 - Les autres Dieux et autres nouvelles (Nouvelles - HP Lovecraft)

 

Démons ! Ils sont légion dans l'univers de Lovecraft. Ils peuplent les rêves, la nuit, les cités obscures, nos rues, nos maisons. Depuis le grand lézard aquatique jusqu'à ces créatures hybrides, momies à têtes d'animaux qui hantent les catacombes pharaoniques... Même les chats, ont une aura étrange. On raconte qu'à Ulthar, ils se sont livrés à un sordide festin... Au-delà des monstres, il y a ce chemin qui mène vers l'Inconnu. Le palais des Soixante-Dix Délices est l'une de ces merveilles. Situé dans la ville fabuleuse de Celephais, il égale en beauté les temples de Sarnath, la magnifique. Comment parvenir dans ces citadelles qui touchent au monde des Dieux et parfois aux marches de l'enfer ? Point n'est besoin d'être sorcier. Lovecraft nous montre le chemin...

 

Quelques explications :

Lovecraft a créé un univers strictement païen, où le passé, le présent et l'avenir n'ont pas le sens que nous leur donnons. Ses apports cosmiques, qui intègrent certaines superstitions, croyances, légendes et mythes humaines, sont au-delà de notre temps historique, et de nos perspectives humaines. Le monde de Lovecraft repose ainsi sur la force, et les sentiments humains positifs n'y ont pas cours. Si les ressemblances existent avec le mythe de la chute de Lucifer et de ses anges du paradis céleste, l'équivalent du Démon ou du Diable chrétien, le Grand Ancien Yog-Sothoth avançant masqué, le plus cité, n'a rien à voir avec le mal chrétien, qui n'a de sens que par le Bien divin. Sur ce groupe d'anges déchus, Lovecraft donne quelques détails, multipliant les noms étranges et les descriptions atroces. Par exemples, appelé aussi le "Tout-Un", emprisonné dans les Espaces Extérieurs, Yog-Sothoth sert de gardien à la Porte Ultime, la porte du vide des espaces interstellaires, par laquelle doivent passer "ceux qui viennent d'ailleurs" : "Il sait où les Anciens ont forcé le passage jadis, et où ils le forceront à nouveau." (Source)

 

 

 

Incursion supposée : YOG-SOTHOTH

 


 

1925 - L'appel de Cthulhu (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

L'intrigue non linéaire nous est présentée au travers d'un ensemble de documents retrouvé dans les papiers du défunt Francis Wayland Thurston, un anthropologiste qui a enquêté sur un culte obscur. Parmi les documents de son oncle, Thurston découvre un étrange bas-relief en argile représentant un dragon ou une caricature d'homme « à tête de poulpe munie de tentacules surmontant un corps écailleux et grotesque muni d'ailes rudimentaires » accompagné de différents hiéroglyphes inconnus, de coupures de presse et d'un manuscrit portant le titre Le Culte de Cthulhu.

 

Quelques explications :

Cthulhu est présenté comme un Grand Ancien. En revanche, il ne semble pas que Cthulhu partage des liens autres que purement symboliques avec ces divinités de la cosmogonie lovecraftienne que sont Yog-Sothoth, Azathoth, Nyarlathotep, Nodens ou Shub-Niggurath, que les continuateurs de H. P. Lovecraft (notamment August Derleth) qualifient de « dieux extérieurs ». Selon l'interprétation d'August Derleth, postérieure à la mort de Lovecraft, Cthulhu fut jadis banni du lointain système de Xoth (lequel pourrait correspondre à l'étoile Bételgeuse dans la constellation d'Orion) par les « dieux très anciens », et dort désormais au fond du Pacifique Sud dans la cité sous-marine de R'lyeh, en attendant l'heure de son retour. « Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn » est une litanie liée au culte de Cthulhu, signifiant « Dans sa demeure de R'lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant », ce qui est d'ailleurs cohérent avec la prononciation avancée du Necronomicon : « N'est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort ». (Source)

 

 

 

Incursion supposée : CTHULHU

 


 

1925 - The Call of Cthulhu (Film- Andrew Leman)

 

Dans les années 20, un jeune homme interné dans un hôpital psychiatrique demande à son docteur mandataire de bruler tous les documents ayant appartenu à son oncle archéologue. Devant l’hésitation de ce dernier, le jeune homme raconte alors l’histoire terrifiante qui compose le contenu de ces dossiers maudits, résultats de recherches sur les activités d’un culte lugubre et mystérieux.

 

Quelques explications :

Si les oeuvres de l'écrivain Howard Philips Lovecraft connaissent depuis plusieurs décennies des adaptations en longs métrages, le public sait déjà moins qu'elles donnent aussi lieu à de nombreux films courts. Sa bibliographie se compose en grande majorité de nouvelles, lesquelles constituent un fond très riche dans lequel puiser. Il existe ainsi depuis 1995, à Portland, un festival dédié au cinéma inspiré par Lovecraft et dont la programmation se compose essentiellement de courts-métrages. Andrew Leman, accessoiriste de métier, s'attaque en ce sens à la nouvelle la plus connue de l'écrivain. (Source) The Call of Cthulhu se laisse suivre sans le moindre relâchement, le scénario, extrêmement bien ficelé tout en restant fidèle à l’esprit théâtral propre au cinéma muet, se présente sous la forme d’un jeu de piste construit à partir de récits et de flashback, le tout bénéficiant d’un montage agressif et tonique. Deux séquences se démarquent des autres, donnant à des décors de papier des allures colossales, inhumaines. La première est l’époustouflante cérémonie cultiste dans le bayou, avec une vue en plongée hallucinante et déstabilisante. Le deuxième est l’exploration de l’île. A nouveau, l’homme se retrouve complètement écrasé par un décor ‘’béhémothien’’. (Source)

 

 

Incursion supposée : CTHULHU

 


 

1927 - La couleur tombée du ciel (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

Un jeune architecte originaire de Boston vient à Arkham afin d'étudier un projet de réservoir à l'ouest de la ville. Il entend alors parler d'une légende qui court à propos d'étranges événements qui se seraient produits dans les années 1880 sur la Lande Foudroyée. D'abord sceptique, le narrateur prend peu à peu conscience que la désolation du lieu (paysage grisâtre, végétation qui a la consistance de la cendre) n'est pas d'origine naturelle. Lorsqu'il se renseigne sur les causes possibles de cet état de fait, il entend parler d'une étrange météorite tombée en 1880 dans le champ de Nahum Gardner.

 

Quelques explications :

La fascination de Lovecraft pour les sciences et les limites de leur compréhension est bien connue. Mais en 1927, lorsqu’il débute l’écriture de la « Couleur tombée du Ciel », le Maître était aussi engagé dans un travail de réflexion autour de la littérature de genre, qui aboutit la même année à la publication de son essai « Supernatural Horror in Literature » dans le magazine The Recluse. Cette nouvelle se présente à l’interface de ces deux centres d’intérêt.  Lovecraft n’appréciait guère les histoires d’aliens trop anthropomorphes à son goût. Il débuta sa réflexion autour du spectre électromagnétique, en s’interrogeant sur d’éventuelles couleurs au-delà du domaine du visible. En cela, Lovecraft s’inspira probablement de l’essai d’Hugh Elliott Modern Science and Materialism (1919) dans lequel les sens humains sont décrits comme limités et insensibles à certaines « ondes éthérées ». se place dans une réflexion plus vaste de Lovecraft sur la présence de races aliens sur Terre. Ce thème, également développé dans « Celui qui chuchotait dans les ténèbres » et « L’appel de Cthulhu », sera résumé dans « Les montagnes hallucinées », nouvelle-clé de l’univers lovecraftien. (Source)

 

 

Incursion supposée : THE COLOUR OUT OF SPACE

 


 

1927 - Die Farbe (Film - Huan Vu)

 

Après la chute d'un météorite dans sa propriété, un fermier voit ses récoltes grandir en taille mais produisant des fruits et des légumes non comestibles. L'étrange mutation se répand ensuite dans le milieu animal, avec l'apparition d'énormes insectes. Puis, la femme du fermier commence à changer...

 

Quelques explications :

Adapter l’œuvre de H.P. Lovecraft au cinéma est un exercice particulièrement délicat, et bien rares sont ceux qui sont parvenus à obtenir un résultat correct. Ce film, qui est en revanche l'une des meilleures ADAPTATIONS de Lovecraft, est, comme le livre, un récit de monstruosités indescriptibles d'autres mondes - à la fois un film de sci-fi et un film d'horreur. Le film se déroule dans une harmonie assez impressionante avec la nouvelle dont il est tiré. L'adaptation n'est pas spécialement virtuose, elle est très classique, respectueuse de l'oeuvre. Tourné en noir et blanc , il rappelle le monde morne et mystique du film noir des années 50 , genre le plus populaire dans la première moitié du 20e siècle.  (Source)

 

 

 

Incursion supposée : THE COLOUR OUT OF SPACE

 


 

1928 - L'affaire Charles Dexter Ward (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

Providence, États-Unis, 1918. Charles Dexter Ward est un jeune homme passionné d'archéologie, d'histoire, et de généalogie. C'est par le biais de cette dernière que Ward se découvre un ancêtre nommé Joseph Curwen, qui avait fui la ville de Salem lors de la grande chasse aux sorciers au cours du XVIIIe siècle, et qui vint s'établir à Providence, où il décéda en 1771. Cette découverte sera le début d'un drame au cours duquel le jeune homme perdra l'esprit. Pourquoi, par exemple, l'écriture et le comportement de Charles Ward deviennent-ils peu à peu semblables à ceux de Joseph Curwen ?

 

Quelques explications :

Habitué des textes courts qu'il écrivait et publiait dans des magazines de références comme Weird Tales, Lovecraft évolue ici sur une longueur qui lui est plutôt inhabituelle. Cependant le charme opère, mettant en avant le coté détaché d'une narration en retrait des protagonistes, comme l'histoire relatée d'une enquête étrange sur des faits encore plus étranges. Subsiste également ce don de tricoter des phrases qui décrivent la monstruosité sans la montrer, cet art de décrire ce malheur sans nom venu du plus profond des âges et qu'une âme douée d'une santé mentale normale ne pourrait subir sans en subir les conséquences. La narration est structurée de manière typique à l'écrivain, évélant graduellement les informations pour permettre une montée progressive de l'angoisse. Le fantastique s'installe et vous imprègne doucement... et méchamment. La tension qui vous habite devient insoutenable, à tel point qu'une seule chose arrivera à vous apaiser : terminer ce texte au plus vite. (Source)  Enfin, l'Affaire Charles Dexter Ward contient la première mention de Yog-Sothoth dans l'œuvre de Lovecraft, entité qui sera reprise dans de nombreuses autres œuvres de Lovecraft ou de ses continuateurs. Joseph Curwen possède aussi un exemplaire du Necronomicon qu'il dissimule en le faisant passer pour le Qanoon-e-Islam. (Source)

 

 

Incursion supposée : RESURRECTED HUMAN

 


 

1929 - L'abomination de Dunwich (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

Parce qu'un de leurs ancêtres s'est approprié un secret que les humains ne doivent pas connaître, ou parce qu'il a mis un jour un passage vers un ailleurs indicible, certaines familles subissent le joug d'une malédiction, de génération en génération, il en est ainsi à Dunwich, petit village isolé du Massachusetts, de la famille Whateley, dont le dernier-né, Wilbur, grandit si vite qu'il paraît adulte à dix ans. Car le mystère sur sa terrible naissance reste entier... Mais, parfois, ce sont des lieux que possède une horreur ancestrale, tels l'atroce cité sans nom ou encore le prieuré d'Exham, hanté par d'effroyables rats..

 

Quelques explications :

Dunwich se situe dans la vallée de la fictive rivière Miskatonic, qui fait partie de la région imaginaire parfois appelée Pays de Lovecraft. Les habitants sont dépeints comme consanguins, sans instruction, et très superstitieux, alors que la ville elle-même est décrite comme économiquement pauvre, avec de nombreux bâtiments décrépis et abandonnés. Après "L'abomination de Dunwich", Lovecraft ne mentionne plus Dunwich dans ses fictions. La ville apparaît toutefois dans le poème "La piste très ancienne" (1929). La ville a été utilisée comme une donnée de base par August Derleth dans sa "collaboration" posthume avec Lovecraft, notamment dans "La chambre aux volets clos" (1959). Beaucoup d'histoires du Mythe de Cthulhu créées par d'autres écrivains se sont également déroulées à Dunwich, dont certaines sont rassemblées dans Le cycle de Dunwich. (Source)

 

 

 

Incursion supposée : WILBUR WHATELEY

 

 


 

1930 - Celui qui chuchotait dans les ténèbres (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

Celui qui chuchotait dans les ténèbres est le récit de Albert N. Wilmarth, un professeur assistant de littérature à l'université de Miskatonic à Arkham et amateur passionné du folklore de la Nouvelle-Angleterre. Il s'efforce de démontrer que les croyances ancestrales et autres superstitions paysannes ne sont que foutaises et qu'une explication logique et scientifique peut tout expliquer. Un jour cependant, il reçoit une lettre d'un certain Henry W. Akeley, un homme cultivé, habitant du Vermont et vivant en ermite qui annonce qu'il peut apporter des preuves de phénomènes singuliers et étranges qui se produisent non loin de chez lui, dans les collines sauvages du Vermont.

 

Quelques explications :

Lovecraft est un maître incontesté de l’horreur. Et comme bien souvent dans ses récits, le récit nous est rapporté par une personne cultivée ou un universitaire, devenu témoin de phénomènes surnaturels dépassant l’entendement humain. Rappelons la passion de Lovecraft pour les sciences, et plus particulièrement l’astronomie. Le jeune Lovecraft fut un enfant à la constitution fragile, mais doté d’un intellect extrêmement vif. Dans ce récit, la science tient donc un rôle majeur. Comme dans « La couleur tombée du ciel » (1927), nous sommes en présence d’une race extra-terrestre dont la physiologie et la technologie dépassent la compréhension humaine. Cependant, cette fois-ci, l’alien n’a pas de physionomie totalement déstructurée, mais une apparence matérielle descriptible. Lovecraft, définitivement athée, proposa avec le cosmicisme de cette histoire une vision matérialiste du cosmos dans laquelle l’humanité est renvoyé à sa propre insignifiance. L’horreur inspirée par ces extra-terrestres, les Mi-Go, provient autant de leur apparence hideuse que de la confirmation de cette doctrine par leur seule présence sur Terre. Lovecraft s’applique, tout comme dans « La couleur tombée du ciel », à associer rencontre du troisième type, mythe de Cthulhu et fiction scientifique. (Source)

 

 

Incursion supposée : MI-GO

 


 

1930 - The Whisperer in Darkness (Film- Sean Branney)

 

Après avoir perdu un débat féroce avec un spécialiste de l'occulte, le professeur de l'Université Miskatonic Albert Wilmarth exprime une vive curiosité envers des documents envoyés par un fermier du Vermont convaincu de l'arrivée de mystérieuses créatures dans sa ville. Il a photographié des traces de sabots localisées près de chez lui et il a peur. Immensément peur. Professeur Wilmarth saute dans le premier train pour le Vermont et ainsi débute une enquête qui le plongera au cœur d'une terrifiante conspiration. Une conspiration qui n'est assurément pas de ce monde. L'heure des Grands Anciens approche.

 

Quelques explications :

La H.P. Lovecraft Historical Society avait déjà démontré son immense talent en réalisant une adaptation parfaite de l'Appel de Cthulhu en film muet, parfaitement adapté au style et à l'ambiance lovecraftienne. L'exploit est réitéré avec cette équipe de cinéastes qui ont analysés des heures et des heures de films en noir et blanc, pour s’imprégner des techniques de réalisation de l’époque avant de se lancer dans la réalisation de The Whisperer In Darkness... Le résultat est impressionnant, au point qu'en ignorant que le film a été réalisé en 2011, on pourrait se laisser tromper ! L’imitation est quasi parfaite : les décors, les costumes, les éclairages, les effets spéciaux, le (sur)jeu des acteurs (et leurs coiffures ), les longs dialogues, la musique, tout y est ! Les acteurs sont bons, la réalisation est impeccable et le scénario s’éloigne même, vers la fin, de la nouvelle de Lovecraft . C’est particulièrement fort de la part de fans, qui sont généralement attachés à une fidélité extrême à l'égard de l’oeuvre originale, d’avoir su ainsi prendre le recul nécessaire pour réellement adapter au cinéma le texte de leur idole. (Source)

 

 

Incursion supposée : SHUB-NIGGURATH

 


 

1930 - Les Montagnes hallucinées (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

Au cours d'une expédition en antarctique, deux scientifiques mettent au jour, derrière une chaîne de montagnes en apparence infranchissable, les vestiges d'une ancienne cité aux proportions gigantesques. Pendant cinq ans, un vénérable professeur d'université devient la proie d'étranges visions. Cherchant à comprendre ce qui l'a " possédé ", il découvre en Australie des ruines plus qu'antédiluviennes cachées au regard des hommes. En visitant les dédales et recoins de ces lieux maudits, tous vont observer des fresques évoquant l'arrivée sur terre d'entités d'outre-espace. Et constater que la menace de les voir reprendre le contrôle de la planète existe toujours...

 

Quelques explications :

La nouvelle est écrite à la première personne, par le professeur William Dyer, un géologue de la prestigieuse Miskatonic University. Il relate cette histoire afin de révéler de terrifiants secrets gardés sous silence auprès du public concernant une expédition scientifique en Antarctique, dans l’espoir de dissuader l'envoi d’une prochaine équipe qui se risquerait à une mort certaine. Les Montagnes hallucinées est considéré par le spécialiste de Lovecraft S. T. Joshi comme un tournant majeur dans la « démythification » du Mythe de Cthulhu, qu'il préférait appeler lui-même mythe de Lovecraft. Dans les années 1920, remarque Joshi, l’Antarctique était « l’une des dernières régions inexplorées sur Terre, comportant d’immenses étendues que le pied de l’Homme n’avait jamais foulées. Les cartes d’époque du continent montraient un grand nombre de blancs provocateurs, et Lovecraft pouvait faire travailler son imagination en les remplissant… sans trop se soucier d’être contredit dans l’immédiat. » La source d’inspiration la plus évidente de Lovecraft pour Les Montagnes hallucinées est l’unique roman d’Edgar Allan Poe, Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, dont la fin se situe en Antarctique. Lovecraft fait deux fois référence à l’histoire « dérangeante et énigmatique » de Poe dans son texte, et emprunte directement la mystérieuse phrase « Tekeli-li » à l’œuvre de Poe. Dans une lettre adressée à August Derleth, Lovecraft écrit qu’il tente de rechercher à la fin de sa nouvelle un effet similaire à celui atteint par Poe dans Arthur Gordon Pym. (Source)

 

 

Incursion supposée : SHOGGOTH

 


 

1932 - La maison de la sorcière (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

Étaient-ce les rêves qui avaient amené la fièvre ou la fièvre les rêves ? Walter Gilman n’en savait rien. Derrière tout cela était tapie l’horreur sourde, purulente de la vieille ville et de l’abominable mansarde moisie, à l’abri d’un pignon, où il étudiait, écrivait et se colletait avec les chiffres et les formules quand il ne se retournait pas dans son maigre lit de fer. Son oreille devenait d’une sensibilité surnaturelle, intolérable, aussi avait-il depuis longtemps arrêté sur la cheminée la pauvre pendule dont le tic-tac finissait par lui sembler un fracas d’artillerie. Les ténèbres grouillaient toujours de sons inexplicables – et pourtant il tremblait parfois que ces bruits-là ne cessent pour faire place à certains autres, plus assourdis, qu’il soupçonnait de rôder derrière eux.

 

Quelques explications :

La seule limite tangible entre la science et le fantastique se situe dans la compréhension que tout être humain possède de l’univers. Mais notre perception du réel, elle-même limitée par nos propres sens, ne nous permet pas d’en appréhender toute la complexité. Aussi, ce que nous jugerions paranormal ne relève pas obligatoirement du fantastique mais plutôt d’un savoir inconnu. Avec le développement de son Mythe de Cthulhu, Lovecraft explore cet aspect terrifiant de notre cosmos. Au début des années 30, Lovecraft rédige plusieurs nouvelles résolument empruntes de cette science-fiction d’horreur. Tous ses récits gravitent alors autour d’éléments devenus incontournables de son œuvre : le Nécronomicon, l’Université de Miskatonic située à Arkham, et les fameux Grands Anciens hantant les moindres recoins de l’espace-temps. « La Maison de la Sorcière » partage ces mêmes sources d’inspiration. Nul doute que les êtres semblants purement "fantastiques" (Le rat, la sorcières...) ne sont en réalité que des illusions du Grand Ancien Nyarlathotep. Ce dernier apparaît d'ailleurs des années plus tôt dans une courte nouvelle éponyme de Lovecraft écrite en 1920. La créature y est alors décrite comme un mage égyptien dont les pouvoirs d’illusion transportent les foules dans d’autres mondes parallèles. (Source)

 

 

Incursion supposée : THE BLACK MAN (NYARLATHOTEP) & RAT THING

 


 

1935 - Dans l'abîme du temps (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

La nouvelle retrace près de 30 ans de la vie de Nathaniel Wingate Peaslee, professeur d'économie politique à l'université Miskatonic. Cet homme, jusque là sain d'esprit, connait une période d'amnésie grave entre le 14 mai 1908 (il est alors en plein cours) et le 27 septembre 1913. La nouvelle est construite comme une lettre confession du professeur Peaslee à son fils, également professeur à la Miskatonic en psychologie. Le récit est donc distancié par l'usage du flash-back. Le premier chapitre de cette nouvelle, qui en compte huit, retrace ce que le professeur Peaslee a pu apprendre a posteriori sur ses activités lors de son amnésie. Il semble donc qu'il fut « habité » par une autre personnalité, dotée de connaissances approfondies sur le passé et le futur de l'humanité qu'aucun humain ne devrait être en mesure de connaître.

 

Quelques explications :

Dans cette nouvelle, l'écriture de Lovecraft est caractérisée par deux des traits de style majeurs de l'auteur, à savoir son goût pour l'architecture et celui pour les sciences exactes. Les descriptions architecturales sont nombreuses et très détaillées, tout comme l'est la description physique des représentants de la Grand-Race. Nouvelle tardive dans la carrière de Lovecraft, Dans l'abîme du temps fait référence à de nombreux éléments de la mythologie personnelle inventée par l'auteur et déjà exploité dans ses écrits précédents. Nous citerons par exmple L'université de Miskatonic, La Maison de santé d'Arkham, Nyarlathotep, et biensûr la Grand-Race de Yith (Il s'agit du peuple le plus avancé technologiquement de l'univers depuis qu'ils ont trouvé le moyen de faire voyager leur esprit dans l'espace et le temps. Lors de ce voyage, l'esprit du membre de la Grande Race s'incarne dans le corps d'un individu d'une autre race, à une autre époque, tandis que l'esprit de l'individu ainsi possédé est exilé à l'époque d'où est venu l'être de la Grande Race). (Source)

 

 

Incursion supposée : YITHIAN

 


 

1936 - Le cauchemar d'Innsmouth (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

Le narrateur, Robert Olmstead, amateur de civilisation ancienne et venant de fêter sa majorité, entreprend un voyage à travers la Nouvelle-Angleterre afin d'en apprendre un peu plus sur ses origines. Arrivé à la gare de Newburyport pour prendre le train vers Arkham, il découvre l'existence d'une ligne de bus passant par la mystérieuse et lugubre Innsmouth. Cette option lui semble bien plus avantageuse au vu de sa maigre bourse, mais étrangement les gens semblent avoir un dégoût profond pour ce village aux habitants peu commodes et physiquement très peu avantagés...

 

Quelques explications :

Le Culte Ésotérique de Dagon renforce l’aspect déjà mystique de la nouvelle, tout en faisant référence à « Dagon » (1917), texte précurseur dans l’univers ésotérique de Lovecraft, rédigé bien avant que naisse dans son esprit l’idée du Nécronomicon puis des Grands Anciens. Dans le « Cauchemar d’Innsmouth », Lovecraft renforce l’hypothèse d’une présence aquatique impie tapie au fond des océans, tout en présentant son Culte de Dagon comme une adoration aveugle à ces créatures tout aussi repoussantes que machiavéliques. Les habitants d’Innsmouth sont dépeints par un Lovecraft misanthrope, imaginant que la cupidité de ses semblables les pousse jusqu’à dénaturer leur propre sang en s’hybridant avec des créatures contre-natures. Des réels desseins de ces Choses, qui ne tardent pas à imposer leur tyrannie sur les habitants du petit village de pêcheur, nous ne saurons pas grand chose. Tout au plus pouvons-nous remarquer que les sacrifices humains ne sont qu’une première étape, un pacte sans cesse renouvelé entre elles et les humains avant de s’hybrider avec leurs adorateurs. Peut-être répondent-elles ainsi à une stratégie de reproduction, une manière de fortifier leur propre race grâce à cette nouvelle « vigueur hybride ». (Source)

 

 

Incursion supposée : DEEP ONE

 


 

1937 - La maison maudite (Nouvelle – HP Lovecraft)

 

Pendant plusieurs années, le narrateur et son oncle, le docteur Elihu Whipple, sont fascinés par une vieille maison située sur la rue des Bienfaits (Benefit Street). Le Dr Whipple a récolté beaucoup d’informations sur les problèmes de santé et les morts mystérieuses des gens qui y ont vécu pendant environ cent cinquante ans. Les deux personnages sont également interpellés par les herbes étranges du jardin, les champignons blanchâtres et phosphorescents qui poussent dans la cave ainsi que par la mauvaise odeur qui émane du lieu.

 

Quelques explications :

Les maisons désertes, dans des lieux écartés, ont une importance particulière, et le mal ou le danger ne viennent plus de l'extérieur, mais du dedans (de l'intérieur de la maison même ou de l'esprit de ceux qui l'ont jadis habitée, ou encore de ses occupants actuels). Une Entité ou un habitant maudit peut envahir une demeure, la contaminer durablement, et contrôler l'esprit de ses résidents. Des lieux sont ainsi liés à des caractères étranges ou fantastiques. Des habitations peuvent présenter les mêmes caractéristiques que les êtres humains et éprouver des sentiments quasi identiques. Les conventions du motif de la maison hantée amènent le lecteur à faire l'expérience d'une série de hantises destinées à renforcer l'impression qu'il a d'être en présence d'un Lieu Maléfique. Le récit de maison hantée prend souvent plus de caractère dans un contexte historique. (Source)

 

 

Incursion supposée : FUNGUS VAMPIRE

 


 

1944 – Le labyrinthe de Pan (Film - Guillermo del Toro)

 

Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s'installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l'armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu'elle n'est autre que la princesse disparue d'un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l'a préparé à affronter...

 

Quelques explications :

Amoureux des oeuvres de H-P Lovecraft, Tolkien et Ray Bradbury, Guillermo del Toro s'est familiarisé avec l'anglais dès son plus jeune âge en regardant des films d'horreur sous-titrés et en lisant, avec l'aide d'un dictionnaire bilingue, le magazine Famous Monsters of Filmland. (Source) Mais l'univers de Del Toro, mêlant mythologie, spiritualité et épouvante, s'enracine également dans son enfance à Guadalajara, au Mexique. Dans ce qui n'est pas exactement une petite ville tranquille, le petit Guillermo est le témoin trop régulier de scènes violentes qui le marqueront profondément. En proie à des cauchemars lucides qu'il évoquera à la sortie du Labyrinthe de Pan, il développe très tôt une fascination pour le macabre et en vient par exemple à demander des racines de mandragore à Noël pour pouvoir s'essayer à des rituels de magie noire ! Pareil retour sur les jeunes années de Del Toro permet de saisir non seulement l'importance des monstres dans son univers mais également celle du thème de l'enfance qui y est souvent couplé. Le Labyrinthe de Pan convoquent la puissance des contes dans ce que ceux-ci ont de plus cruel - exposant des choix douloureux et des conséquences irréversibles -, de plus profondément ancré dans les méandres de l'inconscient collectif. Particulièrement dans Pan, le schéma traditionnel du film d'horreur s'en trouve inversé : le réel est destructeur et l'imaginaire - avec tout ce qu'il peut charrier d'effroi - devient le refuge. La créativité de Del Toro permet dans le défilement des créatures une escalade parfois étourdissante. (Source) La traduction française du titre (Le Labyrinthe du faune en espagnol) reprend d'ailleurs "le grand dieu Pan" d' Arthur Machen. Pan dont le petit peuple enlevait les enfants des humains... Un clin d’œil à Machen et son ”successeur” Lovecraft”, dont le fantastique de Guillermo del Toro est imprégné par son fantôme... (Source) Le panthéon de Lovecraft comporte de nombreuses créatures cosmiques, mais attache une importance particulière au mythe grec de Pan. La mythologie grecque a intéressé Lovecraft quand il était enfant, et particulièrement le mythe de Pan, qu'il a rencontré par ailleurs avec le livre de Machen. Le récit de Machen n'appartient pas au genre merveilleux, à cause de l'impression d'horreur dominante : il se trouve au carrefour entre le récit mythologique du dévoilement du dieu (révélation de l'Etre) et du texte fantastique (représentation de l'étrange). Mais il est propre à susciter chez Lovecraft (et donc chez Del Toro) le désir d'inspirer à ceux qui sont en contact avec ses entités les mêmes sentiments de "vénération et de peur" et cette "attitude d'écoute impressionnée" qu'il évoque dans l'analyse qu'il fait de l'oeuvre de Machen dans "Épouvante et Surnaturel en Littérature". (Source)

 

 

Incursion supposée : IMP & MONSTROUS FROG & FAIRY & NIGHT-GAUNT

 


 

Le retour des cultes anciens

 


 

1958 – Le masque de Cthulhu (Nouvelles – HP Lovecraft & August Derleth)

 

Les cinq nouvelles qui forment ce recueil suivent naturellement le même thème : la relation des terribles forces psychiques qui rôdent toujours dans La Maison dans la Vallée, l'affreuse impulsion qui conduit le narrateur à sa perte parmi les Engoulevents de la colline, l'inéluctable accord qui se cache derrière le Pacte des Sandwin, et l'enquête qui suit la découverte du Sceau de R'lyeh dans la maison près d'Innsmouth.

 

Quelques explications :

Le recueil comprend 5 nouvelles et toutes reprennent un peu la même trame, à quelques variations près, très fidèle au style de Lovecraft. Le contexte est celui d’une ville imaginaire du Massachusetts, Arkham, sur la côté Est des Etats-Unis, et de ses environs (Dunwich, Innsmouth…) A chaque fois, un homme (un investigateur) entreprend des recherches dans le cadre d’une vieille maison, pour diverses raisons : lors d’une disparition, ou par exemple lorsque quelqu’un de proche témoigne de faits étranges. A travers la lecture de certains livres anciens, toujours les mêmes (comme le Necronomicon par exemple) , il prend connaissance de l’existence de vieilles légendes mystérieuses, auxquelles l’investigateur ne croit pas mais dont la réalité s’impose à lui de plus en plus. Il est fait mention des différent dieux, mais celui qui se manifeste, au travers de ses 5 histoires, est principalement Cthulu, le dieu de l’eau, terré dans les profondeurs océaniques, attendant (rêvant) à son retour. Systématiquement, des manifestations surnaturelles se produisent, qui évoquent le retour proche de ce dieu maléfique. (Source)

 

 

Incursion supposée : CTHULHU

 


 

1962 – La trace de Cthulhu (Nouvelles – HP Lovecraft & August Derleth)

 

L'Ile n'a pas de nom, elle ne figure pas sur les cartes, elle n'émerge que rarement. ElIe est la dernière voie qui mène directement à Cthulhu ; toutes les autres sont gardées par les Profonds. Sans le récit de Johansen, miraculeusement découvert par Lovecraft, nous ignorerions jusqu'à son existence. Et maintenant, nous étions là et nous attendions. Au sommet de l'île se dressait le temple du rêve, avec sa porte en ruine ouvrant sur d'autres dimensions.

 

Quelques explications :

Il s'agit plus d'une continuité de l'oeuvre Lovecraftienne que de pastiches. D'ailleurs Lovecraft est cité à plusieurs reprises dans ces nouvelles en tant que référence. Ainsi dans Le sceau de R'lyeh le narrateur est amené à se poser certaines questions : Qu'est-il arrivé à certains écrivains qui étaient censés écrire des ouvrages de fiction, Lovecraft, Howard, Barlow et aux soi-disant scientifiques comme Fort quand ils s'étaient trop avancés dans leurs recherches. Morts ou disparus avant l'heure pour la plupart. La fiction de Lovecraft avait, me semble t-il, la même relation avec la vérité que les faits inexplicables par la science. Même si elles paraissaient imaginaires, les histoires de Lovecratf s'appuyaient sur des faits réels. Une astuce littéraire afin de crédibiliser les textes et de leur donner une aura d'authenticité. Des textes donc où une mythologie inventée, une démonologie particulièrement virulente sont toujours présentes, distillant une atmosphère insidieuse d'angoisse, d'horreur, d'épouvante. (Source)

 

 

Incursion supposée : CTHULHU

 


 

1969 - Légendes du mythe de Cthulhu (Nouvelles – HP Lovecraft, Robert Bloch, Colin Wilson…)

 

Selon les légendes, ils sont descendus du ciel et ont régné sur la Terre. Et ils ont été bannis hors du monde. Ils sont couchés dans les sépulcres au fond de la cité perdue de R'Iyeh. Depuis des millions d'années, ils méditent. Ils savent tout ce que nous pensons.Tapis dans la ville engloutie, ils veulent revenir. Parfois ils frôlent le seuil de l'univers. Mais les Grands Anciens savent qu'un jour les étoiles reprendront la position propice dans le cycle de l'éternité.Alors retentira l'appel de Cthulhu : sur toute la surface du globe, les adorateurs secrets accompliront les rites immondes ; la Terre tremblera ; la cité monstrueuse émergera des océans ; les Grands Anciens seront libres de réduire la Terre à merci. Et les hommes se mettront à hurler de peur, de frénésie et de rage déchaînée...

 

Quelques explications :

Il ne s'agit pas ici d'un roman écrit par Howard P. Lovecraft, mais plutôt d'un recueil de nouvelles littéraires écrit par divers auteurs qui étaient amis avec Lovecraft. Ces récits d'horreur ont, évidement, des liens plus ou moins directs avec le mythe de Cthulhu. (Source) L'histoire d'Howard, par exemple, distille une atmosphère étrange, ou réalité historique et fantastique se mêlent élégamment, au rythme de l'écriture hautement suggestive de l'auteur. De manière générale, le mythe est prolongé dans chacune des histoires. August Derleth propose un style et une écriture tellement proches de Lovecraft que c'est à s'y méprendre. D'aucuns crieraient au plagiat ! Mais si on laisse de côté ce genre de considération, on s'aperçoit que cet auteur apporte réellement sa touche au mythe et développe des atmosphères inquiétantes, horrifiques très alléchantes. (Source)

 

 

Incursion supposée : CTHULHU

 


 

1970 – Poste de nuit (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de « Danse macabre »)

 

Une équipe d'ouvriers est chargée de nettoyer les sous-sols d'une filature abandonnés depuis plusieurs décennies. Ils vont y découvrir une gigantesque colonie de rats dont certains ont subi des mutations.

 

Quelques explications :

On ne peut pas réduire une oeuvre aux motifs raisonnés qu'avait un auteur de l'écrire. Elle fonctionne selon sa logique propre dont le sens a échappé à son créateur. L'originalité du monstre lovecraftien suppose une approche originale du monstrueux dont on peut interpréter la signification. À la différence des monstres classiques, souvent suggérés par des procédures littéraires d'évitement, les monstres de Lovecraft sont décrits dans un style "gras", suivant la formule de Jean Fabre, ou dans le cadre d'un "fantastique de l'excès", comme le souligne Denis Mellier. Lovecraft propose un fantastique de l'hyperbole : "Cela se marque dans ses descriptions de monstres, où la multiplicité se conjugue à l'instabilité, dans une sorte de dynamisation affolante." Cependant, la lecture de Lovecraft donne non pas l'impression d'être l'inventaire d'une collection de monstres, mais plutôt de se caractériser par une atmosphère où le monstrueux est partout présent, "un univers du monstrueux global, «impie», devant quoi les personnages n'ont d'autres possibilités que la fuite vaine, la folie ou une mort dont on ne sent pas très bien qu'elle ne sera pas une fin."  (Source)

 

 

Incursion supposée : GIANT RAT

 


 

1972 – Retour à Arkham (Roman – Robert Bloch)

 

Quand Albert Keith a vu ce tableau, il n'a pas pu résister : il l'a acheté. De fait, on a rarement vu oeuvre d'art plus répugnante, plus digne de séduire un authentique amateur d'insolite. Lovecraft a même décrit, dans une nouvelle célèbre, une toile tout à fait semblable : le grand écrivain disparu, connu pour son imagination débordante, aurait-il, pour une fois, décrit ce qu'il voyait ? Albert Keith pense tout de suite à un canular monté par le vieux Maître avec la complicité du peintre. A moins qu'il n'ait, tout au contraire, été terriblement sérieux : ce voyage vers l'horreur et la mort où il entraîne ses lecteurs, peut-être l'a-t-il entrepris lui-même, peut-être l'annonce-t-il par-delà la tombe à l'humanité naïvement incrédule ?

 

Quelques explications :

Albert Keith achète un tableau, mais pas n'importe quel tableau  : Le modèle de Pickman, absolument identique à celui de Lovecraft dans sa nouvelle. Puis une mort atroce, comme dans La peur qui rôde, autre nouvelle de Lovecraft. L'art imite la réalité et la réalité imite l'art. C'est le début d'un voyage vers l'horreur et la mort. L'univers bascule, une folle enquête commence. Apparaît le mystérieux révérend Nye, chef de la secte de la Sagesse des Etoiles. L'œuvre de Lovecraft n'ést plus une fiction, mais la réalité. Les trois parties qui composent le roman (et qui pourraient aisément passer pour trois nouvelles) ont chacune une motivation et un déroulement différent. La première reproduit fidèlement des nouvelles comme Le témoignage et Le modèle et représente, outre une nouvelle fantastique bien menée aux rebondissements haletants, un véritable guide biobibliographique pour ceux que l'œuvre de H.P.L. intéresse ; la seconde ressortit plus du domaine « espionnage » et introduit l'héroïne dans le milieu étrange des sectes ; quant à la troisième, il s'agit d'un dénouement paroxystique qui introduit la chute finale. (Source)

 

 

Incursion supposée : GHOUL

 


 

1976 - Les Adorateurs de Cthulhu (Nouvelles - Edward P. Berglund)

 

Quand Lovecraft crée le mythe de Cthulhu, toute la littérature fantastique anglo-saxonne de l'époque moderne change de visage. L'horreur, soudain, devient une esthétique, et l'épouvante, une manière d'être et de vivre. Que ce mythe extraordinaire ait influencé les écrivains actuels, rien de plus normal. Voici quatre nouvelles remarquables, dues à quatre auteurs d'aujourd'hui, mais écrites dans une optique tout à fait originale. Du frisson garanti - et une assurance en bonne et due forme pour passer quelques nuits blanches...

 

Quelques explications :

Les Adorateurs de Cthulhu est une anthologie de quatre nouvelles directement inspirées du mythe de Cthulhu imaginé par l'écrivain américain H. P. Lovecraft. Parue en 1978 en France, cette anthologie rassemblée vraisemblablement par Jacques Finné est remarquable en plusieurs manières. D'abord, elle ne reprend aucun texte de Lovecraft lui-même, mais de quatre auteurs de fantasy s'étant essayé au pastiche/à l'hommage du style de Lovecraft. Enfin, et surtout, Les Adorateurs de Cthulhu reste remarquable car il contient l'une des premières analyses originales de l'œuvre de Lovecraft éditée en français. En effet, le livre se conclut sur un essai d'une vingtaine de pages, intitulé Les mythes de Cthulhu. Cette postface, rédigée par Jacques Finné (qui est également le traducteur des quatre nouvelles de l'anthologie et qui est un des grands historiens français de la littérature de fantasy et de science-fiction), est en réalité extraites de la thèse de doctorat de Finné, intitulée L'organisation surnaturelle, essai sur la littérature fantastique (1978). On y trouve les idées de l'auteur sur l'œuvre de Lovecraft, sur le travail des « continuateurs du mythe » (Lin Carter, Robert Bloch, James Wade, August Derleth, etc.) ainsi qu'une conclusion plus globale sur le mythe fondateur inventé par Lovecraft. (Source)

 

 

 

Incursion supposée : CTHULHU & SPAWN OF CTHULHU

 


 

Nouvelles incrusions modernes

 


 

1977 – Eraserhead (Film – David Lynch)

 

Eraserhead débute par une séquence dans l'espace. La caméra s'approche d'une planète où se trouve une petite cabane dans laquelle un homme défiguré tire des leviers. Un des leviers déclenche la chute d’une créature à l’apparence d’un ver dans une mare. Émergeant peu à peu de la mare, la lumière devient de plus en plus intense jusqu’à un fondu au blanc. Nous découvrons alors la vie d'Henry Spencer, qui, lors d'un dîner dans sa belle famille, après avoir tenté de découper un poulet qui s'anime et se met à suinter un liquide noir, apprend qu’il est le père d’un enfant prématuré. Le bébé, avec une apparence proche du fœtus d'agneau et hideusement déformé, ne cesse de gémir. Henry reste alors seul avec la créature et subit une suite d’événements des plus étranges, incluant la rencontre avec la « dame dans le radiateur »...

 

Quelques explications :

Beaucoup pensent - mais on n'en est pas vraiment certain - que Lovecraft savait que son père était syphilitique, et imaginent qu'il lui en est résulté conjointement une défiance de la sexualité et une attitude négative à l'égard de l'hérédité. On doit bien constater que la plupart de ses personnages charrient dans leurs veines des sangs qu'ils considèrent comme impurs. Certains font même des études généalogiques à ce sujet. Outre les anomalies, deux explications sont généralement avancées : les mariages consanguins et les métissages entraînent une régression de l'espèce d'une part, et d'autre part les unions entre les créatures de l'autre monde donnent des résultats bizarres et variés, véritable festival de tératologie, qui vont des géants de L'Abomination de Dunwich, aux êtres aux formes de poissons issus des créatures de la mer comme Cthulhu ou d'autres... (Source)

 

 

Incursion supposée : HUMAN / DEEP ONE HYBRID

 


 

1978 - Matière grise (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de « Danse macabre »)

 

Les habitués d'une épicerie se rendent au domicile d'un homme vivant en reclus et dont le fils affirme qu'il s'est transformé en créature grise et spongieuse.

 

Quelques explications :

Le monstre lovecraftien est une imitation de l'humain, qui reflète "une parodie involontaire de la normalité humaine, par une surnature maladroite, un démiurge débile." Cette normalité dévoyée est le résultat d'une copulation entre le monstre et l'humain, renvoyant à l'idée de «souillure», de dégénérescence de la race d'une part. D'autre part, il n'y a pratiquement pas de femmes dans Lovecraft, bien que ses monstres soient fortement sexualisés par les tentacules, leurs trompes ou leurs organes de succion. En fait, ces deux notions (images de souillure, de sexualité morbide, de peur et de recul devant l'altérité) se rejoignent dans le recul et la fascination que suscitent les dieux lovecraftiens, symboles de l'autorité d'un paternel pourtant absent. Le monstrueux porterait ainsi chez Lovecraft la trace indélébile de la souillure initiale, de l'abjection d'un père fou (voire diforme), comme certains de ses dieux... (Source)

 

 

Incursion supposée : SHOGGOTH

 


 

1980 - Crouch End (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de « Rêves et Cauchemars » )

 

Doris Freeman, une jeune femme américaine, arrive une nuit au poste de police du quartier de Crouch End, à Londres. Dans un état hystérique, elle évoque la disparition de son mari, Leonard, ainsi que des monstres. Deux policiers tentent de la calmer et prennent sa déposition...

 

Quelques explications :

La lecture attentive de Crouch End manifeste une volonté de rassembler le maximum de notations lovecraftiennes, plusieurs par page, indépendamment de l'histoire dédiée à Cthulhu, qui ne fait d'ailleurs qu'une brève apparition (ou est-ce une de ses créatures?), insolite dans le sous sol londonien. Comme le signale Guy Astic : "Dans cette nouvelle, l'effet de montage est poussé à son comble. (...) L'imitation littéraire aboutit ici à une hypertrophie des références, à un tourbillon de collages littéraires." Le personnage Vetter a de bonnes lectures et se demande si Crouch End n'est pas un point de rencontre géométrique avec un autre monde d'une autre dimension. Vetter va utiliser un exemple élémentaire , celle d'un monde comparé à un ballon, avec un univers bizarre et terrifiant à l'intérieur, et qui, usé à un endroit, permettrait des échappées et des intrusions. Crouch End, comme Arkham, Dunwich ou Innsmouth ou d'autres villes de Lovecraft est ainsi une porte sur un monde alternatif, et le point de contact positif avec des entités cosmiques. (Source)

 

 

 

Incursion supposée : SHUB-NIGGURATH

 


 

1981 - Evil Dead (Film – Sam Raimi)

 

Un groupe d'amis part en vacances dans une maison perdue dans la forêt. Peu après leur arrivée, ils constatent quelques phénomènes étranges qui vont les amener dans la cave sombre de la maison. Ils y découvrent un livre et un magnétophone. L'enregistrement contenu dans le magnétophone leur révèle que cette maison était celle d'un archéologue qui s'était retiré ici pour étudier le livre intitulé Le Livre des Morts, ou Necronomicon. Relié en peau humaine et écrit avec du sang humain, le Necronomicon contient des incantations permettant de réveiller les esprits maléfiques en sommeil. La suite de l'enregistrement contenant les incantations, le cauchemar commence alors pour la bande d'amis…

 

Quelques explications :

La question du livre, en lui-même, traverse de part en part la fiction de Lovecraft. Elle atteste, puisque le livre transmet à distance son témoignage, que ce qui traverse nos peurs et nos villes par la terreur ne participe pas d’une invention, mais a été l’expérience concrète d’hommes précurseurs. Grimoires maudits, livres interdits, on les retrouve alors, à un moment ou à l’autre, dans toutes les enquêtes des narrateurs propulsés vers l’horreur. Et, dès 1922, ce nom étrange de Necronomicon, fondé sur une fausse étymologie grecque, en devient le symbole pour Lovecraft. Mais le Necornomicon n’est-il pas la somme de tous ces fragments et citations qu’on traverse dans chaque histoire de Lovecraft ? C’est sans doute cela qui en fait désormais une oeuvre légendaire, et dont l’existence semble assurée au-delà de l’oeuvre de Lovecraft. (Source)

 

 

Incursion supposée : VEGETABLE ENTITY & GAEA

 

 


 

1982 - The Thing (Film – John Carpenter)

 

En plein cœur de l’Antarctique, une équipe de scientifiques découvre une créature gelée. Ramené à la vie, le monstre prend l'apparence de toutes formes organiques et décime un à un les membres de l'expédition.

 

Quelques explications :

Qu'est-ce que la notion d'Indicible, telle qu'elle est construite par Lovecraft et ses zélateurs, si ce n'est l'affirmation d'un esprit humain par nature étriqué, handicapé conceptuellement, face aux virtualités d'un méta-univers plus vaste, plus étrange, plus terrifiant et recelant plus de beautés que le reflet tronqué que notre monde salue du terme de réalité ? Pour sa première prise de champ dans les fins du monde, et dans les concepts lovecraftiens qu'il se met en demeure de traduire au cinéma, Carpenter s'attaque directement à cet Indicible ou les autres se sont cassé les dents avant lui (et beaucoup après), soit le nœud du problème. En livrant du Lovecraft plein pot sous un camouflage habile. Si la paranoïa est le point nodal du film, l’indicible est ainsi son point focal, bel et bien au centre des préoccupations esthétiques. Le choix du titre est en soi éloquent à cet égard : « La Chose », c'est-à-dire une entité qu’on ne peut définir par quelque terme plus précis. Ici l’indicible est visible, ce qui ne l'empêche pas d'être conceptuellement fuyant. La Chose n’est jamais montrée dans son entier, qu’il soit spatial ou temporel, car c'est impossible ; en effet la créature reconfigure constamment son apparence physique suivant ses besoins immédiats, ce qui en fait une sorte de Shoggoth « évolué », tel que ceux décrits par Lovecraft comme « certaines masses protoplasmiques multicellulaires susceptibles de façonner leurs tissus en toute sorte d’organes provisoires » dans Les Montagnes hallucinées ; la Chose est ainsi un organisme en constante évolution morphologique, ce qui ne permet pas de la circonscrire d’un point de vue conceptuel, dont le fait de la voir ne fait qu’apporter plus de confusion, dans un sentiment très lovecraftien encore une fois. (Source)

 

 

Incursion supposée : THINGS THAT DEVOUR AND DISSOLVE

 


 

1984 - La Ballade de la balle élastique (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de « Brume »)

 

Lors d'une soirée organisée en l'honneur d'un jeune écrivain prometteur, son éditeur raconte l'histoire de Reg Thorpe, un écrivain qui est devenu fou et s'est suicidé. L'éditeur reçoit à la fin des années 1960 une nouvelle de Thorpe, intitulée La Ballade de la balle élastique et ayant pour thème la folie, qu'il considère comme un chef-d'œuvre. Les deux hommes commencent alors une correspondance et l'éditeur entre dans le jeu de Thorpe, qui souffre de plusieurs excentricités, la plus notable étant sa croyance dans les « Fornits », petites créatures apportant chance et créativité et dont l'une aurait élu domicile dans sa machine à écrire.

 

Quelques explications :

Pour qui a lu Lovecraft, une des caractéristiques de son œuvre réside dans la folie de ses narrateurs confrontés à un surnaturel auquel ils refusent de croire. Les événements auxquels ils sont confrontés sont-ils des inventions de leur esprit malade ? Ou bien l’horreur créée par la découverte stupéfiante de réalités innommables les a-t-elle rendus fous ? Toute la trame des récits de Lovecraft tient à ce doute : la tension ne peut se résoudre que par la lecture de ses histoires dont la narration à la première personne confine à la confidence. Ainsi ce cercle proprement infernal qui met en scène une réalité impossible à décrire ne peut trouver sa résolution que dans une reconstruction minutieuse et haletante, œuvre d’un narrateur qui croit en la véracité de ce qu’il dit autant qu’il doute du caractère fiable et crédible de sa propre perception. L’ancrage dans le réel se double d’une peur explicitement formulée, résultat du doute qui ronge l’esprit du narrateur. On comprend mieux ainsi que notre auteur ait appelé un de ses récits les plus fameux La peur qui rôde [qui fut sans aucun doute l'une des inspirations majeures de King pour cette nouvelle]. (Source)

 

 

 

Incursion supposée : YIG

 


 

1985 - Le Singe (Nouvelle – Stephen King)

 

Foutu singe au sourire grimaçant ! Tout en dents ! L’œil vitreux. Un diable qui sort d'une boîte… Hal l'avait l'avait précipité au fond d'un puits. Et voilà qui resurgit vingt ans plus tard. Le même. Avec ces ailes noires. Et comme un écho venu de l'enfer, ces horribles cymbales qui s'entrechoquent, signant à chaque fois un arrêt de mort. Partout, l'ombre de la mort plane. Quand elle ne s'incarne pas dans le jouet le plus innocent, elle elle rôde dans le chenal, attirant par son chant, les vivants en sursis.

 

Quelques explications :

Dans Lovecraft, les objets maudits ont à la fois des pouvoirs inquiétants et une géométrie inconcevable. De nombreux objets, qui vont des pierres dégrossies ou gravées aux produits artistiques, ont des pouvoirs prodigieusement maléfiques : "À cette époque, (...) les premiers hommes avaient organisé le culte autour de petites idoles que les Grands Anciens leur avaient révélées. C'était des idoles apportées en des ères indistinctes d'obscures étoiles". D'autres sont réalisés par des humains sous l'emprise des Grands Anciens : "C'était la silhouette curieusement stylisée d'un molosse accroupi et ailé, sorte de sphinx à la tête à demi canine, d'une gravure exquise, suivant le style de l'ancien Orient, taillé dans un morceau de jade vert. L'expression de ses traits, abominable au-delà de toute description, rappelait à la fois la mort, la bestialité et la malignité." Le rapport des hommes aux objets perd ainsi son innocence pour devenir un rapport de méfiance. (Source)

 

 

Incursion supposée : /

 

 


 

1985 - Ça (Roman – Stephen King)

 

Enfants, dans leur petite ville de Derry, Ben, Eddie, Richie et la petite bande du « Club des ratés », comme ils se désignaient, ont été confrontés à l'horreur absolue ça, cette chose épouvantable, tapie dans les égouts et capable de déchiqueter vif un garçonnet de six ans… Vingt-sept ans plus tard, l'appel de l'un d'entre eux les réunit sur les lieux de leur enfance. Car l'horreur, de nouveau, se déchaîne, comme si elle devait de façon cyclique et régulière frapper la petite cité.

 

Quelques explications :

Monstres endormis qui attendent patiemment leur réveil, sorcellerie et malédictions qui hantent des lieux abhorrés des vivants, réalités dépassant l’imagination par leur caractère improbable, race des grands Anciens aux constructions cyclopéennes qui dominèrent un jour notre planète, pouvoirs psychiques exercés sur les humains pendant leur sommeil, goules, vampires, humains dégénérés dont les tares trouvent leurs origines dans des pratiques aussi ancestrales qu’abominables… On peut se montrer compréhensif pour ceux que Lovecraft n’enchante guère. Tout le monde n’a pas le goût des monstres… Mais en réalité, ce ne sont pas tant les faits racontés qui attirent la curiosité du lecteur que cette recherche du narrateur éperdu qui vise à nommer ce qui ne se peut pas, à concevoir ce que les conceptions communes rejettent comme aberrant, à imaginer des raisons et les causes d’une réalité qui fait vaciller l’esprit du côté d’une parole que personne n’écoute. Le lecteur bascule lui aussi : page après page, l’inquiétude naît de la certitude. Cet étonnant paradoxe repose sur le fait qu’ordinairement l’inquiétude, c’est-à-dire l’absence de calme et de repos, naît de l’incertitude. Or chez Lovecraft c’est bien la certitude qui rend fou. Et le lecteur ne peut échapper à l’angoisse qui transpire pour ainsi dire du texte et à l’apparente incohérence de certains propos, car la certitude qu’il y a là un sens caché, c’est-à-dire à trouver, est enfouie dans le récit. Au fur et à mesure, apparaissent à la lumière les vestiges d’une réalité abominable comme autant d’éléments d’une mémoire qui a enfouie dans la confusion une expérience traumatisante. (Source)

 

 

Incursion supposée : ATLACH-NACHA

 


 

1985 - Le radeau (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de « Brume »)

 

Quatre étudiants, Deke, Randy, Rachel et Laverne, décident d'aller nager dans un lac de Pennsylvanie pour célébrer la fin de l'été indien. Alors qu'ils nagent vers le radeau au centre du lac, Randy remarque une forme semblable à une nappe de pétrole qui semble les suivre. Son inquiétude augmente quand il voit la vitesse anormale à laquelle elle se déplace et il presse Laverne, la nageuse la plus lente, de rejoindre le radeau. Pris au piège sur ce lac désert sans espoir d'être secourus, Deke, Randy et Laverne attendent que la nappe se lasse...

 

Quelques explications :

Lovecraft c’est tout le tentaculaire, le visqueux et le sombre qui peut ramper sous les apparences policées du monde moderne. Dominés par l’imagerie Pulp des magazines dans lesquels les récits étaient publiés, la plupart des représentations cinématographiques ou picturales de l’œuvre de Lovecraft sont unilatéralement orientées vers une monstration crue de l’horreur organique. L’esthétique issue des récits de Lovecraft s’est fait l’un des véhicules privilégiés de l’exploration des limites des représentations du corps charnel qui a eu lieu dans la deuxième moitié du XXe siècle. (Source) « Les choses organiques qui hantent cet affreux cloaque ne sauraient, même en se torturant l’imagination, être qualifiées d’humaines. C’étaient de monstrueuses et nébuleuses esquisses du pithécanthrope et de l’amibe, vaguement modelées dans quelque limon puant et visqueux résultant de la corruption de la terre, rampant et suintant dans et sur les rues crasseuses, entrant et sortant des fenêtres et des portes d’une façon qui ne faisait penser à rien d’autre qu’à des vers envahissants, ou à des choses peu agréables issues des profondeurs de la mer. » H.P.L. (Source)

 

 

Incursion supposée : FORMLESS SPAWN

 


 

1986 - Elliot du néant (Roman – David Calvo)

 

Islande, 1986. Dans la petite école d'Hafnafjordur, entre une falaise arpentée par les fées et un champ de lave hanté par le passé, se noue un drame cosmique aux fantastiques implications. À la veille de la grande kermesse annuelle, Elliot, le très vieux concierge muet, a quitté sa chambre sans fenêtres, fermée de l'intérieur, soi-disant par un porte interdimensionnelle née dans un angle de la pièce. Bracken, le professeur de dessin, part à sa recherche flanqué de deux tortues, sans se douter que cette aventure l'amènera à franchir le seuil de la réalité, là où absurde, poésie et dangers se fondent en une vertigineuse chasse aux secrets. Et si le Néant était quelque chose plutôt que rien ?

 

Quelques explications :

C'est au cours de ses voyages à travers la Nouvelle Angleterre qu'est née la passion de Lovecraft pour l'architecture. Dans ses histoires, cette passion transparaît dans la description quasi systématique des demeures qu'habitent ou visitent les personnages. Toutefois, l'écrivain aime aussi à placer des structures indescriptibles au détour d'une page. Toutes sont issues de contrées éloignées, hors de l'espace et du temps de notre réalité. Angles étranges, géométrie impossible, dimensions cyclopéennes (comme l'auteur aime à le répéter), l'architecture et la géométrie des ouvrages de Lovecraft reflète donc la peur de l'inconnu qu'inspirent le monde de jadis, quand la légendaire Atlantide ou l'antique Lémurie érigeaient des temples en l'honneur des Grands Anciens. On comprend alors mieux l'utilisation de l'un et l'autre dans les récits de l'auteur de L'appel de Cthulhu : la symétrie bien carrée du style colonial représente le réel et est ancrée fermement dans le quotidien tandis que les monuments à géométrie biscornue (non euclidienne) [Une porte ouverte dans l'angle d'une pièce fermée par exemple] qualifient les mondes obscurs au delà de notre univers. (Source)

 

 

Incursion supposée : /

 

 


 

1986 - Aux portes de l'au-délà (Film - Stuart Gordon)

 

Deux chercheurs en paranormal, le r Pretorius et son assistant Crawford Tillinghast, mettent au point un appareil censé stimuler la glande pinéale (ou épiphyse), organe peu connu situé dans le cerveau. Lors de la première expérimentation du résonateur, d'étrange formes apparaissent, flottant dans les airs. Celles-ci attaquent les deux scientifiques et seul Crawford s'en sort indemne. Interné après avoir voulu raconter son histoire, une jeune psychiatre décide de s'occuper de lui et lui demande de retourner dans la maison du r Pretorius afin de reconduire l'expérience.

 

Quelques explications :

Chez Stuart Gordon, les monstruosités et les angoissants mondes parallèles qui hantaient l’imagination malade de Lovecraft côtoient le plus souvent un humour décomplexé et un érotisme explicite, et il faut reconnaître que la recette est savoureuse. On retrouve dans le film une obsession récurrente chez Lovecraft, à savoir l’existence de créatures indescriptibles, plus anciennes et puissantes que l’homme et dont l’émergence viendrait ébranler la civilisation et confronter l’être humain à une horreur viscérale, absolue, sans âge. Ce qui est amusant, c’est la manière dont le film traite de ce sujet vertigineux : si on a du mal à visualiser les monstres évoqués par l’écrivain, tout simplement parce qu’il n’en donne pas toujours une description précise (les termes innommables et indicibles sont récurrents dans ses nouvelles), Stuart Gordon, lui, n’y va pas par quatre chemins et nous montre clairement les créatures improbables, et même sexualisées. L’au-delà filmé par Stuart Gordon stimule donc chez l’individu un appétit sexuel destructeur qui est le véritable « monstre » du film ; et c’est en cela que le metteur en scène interprète très librement l’œuvre de Lovecraft, où les allusions sexuelles sont absentes ou du moins beaucoup moins évidentes… (Source)

 

 

Incursion supposée : SPIDER SPAWN

 


 

1987 - Le prince des ténèbres (Film – John Carpenter)

 

Un prêtre, des étudiants et quelques scientifiques entreprennent de mettre à jour le secret contenu dans un mystèrieux coffret gardé depuis des siècles par une secte religieuse. A l'intérieur un troublant liquide vert va vite mettre toute l'humanité en péril.

 

Quelques explications :

Un mal ancien qui cherche à prendre le contrôle du monde, des écrits occultes, des sectes millénaires (à l’instar des vénérateurs de Cthulhu, les clochards de la ville sont organisés en sorte de secte ; ils assiègent l’église, y maintenant les chercheurs coûte que coûte, dès que l’activité reprend dans la crypte), un supra-univers inconcevable autrement qu’en pure théorie, et la convocation de la science, voilà un film qui reprend à son compte les thèmes récurrents de la mythologie lovecraftienne. Etayé par l'imagerie très scientifique du film, le mal est ici un fait réel, tangible, et même vérifiable de manière expérimentale, une entité appréhensible par plusieurs prismes de la connaissance ou de la prospective. Il est toutefois encore envisagé comme profondément indicible : la première phrase traduite du grimoire le désigne par le terme de « chose » (procédé déjà utilisé dans le film éponyme, en 1980), et l’on n’en verra au final pas plus qu’une main, griffue et massive. Malgré la structure de film de siège, les implications du récit sont étonnamment globales en termes cosmologiques : le réveil de l’entité coïncide ainsi avec l’observation d’une supernova précambrienne, et la prophétie écrite, une fois traduite, révèle que le Diable lui-même est une création de cette entité qu’on pourrait qualifier de Grand Ancien. L’intégration mythologique est lieu d’une phagocytose pure et simple de traditions extérieures au mythe, ici le christianisme envisagé comme guère plus qu’un jeu de l’esprit destiné à détourner l’attention du véritable Mal, mais aussi des éléments comme les équations différentielles, trouvées dans des écrits datant d’une époque bien antérieure à la démonstration de ces dernières (un procédé qu'on retrouve souvent chez les sorciers de Lovecraft). Tout ce qu’on sait avec certitude, c’est que ce qui est de l’autre côté ne doit pas être beau à voir, s'il est seulement, par nature, supportable par l'esprit humain. (Source)

 

 

Incursion supposée : SATAN

 


 

1988 - Le Blob (Film - Chuck Russel)

 

Un monstre étrange venu d'ailleurs, informe et gelatineux, dévore tout ce qui vit, en particulier les êtres humains, dont il se régale. Mais avant qu'il n'ait complétement digéré une ville dont il s'est régalé, Meg Penny et Brian Flagg, découvrent que le Blob fuit la neige carbonique, tels les vampires les crucifix...

 

Quelques explications :

Lorsque Jacques Bergier et Louis Pauwels exhument l’oeuvre de Lovecraft et la diffusent en France dans les années 1960, ils sont conscients du caractère ambigus et sulfureux du reclus de Providence. Son conservatisme atavique, son racisme et sa misogynie, qui étaient déjà décelables dans ses nouvelles, seront confirmés par sa correspondance, jusqu’à son penchant idéologique pour le nazisme à la fin de sa vie. Pourtant, celui ci décrivait un monde courant à sa perte, une épopée intemporelle reliant le passé informe aux monstrueux Temps futurs L’homme lovecratien; misérable hochet condamné à l’inévitable déchéance, n’était donc en rien comparable au surhomme de Nietzsche et à l’Aryen d’Hitler. Le sens monstrueux de l’histoire conduisait l’homme à devenir de la biomasse et des protéines pour nourrir les Grands Anciens. (Source)

 

 

Incursion supposée : ALIEN POLYP

   

 

Le retour à travers les traumatismes du monde moderne

 


 

1990 - L'Échelle de Jacob (Film - Adrian Lyne)

 

Jacob, un New-Yorkais employé des postes, est surpris par d'étranges cauchemars pendant ses journées. Il se retrouve plongé dans des endroits inconnus et fait face à d'étranges personnes plus effrayantes les unes que les autres. Il est aussi victime de flashbacks, et revit ainsi son service au Viêt Nam, ou la mort de son fils quelques années auparavant. Ces souvenirs troublants le hantent jour après jour et, petit à petit, la folie s'empare de Jacob...

 

Quelques explications :

Ce qui domina la vie de Lovecraft avant tout furent sa faiblesse de caractère et son incapacité chronique à vivre en société. En 1893, son père fut interné alors qu'il n'a que 3 ans - il n'en sortit pas vivant -, tandis que sa mère subit le même destin funeste plusieurs années plus tard, en 1919. Vus ces internements successifs, est-il alors étonnant de constater que les narrateurs de ses nouvelles soient souvent aux portes de la folie ? Si beaucoup des récits de Lovecraft sont issus de sa fertile imagination, la plupart, pour ne pas dire la majorité, ont pour idée de départ un rêve survenu à l'auteur. Lovecraft était persuadé que les songes étaient la clé vers un autre univers, un moyen pour l'esprit de voyager par delà le temps et l'espace ou, pour reprendre le titre d'une de ses nouvelles, Par delà le mur du sommeil, dans des contrées fantastiques et inconnues. Ainsi, La quête onirique de Kadath l'Inconnue, Celephais, Hypnos, Le bateau blanc, Les montagnes hallucinées, Par delà le mur du sommeil, etc. sont autant de textes basés sur ses songes ou dont le sujet principal est l'onirisme. (Source)

 

 

Incursion supposée : Y'M-BHI & LENG SPIDER

 


 

1990 - Apparition (Roman - Graham Masterton)

 

Chargé de restaurer une vieille demeure victorienne, David Williams y est confronté à d'étranges phénomènes: bruits mystérieux, lueurs inexplicables et surtout la présence de Brown Jenkin, un rat d'une taille monstrueuse qui rôde dans le grenier. Il apprend bientôt que la maison était au siècle dernier un orphelinat, et que tous les enfants y sont morts en l'espace de deux semaines. Epidémie ? Ou bien les petits pensionnaires ont-ils été enlevés et tués au cours d'un rituel abominable? Explorant le grenier, il découvre que celui-ci est en fait une porte sur le temps, qui permet de revenir en 1886, date à laquelle les Grands Anciens firent une première tentative pour reprendre le contrôle de notre planète. Une seconde offensive se prépare.

 

Quelques explications :

Masterton est clairement influencé par HPL et par les mythes de diverses cultures (amérindienne, vaudou, japonaise...). Apparitions peut d'ailleurs être concidéré comme une suite de "La maison de la sorcière". (Source) Digne héritier du savoir et de l'imagination de Lovecraft, Graham Masterton puise essentiellement son inspiration au sein des légendes des civilisations de notre monde. Son goût immodéré pour la mort et tout ce qui s'y rapporte - le spiritisme, les apparitions surnaturelles, la réincarnation, l'occultisme, etc... - trouve une place privilégiée dans chacun de ses romans. (Source) Notons surtout la récupération que fait ici MASTERTON de Brown Jenkins, personnage apparu dans « Les Rêves dans la Maison de la Sorcière », qui reflète la diabolique habileté avec laquelle MASTERTON rentre de plein pied dans le mythe fabuleux inventé par l’auteur américain, celui des Grands Anciens. Car, hanté comme il l’était par l’idée de dimensions parallèles et de distorsions du Temps qui, à la faveur de quelques passages protégés - des angles bizarres, en règle générale - permettent ainsi à l’initié de voyager sans problème au travers des siècles et de l’espace, LOVECRAFT aurait sans nul doute apprécié la façon dont s’y prend MASTERTON pour faire cohabiter à la fois plusieurs mondes et plusieurs époques dans l’espace en apparence limité et bien concret de la "Fortyfoot House" issue du roman. (Source)

 

 

Incursion supposée : GIANT RAT

 


 

1990 - Les Langoliers (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de « Minuit 2 »)

 

Lors d'un vol entre Los Angeles et Boston, dix passagers d'un avion qui s'étaient endormis se réveillent pour se rendre compte que tous les autres passagers ont disparu et qu'il ne reste que des objets qu'ils portaient sur eux. Après l'atterrissage, ils trouvent l'aéroport désert et, de plus, les odeurs, les goûts et les sons sont différents, comme s'ils provenaient d'un proche passé et non du présent. Ils entendent également un son menaçant qui se rapproche lentement et que Toomy associe aux « Langoliers », des monstres qui l'effrayaient quand il était enfant...

 

Quelques explications :

[Oeuvre lovecraftienne s'il en est, Cette nouvelle de King peut être rapprochée du fameux "Dans l'abîme du temps" du maître ]. Qu’est-ce qui nous met si mal à l’aise, à mesure qu’on s’enfonce linéairement dans ce récit d’un seul crescendo ? Sa logique narrative imparable, en permanence tendue à la mince frontière du rêve et de l’hallucination du vrai ? Ou les angoisses archétypiques du rêve lui-même, bâillements d’abîmes noirs, séparation paralysée d’avec son propre corps, statut flottant de souvenirs obsessifs... (Source) "Toutes mes histoires sont basées sur l’idée fondamentale que les lois, les intérêts, et les émotions qui sont communs à l’humanité n’ont aucune valeur ou signification d’un point de vue cosmique…. Pour donner l’impression d’un Ailleurs véritable, par delà l’espace, le temps et les autres dimensions, il faut oublier que des choses telles la vie organique, le bien ou le mal, l’amour ou la haine, et tous les autres attributs de cette race négligeable et éphémère  qui se nomme humanité, aient une quelconque existence." (Source)

 

 

 

Incursion supposée : GHATANOTHOA

 


 

1993 - Necronomicon (Film - Brian Yuzna, Shûsuke Kaneko, Christophe Gans)

 

L’écrivain Howard Philip Lovecraft se rend dans une bibliothèque gardée par de curieux moines afin de consulter le Necronomicon, le fameux grimoire renfermant les secrets de l’occulte et de l’au-delà. La lecture de certaines pages lui inspire trois histoires : un homme fou de chagrin ressuscite sa défunte épouse grâce aux formules du Necronomicon, une jeune fille tombe amoureuse d’un docteur prolongeant son existence ad vitam eternam, et une femme policier tombe dans un enfer organique alors qu’elle poursuivait un malfrat...

 

Quelques explications :

Le concept du film est bien évidemment d’adapter les courtes nouvelles d'Howard P. Lovecraft qui n’auraient jamais pu donner matière à des formats longs. Le Necronomicon, l’ouvrage occulte écrit par l’arabe fou Abdul Alhazred et popularisé au cinéma par la série des EVIL DEAD, sert de fil conducteur puisqu’il inspire à Lovecraft lui-même ses propres histoires horrifiques.  "The Drowned" de Christophe Gans est une adaptation de The Rats In The Wall, bien que le metteur en scène, également co-scénariste, prend beaucoup de distance avec le texte afin d’y apposer sa propre patte. Gans fait d'ailleurs intervenir d’autres fragments de l’oeuvre de Lovecraft, comme la divinité Cthulhu. Passionné par les personnages féminins, Christophe Gans doit les inventer dans la mesure où les textes de l’auteur sont souvent très masculins. Le cocktail transforme illico "The Drowned" plus en une adaptation d’une nouvelle d’Edgar Alan Poe, ce qui n’est pas si aberrant finalement dans la mesure où Poe et Lovecraft se sont inspirés réciproquement. Passé les libertés avec l’oeuvre de l’écrivain, "The Drowned" est donc un segment très cohérent et visuellement ambitieux. Le gothique de Poe et la moiteur malsaine de l’univers de Lovecraft se mélangent à merveille, les scènes les plus marquantes étant bien entendu l’apparition des étranges revenants où érotisme et répugnance s’alterne avec jubilation. Deuxième histoire, "The Cold" de Shu Kaneko est la transposition de Cool Air. Beaucoup plus fidèle à Lovecraft, le récit est un long flashback initié par l’enquête d’un journaliste sur une série de meurtres perpétrée sur une vingtaine d’années. Dernier sketch, "Whispers" est signé par Brian Yuzna, et inspiré du "The Whisperer In Darkness" du romancier. Ce dernier va profiter du format court pour balayer toute raison et livrer un segment incroyablement gore et révulsant. Si Yuzna peut se montrer trop académique dans la réalisation de certains de ses films, autant l’avouer tout de suite, ce n’est nullement le cas de "Whispers". Ce segment est un véritable cauchemar éveillé, où le malaise est constant. (Source)

 

 

Incursion supposée : FUNGUS BEAST & FUNGOID BEING

 


 

1993 – Les mystères du ver (Nouvelles – Robert Bloch)

 

« H. P. Lovecraft, tout comme sa création, Cthulhu, n'a jamais vraiment disparu. Lui et son influence vivent encore, dans les récits de tellement d'entre nous qui étions ses amis et ses acolytes. Et nous avons bien raison aujourd'hui de nous réjouir de la formidable renaissance de son canon... Si un livre comme celui-ci devait une justification à son existence, on la trouverait dans l'adhésion des lecteurs de Lovecraft, qui continuent à rechercher les histoires reflétant sa contribution au domaine de la littérature fantastique. Les nouvelles de ce livre représentent un hommage éternel à Lovecraft... J'espère que vous les accepterez pour ce qu'elles furent toujours : un acte d'amour. » Robert Bloch

 

Quelques explications :

De nombreux ouvrages imaginaires apparaissent dans les nouvelles et romans du Mythe de Cthulhu. De Vermis Mysteriis, ou les Mystères du Ver, ont été inventés par Robert Bloch dans la nouvelle Le Tueur stellaire (1935). Il est censé avoir été écrit en prison par un certain Ludving Prinn, brûlé vif à Bruxelles par l'Inquisition au XVe siècle ou XVIe siècle ; d'après ses propres dires, Prinn était un survivant de la neuvième croisade. (Source) Robert Bloch est assurément l’un des plus célèbres membres du « cercle lovecraftien ». Les lecteurs des « Légendes du Mythe de Cthulhu » se rappellent nécessairement le petit jeu entrepris par le futur auteur de Psychose avec le maître de Providence, consistant à se tuer l’un l’autre de la manière la plus horrible qui soit par nouvelles interposées… Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’un recueil de ses lovecrafteries ait été publié, sous le titre de sa plus célèbre contribution au mythe, le grimoire infâme de Ludwig Prinn. (Source)

 

 

Incursion supposée : RLIM SHAIKORTH ou DHOLE

 

 


 

1994 L'antre de la folie (Film – John Carpenter)

 

John Trent est enquêteur pour les assurances. Il est chargé par Jackson Harglow, le directeur de la maison d'édition « Arcane », de retrouver Sutter Kane, un écrivain à succès qui a disparu. Durant ses investigations, John se rend compte que le monde d'épouvante apparemment fictif créé par Sutter Cane serait en fait bien réel.

 

Quelques explications :

C’est ainsi que John Carpenter évoque son film le plus ouvertement lovecraftien : « Je n’avais pas dix ans que je lisais déjà L'Abomination de Dunwich (1928) dans mon lit. [...] J’ai d’ailleurs carrément cité Lovecraft texto. Quand Linda Styles lit des passages du nouveau livre de Cane, passage que Trent va voir se matérialiser devant ses yeux, elle lit en fait des citations presque exactes de livres de Lovecraft, Les rats dans les murs (1923) notamment ». C’est un récit qui participe de ce mouvement ouvertement méta-textuel, qui s’affirme dès le début des années 1990, de films et de romans traitant de l’irruption du fictionnel dans le réel. Carpenter n’accepte ce film en 1994, après deux refus, qu’à la condition explicite de pouvoir le remanier dans un sens lovecraftien. C’est-à-dire, y ajouter une dimension panthéiste et des éléments directs de la mythologie (en l’état, Cane étant aux ordres de ce qui apparaît comme les Grands Anciens, Hobbs End en tant que lieu fictif coupé du reste de la Nouvelle Angleterre, ainsi que diverses citations qui caviardent le métrage : Mme Pickman en référence au peintre de ghoules d’une nouvelle éponyme, les couvertures des livres de Cane bourrées de clins-d'oeil). La construction même du récit et son arc narratif se fait sur une base éminemment lovecraftienne : le protagoniste, John Trent, est placé en hôpital psychiatrique et raconte son histoire à un visiteur. Ici, la construction même pose d’une manière très efficace le caractère fugitif et parcellaire de l’apparition de l’élément surnaturel : ainsi l’argument de base de l’histoire contée est le retour de divinités occultes (on reconnaît les Grands Anciens sans que leur identité soit explicitement déclinée) via les créations d’un auteur qui leurs servent de vecteur pour pénétrer notre plan de l’univers. C'est une reprise du motif, cher à Lovecraft, d'une menace hors d’âge qui revient en s’annonçant par des créations ou des activités humaines. (Source)

 

 

Incursion supposée : NAMELESS CITY INHABITANT & THE BLOATED WOMAN (NYARLATHOTEP)

 


 

1994 - Neonomicon (Comics – Alan Moore & Jacen Burrows)

 

Des agents du FBI visitent l’un de leur ancien collègue interné dans un asile psychiatrique. Deux crimes lui ont été imputés. Depuis, ce dernier, Sax, ne parle plus, mais cela n’empeche pas Lamper et Brears d’enquêter sur cette sombre histoire. De l’univers des dealers de leur ville, aux cercles fermés d’initiés à des rituels sexuels pour le moins étranges, les deux agents sont bien loin d’imaginer ce qui s’est réellement passé…

 

Quelques explications :

La fascination d’Alan Moore pour H. P. Lovecraft n’est rien moins que le prolongement de celle qu’exercent sur lui les grands auteurs fantastiques du XIXe siècle et qu’il avait si bien sur recombiner dans La Ligue des Gentlemen extraordinaires. Les noms, les lieux, le langage sont empruntés à l’inquiétant auteur de Providence et à sa conception d’une humanité définitivement aliénée par la science et incapable d’appréhender les véritables réalités du cosmos. Comme dans From Hell, le lecteur est promené dans un écheveau de références trop précises pour ne pas accrocher sa curiosité, mais aussi trop nombreuses pour ne pas conférer à cette histoire son nécessaire parfum de mystère. La sexualité morbide du récit, très critiquée, est pourtant ce qui distingue Moore de son modèle, resté très puritain dans ce type d’approche explicite, le scénariste anglais prenant soin de pointer au passage, certes discrètement, les ressorts racistes, voire fascisants, de l’ermite américain. Il n’hésite pas à donner au lecteur sa vision libertaire de la sexualité, non sans dénoncer la drogue comme un instrument du recrutement sectaire. C’est ce nouveau regard sur l’œuvre lovecraftienne qui justifie son titre : Neo- et non Necro-nomicon. (Source)

 

 

Incursion supposée : DAGON & DEEP ONE

 


 

1994 - Xoco (Bande-dessinée - Thomas Mosdi & Olivier Ledroit)

 

New York dans les années 1930, la police est nerveuse. Elle retrouve peu à peu des victimes de série de meurtre dont le cœur est arraché avec de plus grand soin et reste sans indice. Mona Griffit, fille de l'antiquaire Ambrose Griffit sauvagement assassiné dix ans plus tôt, fait appel à l'inspecteur MacAllan au sujet de la disparition d'une véritable pièce de musée, un poignard d'origine aztèque en obsidienne. Celui-ci devait être dans une cache sous une latte du plancher que seuls père et fille étaient à connaître. Son père, jadis découvert ligoté à un fauteuil et bâillonné, aurait-il été conclu à un homicide volontaire durant un cambriolage pour un objet de valeur, ce couteau de sacrifice en obsidienne ? Il se passe quelque chose d'étrange, de violent... voire violemment fantastique !

 

Quelques explications :

Dès la publication en octobre 1994, le premier tome de la série Xoco a été plus ou moins un phénomène dans le monde de la bande dessinée française. En effet, elle a émerveillé les lecteurs, les amateurs, les collectionneurs et peut-être d'autres grâce aux dessins d'Olivier Ledroit et surtout au scénario fantastique très sombre et lovecraftien de Thomas Mosdi. Le style graphique adopté par Ledroit change également radicalement avec ses précédents dessins sur les Chroniques de la Lune Noire. Ce diptyque est totalement spécifique dans son oeuvre puisqu'il n'est depuis jamais revenu à ce type de peintures directes et à des histoires courtes. Le travail très expérimental de découpage influera en revanche tous ses futurs albums.(Source)

 

 

Incursion supposée : ?

 


 

1995 - Hellboy + Hellboy in hell (Comics – Mike Mignola)

Voir également les 2 adaptations au cinéma

Voir également les autres séries comics issues du même univers

 

Anung Un Rama est né de l'union d'un démon et d'une humaine et a vécu en enfer pendant sa jeunesse, jusqu'à ce qu'il soit invoqué en 1944 par Raspoutine. Le moine, ayant survécu à son assassinat de 1916, avait été engagé par Heinrich Himmler et travaillait donc pour le compte des nazis. Ces derniers comptaient utiliser la créature pour changer l'issue de la Seconde Guerre mondiale, mais l'invocation ne se déroula pas comme prévu et Anung Un Rama fut finalement recueilli et élevé par l'armée américaine et le professeur Trevor Bruttenholm, qui lui donna son nom : Hellboy. Devenu adulte, il a intégré une agence spécialisée dans la lutte contre les menaces paranormales.

 

Quelques explications :

Les somptueux visuels de Hellboy rappellent à ceux qui seraient tenté de l'oublier, les racines auxquelles puise la représentation traditionnelle de la magie noire : folklores divers (religions nordiques et ésotérisme médiéval principalement), mais aussi - et surtout - l'ombre indubitable de Lovecraft, ce fantôme inspirant maintes évocations artistiques contemporaines de la magie noire. Chaque référence fleure bon l'imaginaire particulier de l'écrivain de Providence, agrémenté d'un occultisme plus traditionnel : la représentation des créatures, tout comme leurs origines évoquent irrésistiblement les Grands Anciens et les abysses interstellaires d'où sont issues les forces occultes qui "nous" guettent. Dans l'univers de Mignola, le comportement de Raspoutine, comme le principe qui le guide - s'allier à quiconque lui permet d'accroître ses pouvoirs occultes (nazis ou autres) et d'amorcer le retour de créatures cosmiques - est typique des tentatives de déments versés dans les arts interdits, fréquemment rencontrés chez Lovecraft. (Source) [D'aucuns osent même voir en Hellboy (le personnage) une incarnation "mignolienne" de YogSothoth] : "A la fin du premier film, quand Hellboy est "utilisé" (enfin, son bras) pour ouvrir la porte qui ouvre la voie à l'entité tentaculaire venue de l'espace... Cela ressemble fort au fameux "Il est la clé et la porte. Il est le gardien de la porte. Tout est un en YogSothoth". Notons enfin que "dans beaucoup de couvertures et d'illustrations d'Hellboy, on retrouve un livre avec les initiales HPL". (Source) [Ce qui signifierait que Lovecraft existe dans l'univers de Hellboy et donc que Hellboy existe dans l'univers de l'écrivain, puisque l'écrivain existe dans on propre univers fictif (voir mon intro)].

 

 

Incursion supposée : 'UMR AT-TAWIL (YOG-SOTHOTH)

 


 

1998 – Spirale (Manga - Junji Itō)

 

Kirie Goshima vit dans la petite ville de Kurouzu, un peu isolée entre la mer et les montagnes qui l'entourent. C'est une lycéenne tout à fait normale, mais le père de son petit-ami commence à se comporter de manière inquiétante: il est obsédé par l'observation d'objets en forme de spirale. Cette forme se fait de plus en plus présente dans la petite ville, comme si elle était sous l'effet d'une malédiction…

 

Quelques explications :

[Rejoignant de nombreux récits de Lovecraft dans la forme et dans le fond, Spirale aborde des thèmes majeurs de l'écrivain ]. La naissance, la progression d'une obsession qui devient petit à petit une folie. La folie à l'état pur, la terreur, la perte de repère, perte de toute logique, de toute raison humaine. La ville quiemprisonne ses habitants, les enferme dans leurs propres peurs, leurs doutes, leur montre des choses qu'ils ne peuvent même pas appréhender. Malgré cela ils restent, comme si de rien n'était, ils ne peuvent rien faire, totalement impuissants. La seule personne qui semble assez forte pour se battre contre le maléfice parait encore plus folle que toutes les autres qui regardent sans rien comprendre, elle balance à longueur de temps la même rengaine, parlant de cette spirale, omniprésente mais qu'on ne peut pas cerner. La folie guette chacun des personnages. Impossible de dire qui est victime, qui est bourreau. Certains semblent tellement pris dans la spirale qu'ils paraissent ne plus rien ressentir, allant jusqu'au bout de leur folie, leur obsession. Réellement, c'est effrayant, car humain, tellement humain. On est pris dans les entrailles de cette ville, dans cette folie si humaine, alors que née d'une forme totalement inhumaine et pourtant vivante. On ne peut pas nommer cette chose, ce maléfice. On ne peut pas la désigner en disant "c'est ça, c'est à cause de ça", c'est intangible, indicible, on ne peut même pas dire "attention c'est surnaturel". On ne peut qu'assister impuissant, en espérant qu'on ne sera pas le prochain touché. Et vu qu'on ne sait pas l'origine de ce mal, on ne peut pas le combattre. On ne peut rien. Juste assister à la folie des hommes. Effrayant... La spirale est partout, autour de vous, en vous... Elle vous poursuit, vous regarde, vous observe, vous hypnotise, vous fascine... Elle n'a ni début, ni fin, éternel recommencement, totalement inhumaine, parfaite donc inattaquable, jusqu'où vous emmènera t'elle ?... (Source)

 

 

Incursion supposée : Glaaki

 


 

1998 - Sphère (Film - Barry Levinson)

Voir aussi le roman eponyme de Michael Crichton

 

Des scientifiques américains sont embarqués dans une expédition sous-marine, le but étant d'observer un vaisseau spatial immergé depuis trois cents ans au fond de l'eau. Ils y trouvent une sphère dorée luisante qu'ils pensent être venue de l'espace. La sphère s'ouvre mystérieusement. Chacun des scientifiques parvient à y entrer sans en garder le souvenir. Une série d'événements bizarres s'ensuit car la sphère donne à celui qui y est entré le pouvoir de matérialiser, inconsciemment, ses pensées …

 

Quelques explications :

Les personnages de Lovecraft sont souvent peu épais. Chercheurs, professeurs, journalistes, ils sont les alter ego de l’auteur, êtres perdus d’avance dans leur découverte de la terrible Vérité. Cette mythologie foncièrement pessimiste présente donc la réalité comme une sorte de cauchemar vivant où les Hommes et leurs cités vivent en sursis, menacés à tout moment, depuis la nuit des temps, par des entités répugnantes, aussi cruelles que puissantes. On ne s’étonnera donc pas que le happy end soit inconnu chez Lovecraft : on va tous y passer, c’est comme ça, il faut s’y faire... (Source) Par ailleurs, il est assez saisissant de voir l’importance que joue la mer dans l’œuvre de l'écrivain, chargée de créatures menaçantes. La mer est chez Lovecraft l’un des éléments les plus importants dans le mythe de Cthulhu. C’est dans les abysses que se trouve R’lyeh, la ville maudite où ce dernier a élu domicile. Mais c’est aussi et surtout de la mer que viennent ceux qui préparent son retour. [D'abors simplement intruigant] tout dérape ensuite de l’angoisse vers le cauchemar, avec une remarquable habileté littéraire. (Source) "Le hurlant abîme crépusculaire étincela devant lui, il se sentit impuissant dans l’étreinte informe du conglomérat de bulles irisées. Il pressentait ce qui allait arriver – l’explosion monstrueuse des chants walpurgiens, qui concentraient dans leur sonorité cosmique toute l’effervescence primitive, fondamentale, de l’espace-temps qui couve derrière les sphères de matière amoncelées, et jaillit toutefois en réverbérations rythmiques qui pénètrent atténuées tous les niveaux d’être et confèrent partout dans les mondes une terrible signification à certaines époques redoutées." (La Maison de la sorcière)

 

 

Incursion supposée : YOG-SOTHOTH

 


 

1999 - Mr X (Roman - Peter Straub)

 

Ned DUNSTAN a l’étrange pressentiment que sa mère a besoin de lui, c’est pourquoi il retourne pour la première fois depuis bien longtemps à Edgerton. C’est le premier pas d’une longue enquête sur le passé de sa famille et sur la personnalité de son père, artiste devenu escroc puis assassin, puis bien pire encore... Qui est cette ombre qui suit Ned depuis toujours et semble le protéger ? Son père a-t-il un rapport avec l’être fantastique dont il a la vision, en transe, à chacun de ses anniversaires, et qu’il voit commettre les pires attrocités en souriant ?

 

Quelques explications :

En quête de son propre passé, Ned va apprendre qu’il n’est pas un homme comme les autres... et que son père est son ennemi le plus implacable. "Mr.X" est un bel hommage à LOVECRAFT : le "vilain" Monsieur X a eu la révélation de sa sombre mission en lisant le créateur du Myhtes Chtulhu. Mr.X est un adorateur des Grands Anciens. Et la ville d’Edgerton dans laquelle se déroule une grande partie du roman a des faux airs d’Arkham... (Source) Par ailleurs, plusieurs héros de Lovecraft cherchent à découvrir leur filiation, et leur grand-père ou leur oncle remplacent en partie leur père absent. Pour Lovecraft, le mystère de sa présence et de l'hérédité est ainsi lié à "la souillure, elle-même renvoyée à la démence, et dont il est impossible de parler. (...) Ce qui ne peut être consciemment dit, qui est sans doute présent à son insu, va nourrir toute la fiction lovecraftienne en plaçant cet insu monstrueux au centre, comme le «dieu caché» et le moteur de son oeuvre." Le monstrueux porterait ainsi chez Lovecraft la trace indélébile de la souillure initiale, de l'abjection d'un père fou, comme certains de ses dieux... (Source)

 

 

 

Incursion supposée : /

 


 

Anonciation de l'invasion

 


 

2001 - Dreamcatcher (Roman – Stephen King)

 

Quatre amis, Pete, Henry, Jonesy et Beaver, se retrouvent annuellement pour une partie de chasse dans une forêt du Maine. Elle fut jadis leur terrain d'aventures, en compagnie de Duddits, l'enfant atteint de trisomie qu'ils avaient adopté comme un petit frère, doté d'étranges pouvoirs psychiques. Pendant la partie de chasse, Jonesy trouve un homme totalement désorienté en train d'errer dans les bois et le ramène à leur cabane. L'homme souffre de dyspepsie et de flatulences et présente des marques allergiques rougeâtres. Jonesy et Beaver retrouvent ensuite l'homme, mort assis sur les toilettes. Ayant entendu quelque chose s'agiter dans la cuvette, Beaver s'assoit sur le siège tandis que Jonesy part chercher de quoi le sceller. Mais la créature, semblable à une lamproie, réussit à se libérer...

 

Quelques explications :

Les récits de Lovecraft sont difficiles à classer lorsqu’il s’agit d’établir une distinction entre littérature fantastique et science-fiction. Affirmer que ses œuvres appartiennent à l’un et non à l’autre se révèlerait trop catégorique ou du moins subjectif. Dans une perspective structuraliste, l’œuvre de L ovecraft peut donc être perçue comme une sorte de transition dans l’évolution qui a mené le fantastique à la science-fiction. L’astronomie permet non seulement à l’auteur d’inclure ses œuvres dans un cosmos qu’il crée lui-même mais il lui fournit également les bases d’une vision métaphysique à laquelle il se retrouve fasciné par la pluralité abondante des mondes. Cette fascination apparaît dans ses récits où l’homme est confronté à diverses entités extraterrestres. D’ailleurs, le professeur William Dyer, dans «At the Mountains of Madness», fournit au lecteur l’histoire de l’arrivée des entités extraterrestres, à laquelle il a accès à travers son exploration de la cité des « Old Ones». Il semble décrire une véritable conquête de la planète terre par des conquérants appartenant à plusieurs espèces. Ainsi, il est contraint d’accepter que l’homme n’est pas seul dans l’univers, tout comme l’affirme le petit neveu du professeur Angell dans «The Call of the Cthulhu ». Mais l’angoisse, caractéristique inhérente de la littérature lovecraftienne provient justement de l’inconnu, qu’il s’agisse de l’univers ou de l’envahisseur extraterrestre. Ce qui est inconnu pour l’homme est un savoir maîtrisé par les extraterrestres.  Les motifs qui émergent de la vision cosmique de Lovecraft sont étroitement liés à sa conception du monde et offrent une ouverture sur la dimension métaphysique de sa philosophie. (Source)

 

 

Incursion supposée : DHOLE & SPAWN OF YOG-SOTHOTH II

 


 

2006 - Histoire de Lisey (Roman – Stephen King)

 

Pendant vingt-cinq ans, Lisey a partagé les secrets et les angoisses de son mari. Romancier célèbre, Scott Landon était un homme extrêmement complexe et tourmenté. Il avait tenté de lui ouvrir la porte du lieu, à la fois terrifiant et salvateur, où il puisait son inspiration. À sa mort, désemparée, Lisey s'immerge dans les papiers laissés par Scott, s'enfonçant toujours plus loin dans les ténèbres qu'il fréquentait...

 

Quelques explications :

De nombreux auteurs ont puisé l’inspiration dans leurs rêves. Si Alice aux pays des Merveilles de Lewis Carroll est l’exemple le plus connu et se situe dans l’innocence de l’enfance, alors à l’opposé, dans le monde obscur et noir des cauchemars se trouve l’œuvre de Lovecraft. La vision de Lovecraft sur le monde est cynique, noire et brutale. L’être humain arrogant s’y trouve confronté à l’horreur absolue, qu’elle provienne de l’espace, des mythes et légendes ou du monde des cauchemars et pousse la rationalité de ses héros jusqu’à la limite de la folie. Le rêve hante en toile de fond de nombreuses nouvelles de Lovecraft, tel que Hypnos ou Par-delà le mur du sommeil. (Source) Rien d’étonnant à ce que, souvent, le narrateur, pauvre âme échouée sur le rivage d’angoisses ancestrales, soit devenu complètement fou, avant de disparaître dans quelques dimensions honnies, dont mieux vaut taire le nom. Tout au long du drame, le personnage doute de sa santé mentale, décrite dans de longs passages nourris de désespoir et de solitude. Son équilibre psychologique se dégrade, lentement, jusqu’à l’effondrement final. C’est un des aspects poignants de l’écriture de Lovecraft : à l’instant où on lit, le drame a déjà eu lieu. L’horreur est consommée. Le lecteur se penche sur des extraits de journaux intimes, complétés de coupures de journaux, de compte-rendu scientifiques et de notes ésotériques. (Source)

 

 

 

Incursion supposée : INTERDIMENSIONAL CENTIPEDE

 


 

2006 - Duma Key (Roman – Stephen King)

 

Duma Key : un trait de crayon sur une page blanche. Une ligne d’horizon, peut-être. Mais aussi une ouverture dans laquelle s’infiltrent les ténèbres… Mutilé par un terrible accident, abandonné par sa femme, Edgar Freemantle, un businessman du Minnesota, décide de tout quitter pour la Floride. Une nouvelle vie l’attend sur l’îlot de Duma Key, langue de terre presqu’inhabitée, dévastée régulièrement par des ouragans imprévisibles, et qui appartient à une mécène excentrique dont les sœurs jumelles ont disparu dans les années 20. Edgar va s’y découvrir un incroyable don pour la peinture. Les incroyables couchers de soleil lui inspirent des tableaux qui vont vite se révéler dangereusement prémonitoires. Freemantle comprend alors qu’il doit découvrir ce qui est arrivé aux jumelles et l’étrange secret de la propriétaire des lieux, avant que les ténèbres n’engloutissent Duma Key et ses habitants.

 

Quelques explications :

Dans ce récit comme chez Lovecraft (Que ce soit le paysage montagneux des Catskills de La peur qui rôde, la lande irlandaise de La tourbière hantée ou la ville de Providence de La maison maudite), le cadre géographique est à chaque fois d'une importance capitale et rendu très réel, ce qui contribue d’autant plus à donner au récit un aspect plausible. Mais ce qui pourrait n’être qu’une banale enquête autour de vieilles légendes locales fait basculer ce récits dans le fantastique par deux éléments typiquement lovecraftiens : L’atmosphère. En particulier celles des lieux principaux, est rendue pesante, à la limite du surnaturel, par des jeux d’ombre et de lumière, de brume, de couleur du ciel, et ceci  seulement à la nuit tombée car le jour, ces lieux ne sont effrayants que pour celui qui connaît leur histoire. Rien n’est trop étrange pour faire en sorte que le lecteur ne se sente pas en sécurité. Deuxième élément : La ou les créature(s). Il est très difficile pour le lecteur de s’imaginer la physionomie de la créature que le personnage affronte dans ces récits, étant donné que les personnages eux-mêmes manquent de mots pour la décrire. Néanmoins, des adjectifs tels que “dégoûtante”, “indicible”,  “monstrueux”,  “démoniaque” sont employés pour désigner la créature, qui revêt des formes variées, souvent indéfinissables. (Source)

 

 

Incursion supposée : AMPHIBIOUS HUMAN & SIREN

 


 

2009 - L'Île des morts (Bande-dessinée - Thomas Mosdi & Guillaume Sorel)

 

Fasciné par le célèbre tableau d'Arnold Böcklin, L'Ile des morts, un jeune peintre s'aperçoit qu'il ne s'agit pas d'une oeuvre d'imagination mais bel et bien d'un paysage existant. Il entreprend à son tour le voyage vers l'île des Morts.

 

Quelques explications :

Ce n’est pas par hasard si Sorel et Mosdi ont scindé L'île des morts en cinq tomes. L’oeuvre d’Arnold Böcklin, la peinture L’île des morts, existe en cinq versions peintes de 1880 à 1886. Une copie a été détruite pendant la seconde guerre mondiale lors du bombardement de la ville de Rotterdam, les quatre autres sont exposées à Basel, New York, Berlin et Leipzig. L’idée générale qui domine cette oeuvre est que l’île peinte par Böcklin est bien réelle et que ces tableaux mènent au domaine de la mort ainsi qu’à l’univers des Grands anciens dont certains des protagonistes de cette histoire sont les serviteurs. Thomas Mosdi exploite ainsi la formule célèbre inventée par Lovecraft : “N'est pas mort pour toujours qui dort dans l'éternel, Mais d'étranges éons rendent la mort mortelle”. (Source)

 

 

Incursion supposée : ?

 


 

2012 - True Detective (Série - Nic Pizzolatto & Cary Fukunaga)

 

Interrogés par les autorités, Martin Hart et Rust Cohle se remémorent leur enquête la plus célèbre. Pour ces ex-partenaires de la Division des Enquêtes Criminelles de Louisiane, tout a commencé 17 ans plus tôt… En 1995, Dora Lange, une prostituée, est découverte atrocement assassinée ; la mise en scène du cadavre laisse penser qu’un tueur en série aux rituels occultes, « Le roi jaune », sévirait en Louisiane. Dès lors, la traque de l’assassin devient une véritable obsession pour Martin et Rust, au risque de détruire leurs vies privées.

 

Quelques explications :

[True Detective comme l'incursion empêchée de Hastur dans notre univers. Voyez plutôt...] L’entité recherchée par les deux inspecteurs, Rust Cohle et Marty Hart, est clairement présentée sous le nom de «Yellow King», le roi jaune. Mais les renvois au recueil de Chambers vont plus loin. The King in Yellow a également enfanté L’Appel de Cthulhu, via le Roi Jaune, avatar d’Hastur qui utilise la pièce de théâtre pour plonger l’humanité dans la folie. (Source) Toujours dans la série, la référence à Carcosa, un lieu imaginaire implicitement lié aux meurtres rituels qui ont lieu depuis des décennies dans le bayou et dont les détectives Rust Cohle et Marty Hart soupçonnent qu’ils soient le fait d’un culte lié à la famille Tuttle, est donc en référence au recueil de nouvelles de Robert W. Chambers. Carcosa étant le lieu d’origine du Roi Jaune et son refuge, on peut deviner que le Lawnmower man (l’homme sur la tondeuse à gazon dans la série) s’est fabriqué son propre Carcosa au cœur du bayou louisianais. Par ailleurs, Spirales, trous noirs (étoiles noires) et autres phénomènes circulaires inexpliqués (dont le circuit du lawnmower man qui tourne en rond pour tondre) reviennent régulièrement dans True Detective. Leur origine vient de l’épisode 5 de la série, quand Rust Cohle explique la théorie "M Brane" aux détectives Gilbough et Papania. La vision du monde de Cohle, ou plutôt sa vision de l’espace-temps tend à montrer que l’univers que nous connaissons ne dépend pas d’une perception linéaire du temps mais qu’il s’agit d’un univers à 11 dimensions dont les cordes forment un cercle. Le temps serait alors cyclique et non linéaire comme nous le pensons. Ce qui nous arrive, nous arrivera de nouveau. (Source) [De là à dire que le Carcosa de la série est une secte moderne dédiée aux grands anciens et que le tueur est "manipulé" par hastur en personne, il n'y a qu'un pas...]

 

 

Incursion supposée : THE KING IN YELLOW (HASTUR)

 


 

2014 - Le Piège de Lovecraft - Le livre qui rend fou (Roman - Arnaud Delalande)

 

David enquête sur le massacre perpétré par un de ses camarades sur le campus d’une université québécoise. Le tueur avait récemment lu le Necronomicon et David, pris au piège de l’univers de Lovecraft, plonge dans la folie.

 

Quelques explications :

Le livre commence par un échange de mails entre le narrateur, le Canadien David, et… Michel Houellebecq. Si. Au sujet de Lovecraft et du Necronomicon. L’auteur de "H.P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie" comprend bien vite qu’il est tombé sur un étudiant un peu dérangé, et met rapidement un terme à la discussion. Suit le récit à la première personne de David, récit qui explique comment il a sombré dans la folie. La narrateur va en effet s’impliquer dans un cercle étudiant dédié à Cthulhu, et pratiquant semble-t-il une sorte de jeu de rôle sur support électronique. Son ami de jeu est alors pris de folie et tue plusieurs personnes sur le campus universitaire. Expérience traumatisante pour David, témoin de tout cela, et qui, du coup, cherche à comprendre, à déterminer les racines du mal qui s’est si étrangement exprimé. Alors David se penche sur le cercle de Cthulhu, et en arrive logiquement à Lovecraft. Et au Necronomicon. David va ainsi aller de révélation en révélation, dans sa quête du Necronomicon, ou, au-delà, du livre ultime, la source, celui qui contient tous les autres. Et il va être persuadé que l’invention de Lovecraft… pourrait bien avoir une forme d’existence réelle. Cela pourrait être ennuyeux, voire rédhibitoire, mais pourtant, non. C’est comme Lovecraft, en fait : pour tout un tas de raisons, ça ne devrait pas marcher… et pourtant, ça marche. Sans doute parce que, au-delà de cette dimension vaguement dickienne, et résolument arrogante voire mégalomane, mais pas inintéressante, Arnaud Delalande se montre un conteur doué et plein d’astuce. La fin peut agacer, oui ; la philosophie de l’auteur aussi, qui paraît résolument hostile au matérialisme mécaniste et athée de Lovecraft… Mais ces points négatifs (on pourrait y ajouter quelques menues erreurs factuelles, mais qui ne seront relevées que par les puristes) sont compensés par une construction adroite, un indéniable sens du rythme, une plume agile et agréable. (Source)

 

 

Incursion supposée : /

 


 

L'invasion de 2015

 


 

2015 - Brume (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de Brume de Stephen King)

 

Une nuit, un orage très violent cause d'énormes dégâts dans la propriété de David Drayton, près de la ville de Bridgton, dans le Maine. Le lendemain, il remarque avec son fils, Billy, et sa femme qu'une étrange brume plane au-dessus du lac au bord duquel ils vivent. David, Billy et Norton se rendent ensuite au supermarché pour faire des provisions. Une fois à l'intérieur, des exclamations les avertissent, quelque chose semble bizarre… La brume, qu'ils avaient remarquée dans la matinée, s'étale, à présent, à perte de vue. En réalité, comme David en est témoin lorsqu'un jeune magasinier se fait happer par des tentacules en voulant sortir de la réserve du magasin, la brume cache des créatures immondes et meurtrières qui mangent tous les êtres humains qui se risquent à l'extérieur...

 

Quelques explications :

"Denis entra dans l'eau, et s'arrêta net. Au même instant, je sentis Steff se raidir contre moi et j'en découvris à mon tour la raison. La rive opposée du lac, celle de Harrison avait disparu. Elle était ensevelie sous un banc de brouillard d'un blanc étincelant, comme un nuage qui serait tombé sur la terre." Ces quelques lignes tirées de Brume fournissent un splendide exemple de l'élément rendant l'horreur invisible chez King. En effet, on retrouve dans cette brume la présence pernicieuse d'une vaste étendue d'eau par laquelle l'horreur va surgir et tout dévaster sur son passage. Ce paisible lac se présente donc comme une porte entre notre monde et le monde des "dieux venus d'ailleurs", comme le rêve si bien le narrateur : "Je rêvais que je voyais Dieu traverser Harrison de l'autre côté du lac, un Dieu si gigantesque qu'au-dessus de sa taille, son corps se perdait dans le bleu limpide du ciel (...) Et bientôt la fumée recouvrit tout. La fumée recouvrit tout comme la brume." Le lac est alors la borne réceptrice d'une horreur extraterrestre. C'est par l'eau de l'orage, puis par l'eau du lac que la brume - l'eau venue d'ailleurs - peut se répandre sur la terre et s'en prendre aux hommes. La brume devient de ce fait un envahisseur impitoyable, une sorte d'océan en perpétuel déplacement, qui va tenter de tout recouvrir afin de nourrir ses habitants : "(...) Là où était le brouillard. Une chose qui glissait, qui rampait et grattait sur les parpaings. Et qui, peut-être, cherchait à entrer. (...) Un nouveau tentacule surgit de la brume, enroula son extrémité autour de la chaussure et disparut avec elle (...) Par dessus son épaule, j'aperçus d'autres tentacules qui arrivaient, par dizaines, des forêts de tentacules. " (Source)

 

 

Incursion supposée : THE WAILING WRITHER (NYARLATHOTEP) & Nyarlathotep

 

 


 

2015 - The Mist (film – Frank Darabont)

 

Tandis qu'une brume étrange semble envelopper une petite ville du Maine, David Drayton et son jeune fils Billy se retrouvent pris au piège dans un supermarché, en compagnie d'autres habitants terrorisés. David ne tarde pas à s'apercevoir que le brouillard est peuplé d'inquiétantes créatures...

 

Quelques explications :

Qui n'a jamais eu peur du brouillard dans sa jeunesse ? Qui d'entre nous ne s'est pas penché un jour au-dessus d'une étendue d'eau en se demandant ce qu'elle pouvait bien abriter ? L'eau abrite donc des monstres qui ne semblent pas porter les humains dans leur coeur mais plutôt dans leur estomac. L'eau est leur abri, mais aussi et surtout leur territoire de chasse, car si l'homme a su coloniser la terre, il n'a pas encore réussi à faire de même avec les eaux. C'est donc en elles que les horreurs les plus grandes peuvent prendre place et nous épier C'est dans ces lieux inexplorés que Stephen King abrite donc de manière très classique certains de ses monstres les plus inquiétants. (Source) Tout est donc fait dans le film pour retranscrire l'œuvre originale. Trop, diront  peut être même certains. Darabont dévoile quand même un peu plus d'éléments que le récit originel. L'extérieur par exemple, est totalement extrapolé, car tout juste suggéré dans le trop court texte dont ce film s'inspire. Il en est de même pour les monstres. Ces derniers étant nécessaires à cette adaptation, Darabont nous fait découvrir un design particulier, qui fonctionne parfaitement. (Source)

 

 

Incursion supposée : THE WAILING WRITHER (NYARLATHOTEP) & Nyarlathotep

 

 

Incursion supposée : Beaucoup trop...

 


 

2015 – The Host (Film - The Host )

 

À Séoul, alors que Park Gang-du, vendeur au caractère immature, travaille au bord de la rivière dans un petit snack où il vit avec sa fille unique Hyun-seo, ainsi que son père Hee-bong, sa sœur Nam-joo, une championne ratée de tir à l'arc, et son frère Nam-il, un diplômé au chômage, la foule assiste à un curieux spectacle qui ne tarde pas à déclencher la panique : une créature monstrueuse, immense et inconnue, surgissant du fond de la rivière piétine et attaque la foule, en détruisant tout sur son chemin. Gang-du essaie de se sauver avec sa fille, mais il la perd au cœur de la foule apeurée et, à la suite d'une confusion, la voit soudain se faire enlever par ce monstre qui part ensuite avec elle au fond de la rivière...

 

Quelques explications :

 Peut-être parce qu'il fut trop seul, peut-être parce qu'il était malade et un peu aigri, alors, Lovecraft a peuplé nos nuits de créatures atroces et répugnantes, il nous a hanté et il continue à le faire avec ses mythologies venues d'autres planètes et auxquels certains humains vouent un culte sanglant et barbare, les plongeant dans la folie et les ténèbres. Définitivement, ce film propose une belle esquisse de ce que sont les créatures du mythe lovecraftien, des créatures visqueuses, horribles qui attendent leur heure, rampant dans le silence des forêts et dans les profondeurs abyssales de nos océans, prêtes à reprendre le contrôle de la terre, là où elles sont nées et où elles reviendront pour un règne de chaos et de douleurs. (Source) On peut d'ailleurs voir le monstre du film comme étant Bokrug, le Grand Lézard d'eau, la malédiction de Sarnath. Bokrug est apparenté à un lézard ou à un iguane. Il est de couleur bleue-verte et de très grande taille. Il est d’une très grande patience. Il est l’un des rares Grands Anciens venant des Contrées du Rêve, pourtant il est possible que ce ne soit pas un Dieu, qu’il ne se soit que promu à ce « grade ». Il est en tout cas cité comme étant un Dieu des Thuum’ha. Ce serait le peuple vivant dans la cité aquatique d’Ib qui l’auraient vénéré. On trouve des traces d’un petit Culte en son honneur de nos jours. (Source)

 

 

Incursion supposée : BOKRUG

 


 

2015 - Cloverfield (Film – Matt Reeves)

 

New York - Une quarantaine de ses amis et relations ont organisé chez Rob une fête en l'honneur de son départ pour le Japon. Parmi eux, Hub, vidéaste d'un soir, chargé d'immortaliser l'événement. La "party" bat son plein lorsqu'une violente secousse ébranle soudain l'immeuble. Les invités se précipitent dans la rue où une foule inquiète s'est rassemblée en quelques instants. Une ombre immense se profile dans le ciel, un grondement sourd se fait entendre... et la tête de la Statue de la Liberté s'effondre brutalement sur la chaussée. L'attaque du siècle vient de commencer. Au petit matin, Manhattan ne sera plus qu'un champ de ruines...

 

Quelques explications :

On peut dire, sans craindre l’exagération, que, jusqu’à Lovecraft, l’homme était au centre de l’univers ; soit parce qu’il était le fils de Dieu, et à ce titre parcelle de la transcendance divine ; soit parce qu’il était le seul moteur d’un univers matérialiste, chargé de façonner la terre à son image et à son service. Même l’existentialisme ramènera tout à l’individu. Avec Lovecraft, la page de l’anthropocentrisme est tournée. L’homme n’est plus qu’une poussière dans l’univers, une créature insignifiante qui assiste, bien souvent de façon inconsciente, au jeu de forces cosmiques qui le dépassent et ne le concernent guère. Divinités, monstres, extra-terrestres, les créatures que nous propose l’écrivain de Providence sont assurément de nature trouble. Divinités, sans aucun doute, puisqu’elles donnent à la cosmogonie une architecture d’inspiration religieuse et suscitent de nombreux cultes. Monstruosités à l’évidence, de par leur aspect repoussant et leur odeur putride. Extra-terrestres peut être, en raison de leurs origines stellaires. A noter, et cela est fort intéressant, que ces divinités, pourtant toutes puissantes, ne sont pas totalement infaillibles. Car nous ne sommes pas ici dans l’univers de la croyance, mais dans celle d’une métaphysique purement matérialiste. Les Grands Anciens sont un fait. Point. Pas plus que nous ne sommes prisonniers du fameux couple ontologique, celui du bien et du mal. La mécanique universelle est à l’œuvre ; c’est ainsi ! Inutile de rechercher une signification qu’elle ne possède pas. (Source)

 

 

Incursion supposée : Nyarlathotep

 

 


 

2021 - Monsters (Film – Gareth Edwards)

 

2015, une sonde de la NASA s’écrase dans la jungle mexicaine, libérant sur terre des particules d’une forme de vie extra-terrestre. Six ans plus tard, le Mexique et le Costa-Rica sont devenus des zones de guerre désertées par les populations locales, mises en quarantaine et peuplées de créatures monstrueuses. Un photographe est chargé d’escorter une jeune femme à travers cette zone dévastée. Seuls sur la route, ils vont tenter de rejoindre la frontière américaine...

 

Quelques explications :

"En écrivant une histoire surnaturelle, j’essaye toujours de réaliser très précautionneusement le climat exact et l’atmosphère, et d’accentuer l’intensité où elle doit l’être. Des événements et circonstances inconcevables sont un véritable handicap à vaincre, et ce ne peut être accompli qu’à travers le maintien du plus pointilleux réalisme dans toutes les phases de l’histoire, excepté ce qui touche au phénomène lui-même. L’extraordinaire doit être être traité le plus émotionnellement possible, et, avec un soin particulier dans la construction de cette émotion, délibérément autre que ce qui le rendrait plat et sans conviction. L’atmosphère, et non pas l’action, est le grand desideratum de la fiction surnaturelle. Bien sûr, tout ce à quoi peut atteindre la plus merveilleuse histoire, c’est une peinture vivante d’un certain type d’émotion humaine. Les moments où elle essaye d’être quoi que ce soit d’autre devient puéril, non convainquant, bas prix. La première intensité doit être donnée à la suggestion du subtil, touches et nuances imperceptibles de détails sélectionnés et associés qui font ressortir les émotions comme des ombres et construisit la vague illusion d’une étrange réalité de l’irréel. Éviter les lisses catalogues des événements incroyables qui n’ont pas de substance et ne signifient rien que leur propre nuage de couleur et de symboles". HPL - Notes sur l’écriture de la fiction surnaturelle (Source)

 

 

Incursion supposée : Nyarlathotep

 

 


 

 

L'avenir de l'humanité sur terre

 


 

2215 – The Wake (Comics - Scott Snyder & Sean Murphy)

 

Lorsqu’elle est arrachée à ses recherches pour rejoindre une expédition secrète gouvernementale en plein Arctique, la biologiste marine Lee Archer ne se doute pas une seconde de ce qu’elle s’apprête à découvrir par 300 pieds sous la calotte glaciaire. Après avoir été présentée à l’équipe de spécialistes en tous genres, Lee découvre dans un caisson la raison d’être de cette expédition top secrète : un spécimen vivant de véritable chimère marine, une sirène…

 

Quelques explications :

La plupart des légendes terrifiantes concernant les lieux hantés chez Lovecraft sont liées à l'existence d'êtres mystérieux, des "êtres doués d'une demi-existence inimaginable avant même la formation de la Terre et des autres mondes intérieurs du système solaire" qui se trouveraient sous la terre : "Ce lieu avait été autrefois le refuge d'une malfaisance plus ancienne que l'humanité et plus vaste que l'univers que nous connaissons." Ces êtres indéfinissables très anciens ont été contraints de se cacher depuis l'arrivée et la domination des hommes. D'où le grand nombre de lieux hantés, impossibles à recenser totalement. Les hommes vivant sur place s'en méfient ou s'en éloignent, et ont élaboré des explications superstitieuses pour justifier leur rejet. (Source)

 

 

Incursion supposée : DEEP ONE

 

 


 

Futur indéfini - Witch Doctor (Comics - Brandon Seifert & Lukas Ketner)

 

Il est associable, imbuvable, imbu de sa personne. Mais il est également le seul capable de sauver le monde d'une invasion des Grands Anciens ! Éminent spécialiste des maladies infectieuses, le Docteur Vincent Morrow, aidé par ses assistants Eric Gast et Penny l'Affreuse, étudie les monstres et autres démons à la recherche d'un vaccin dans le but d'éviter l'Apocalypse qui se prépare pour très bientôt...

 

Quelques explications :

L'oeuvre de Lovecraft se nourrit de sorcellerie, de spiritisme et d'occulte. De nombreuses nouvelles citent des ouvrages de magie, des invocations, les rêves etc. Et en toile de fond restent toujours présent les Grands Anciens et leur pantéhon dantesque. Mais là ou la cosmogonie de Tolkien suit une rigueur académique, Lovecraft lui crée et recrée à chaque roman. Suite à une terrible guerre, les Grands Anciens, divinités monstrueuses ancestrales, furent vaincus et bannis. Ce bannissement est fondamental car il définit l'essence même de l'action de ces créatures sur le monde des hommes, en effet ils sont dorénavant dans les espaces extérieurs (l'univers) dans les espaces inférieurs (sous les mers et sous terre) ou encore entre les espaces... De nombreuses années d'emprisonnement ont quelques peu perverti leurs esprits déjà dérangés tant et si bien que leur simple allusion et leurs visions cauchemardesques suffisent à rendre fou le commun des mortels. (Source) Il s’agit donc chez Lovecraft, du monde réel, sensible, notre monde, mais peuplé de créature dont nous ignorions l’existence. Pourtant, la science et la compréhension actuelles ne peuvent rien expliquer. Les bornes de l’univers apposées par la science sont repoussées et toute lutte est inutile, car la puissance démoniaque de ces êtres est considérable. Ces êtres sont le symbole de l’inconnu, issus d’univers insoupçonnés par l’homme. Aussi inquiétant que des démons issus de nos diverses religions, les Grands Anciens se situent néanmoins en dehors de toute référence morale. C’est là que le fantastique de Lovecraft est novateur. Lovecraft est un matérialiste mécaniste et cela s’en ressent dans ces contes : l’auteur ne croit pas en l’au-delà et ses monstres viennent de mondes qui co- existent avec celui des humains. De plus, le fantastique de Lovecraft ne touche plus un individu isolé, la menace est universelle. (Source)

 

 

Incursion supposée : Enormément...

 


 

Futur lointain - La clé de l'abîme (Roman - José Carlos Somoza)

 

Lorsque Daniel Kean adresse ce matin-là la parole à un étrange passager du nom de Klaus Siegel, il devient en quelques secondes l’otage d’un kamikaze qui déclare vouloir lui laisser à tout prix un message. Sinon, il actionnera la charge explosive implantée dans son corps et entraînera dans la mort l’ensemble des passagers du train. Daniel se voit forcé d’obéir aux instructions de cette bombe humaine. Une mécanique folle s’enclenche alors, qui explose ses repères quotidiens et le projette dans une quête improbable. L’enjeu ? La recherche d’un objet mystérieux, « la clé de l’abîme », liées à une secte adepte de la Bible, texte sacré divisé en quatorze chapitres (les quatorze chapitres du mythe de Cthulhu).

 

Quelques explications :

Dans ce roman ouvertement lovecraftien, Somoza tisse son récit intelligement et les références au Mythe de Chtulhu arrivent petit à petit, au fil de l'intrigue. Subrepticement, une allusion après l'autre, le lecteur connaissant l'oeuvre du maître de l'horreur commence à se poer des questions. Notamment concernant l'étrange religion pratiquée par une majorité de la population du livre. En effet, ces croyants sont adeptes de "La Bible", texte sacré divisé en quatorzes chapitres, les quatorzes nouvelles écrites par Lovecraft sur le Mythe des Grands Anciens. Daniel, qui détient la clé permettant de "tuer Dieu" détiendrait donc (enfin) une arme contre les Grands Anciens ! Nous pouvons dés lors trouvé des parrallèles révélateurs entre La Bible et les écrits de Lovecraft. Par exemple, au sain du livre, les adeptes du Cinquième Chapitre de La Bible "adorent la Couleur et contrôlent les arbres à volonté. La Couleur agite comme un vent fantomatique le sommet des arbres". Il s'agit d'une référence explicite à "La Couleur tombée du ciel" lorsque Lovecraft dit que "Même les pointes desséchées des dernières herbes-aux-chantres grises et flétries, et la frange sur le toit de la charrette anglaise à l'arrêt, restaient immobiles. Pourtant, dans ce calme tendu, impie, les rameaux dénudés bougeaient à la cime de tous les arbres de la cour." Ou encore le Sixième Chapitre de La Bible qui parlerait "d'un homme qui vivait avec sa fille dans une maison en forêt et parvenait à créer deux rejetons monstrueux". Comment ne pas y voir une référence à "L'abomintion de Dunwich" ? (Source)

 

 

Incursion supposée : /

 


 

Rencontre par les explorations spatiale du futur

 

 


 

2047 - Event Horizon (Film - Paul W. S. Anderson)

 

En 2047, les astronautes du vaisseau Lewis & Clark embarquent le physicien William Weir dans le but de récupérer l’épave du vaisseau que ce dernier a conçu, l’Event Horizon, censé pouvoir voyager à travers l’espace-temps et mystérieusement disparu sept ans plus tôt, et tout aussi mystérieusement réapparu aux environs de Neptune. Peu à peu, les membres de l’équipage commencent à avoir des visions cauchemardesques. D’où ce vaisseau est-il revenu ?

 

Quelques explications :

Chez Lovecraft, la peur vient de l'inconnu, du lieu inconnu plus précisément. C'est ce qu'il appellait "la peur cosmique". Les hommes tremblent toujours à la "pensée des mondes cachés et insondables de vie étrange qui palpitent peut-être dans les gouffres au-delà des étoiles, ou qui pèsent hideusement sur notre globe dans d'autres dimensions impossibles." La seule peur physique ou macabre des difficultés de notre monde crée certes des situations anormales inquiétantes, mais il ne peut s'agir de peur cosmique, seulement d'une évocation d'ambiance de peur que Lovecraft qualifie de "mondaine". Pour qu'il y ait peur cosmique, il faut qu'il y ait la menace impressionnante d'une "interruption" ou d'une "déroute" pernicieuse et précise de ces "lois immuables de la Nature qui sont notre sauvegarde contre les assauts du chaos et des démons de l'espace insondé." Le test du véritable fantastique est, chez le lecteur, la terreur née du "contact avec des sphères et des puissances inconnues; une indéfinissable attitude d'écoute impressionnée, comme un battement d'ailes noires ou de coups de griffes de figures ou d'entités à l'extrême bord de l'univers cosmique." (Source)

 

 

Incursion supposée : /

 


 

2122 – Alien 1 (Film – Ridley Scott)

 

Le vaisseau commercial Nostromo et son équipage, sept hommes et femmes, rentrent sur Terre avec une importante cargaison de minerai. Mais lors d'un arrêt forcé sur une planète déserte, l'officier Kane se fait agresser par une forme de vie inconnue, une arachnide qui étouffe son visage. Après que le docteur de bord lui retire le spécimen, l'équipage retrouve le sourire et dîne ensemble. Jusqu'à ce que Kane, pris de convulsions, voit son abdomen perforé par un corps étranger vivant, qui s'échappe dans les couloirs du vaisseau...

 

Quelques explications :

Alien est un film lovecraftien dans toute sa splendeur ! Et c'est avec déception que nous apprenons aujourd'hui qu'il aurait pu l'être encore davantage : dans les premiers scripts du film, le décor du vaisseau en détresse devait intégrer une gigantesque pyramide aux hiéroglyphes énigmatiques.  L’objectif assumé était d’instiguer le doute chez le spectateur et de lui glisser des théories sur le lien entre Alien et divinité. Ce volet passionnant du scénario sera laissé pour compte malgré les premiers travaux de Chriss Foss et Giger à ce sujet (voir photo). Dans le montage final, les décors font pourtant penser à celui d’une crypte ancienne. Le seul membre d’équipage trouvé sur place est un gigantesque simili humanoïde monté sur un télescope à son échelle. Ce « Space Jockey»  a donné naissance (à son insu) à un "Alien". La saga principale d’Alien ne dévoile cependant aucune explication sur le pourquoi du comment de ce vaisseau échoué avec autant de parasites à son bord. Giger, dont la vision sombre et dérangeante devient la marque de fabrique de la saga. Dans l’ensemble de son oeuvre, l’ex-architecte s’amuse à mélanger organique et mécanique bien avant l’apparition du mouvement « Steampunk». Quand on sait que Giger s'est également pris de passion en illustrant le Necronomicon imaginaire de Lovecraft, la boucle est bouclée. (Source)

 

 

Incursion supposée : GUG

 


 

2257 - Planète interdite (Film - Fred McLeod Wilcox)

 

En 2257, le croiseur spatial C-57-D du commandant Adams se pose sur la planète Altaïr 4 pour secourir le Bellérophon, un vaisseau d'exploration dont l'équipage n'a plus donné signe de vie depuis dix-neuf ans. Sur place, l'équipage ne découvre que deux survivants : le docteur Morbius et sa fille Altaïra, assistés de Robby le robot. Ceux-ci lui apprennent qu'une mystérieuse force invisible a tué un à un tous les membres de l'expédition et que la planète recèle les derniers vestiges d’une civilisation hautement évoluée et disparue, les Krells.

 

Quelques explications :

Dans le film, l'incursion, la part d'ombre est incarnée par le monstre invisible issu des pulsions destructrices de l'inconscient du professeur Morbius. Cette utilisation de la part d'ombre dans cette œuvre n'est pas sans faire allusion aux travaux de Carl Gustav Jung sur un des principaux archétypes, décrits par le fondateur d'un des courants de la psychanalyse : la psychologie analytique. Au sujet de Planète interdite, un critique dira même : « Quelles que soient les intentions des hommes, il existe toujours en chacun une part d’ombre, un consentement au mal ; sans cesse à débusquer, selon les termes de la psychanalyse qui s’affirme alors, jusque dans l’inconscient de chaque être. » (Source) Mais ce qu'on nomme "part d'ombre" dans le film, Lovecraft préférait la nommé folie ou cauchemar. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit de la porte que réserve l'esprit humain aux divinités ancestrales de pénétrer notre monde, cette ouverture par laquelle les Grands Anciens plonge les protagonistes dans la terreur et l'angoisse. Il n'est donc pas étonnant que cette psyché, cette passerelle, soit préservée une fois l'homme parti à la conquête du cosmos, n'échappant jamais totalement à l'emprise des monstres sur notre pan dimensionnel.

 

 

Incursion supposée : ?

 


 

Futur lointain - Comme une passerelle (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de « Danse macabre »)

 

Un astronaute exposé à un mutagène extra-terrestre voit ses mains se couvrir d'yeux qui servent de passerelle à une intelligence extra-terrestre et prennent progressivement le contrôle de son corps.

 

Quelques explications :

Nombre d'écrits et de descriptions de King rappellent les phobies sensoriellesomniprésentes chez Lovecraft. Mais King distingue différents nivaux de corruption organique : la putréfaction et le moisi, la pestilence et la boue, le visqueux et la décomposition et leur traduction en termes olfactifs. L'imagerie de la mort chez King rejoint parfaitement celle de la folie chez Lovecraft, par le biais du suicide. Chez les deux auteurs, la folie (ou la mort, le suicide) n'est d'ailleurs pas seulement imposé par la menace extérieure (monstre, extra-terrestre, vision cauchemardesque...), elle peut aussi être choisie. La folie, menant au suicide de certains protagonistes chez King, est ainsi motivée par un état spécifique causé par un phénomène extérieur qui contamine l'individu ou encore un savoir dont les conséquences sont insupportables. Ainsi, le narrateur-héros de Comme une passerelle se tue quand il s'aperçoit que les entités qui transforment son corps et envahissent son esprit sont revenue. La première fois, il s'est contenté de brûler ses mains dans l'essence, afin de "purifier par le feu", mais cela n'a pas suffi puisque les entités sont toujours présentes. (Source) Le mal extérieur n'est donc pas la cause principale de la folie et de la mort (Chez King comme chez Lovecraft), c'est en réalité l'incapacité de l'esprit humain à concevoir, accepter et lutter contre ce mal qui pousse les protagonistes dans leur (tout) derniers retranchements.

 

 

 

Incursion supposée : SPAWN OF YOG-SOTHOTH II

 


 

Futur lointain - Sables (Nouvelle – Stephen King)

(Issu de « Brume »)

 

Dans un futur très lointain, un vaisseau spatial s'écrase sur une planète entièrement recouverte de sable, laissant seulement deux survivants. L'un d'eux commence à perdre la raison et, quand les secours arrivent enfin, le sable se révèle être un organisme vivant et pensant.

 

Quelques explications :

Chez King comme chez Lovecraft, grâce à l'intervention humaine, les Grands Anciens pourront récupérer leur puissance perdue. Cependant, la plupart des hommes éprouvent de grandes perturbations psychiques quand ils sont confrontés à ces dieux effrayants, et terminent leur existence dans la folie ou dans la mort (atroce la plupart du temps). (Source) Même s'il n'a qu'en de très rares occasions usé explicitement du Mythe de Lovecraft dans ses oeuvres, King n'en demeure pas moins un "continuateur" de talent du Mythe de Chtulhu. Cette ambivalence de King vis-à-vis de Lovecraft peut aisément s'expliquer par le fait qu'il fut sans conteste marqué, durant son enfance, par l'ambiance empreinte de puritanisme dans laquelle il a été élevé. Selon King, l'épouvante se développe précisément sur le vide laissé derrière elle par une religion qui s'avère désormais inapte à mettre en oeuvre des symboles d'ordre spirituel, rejoignant en cela parfaitement Lovecraft. (Source)

 

 

Incursion supposée : FORMLESS SPAWN

 


 

3797 - Trillium (Comics – Jeff Lemire)

 

En 3797, la botaniste Nika Temsmith recherche une plante dans les confins les plus reculés de l’espace connu. En 1921, l’explorateur anglais William Pike mène une expédition pour trouver un temple Incas aux propriétés salvatrices légendaires. Isolés à des années-lumière l’un de l’autre et alors que les murs de la réalité s’effondrent autour d’eux, ces deux âmes soeurs vont se rencontrer et vivre la dernière histoire d’amour de l’humanité.

 

Quelques explications :

La vie réelle comptait peu pour Lovecraft qui aurait aimé vivre durant le dix-huitième siècle anglo-américain : si peu qu'il s'est constitué un univers parallèle, curieusement stable, dans lequel s'inscrivent ses rêves nocturnes aussi bien que ses rêveries diurnes, et auquel ses écrits confèrent en quelque sorte une existence tangible. A ce monde de "rêve réel" se superpose, si l'on peut dire, un monde de "rêve rêvé". Tout entier placé sous le signe d'une espèce de théologie matérialiste, Ces deux mondes communiquent, échangent leurs signes et leurs valeurs : l'être humain y voyage par le rêve, par les rêves à l'intérieur du rêve, mais toujours dans des conditions "normales", en ce sens que des escaliers, des trappes, des tunnels y ménagent des ouvertures, que des odeurs, des bruits et des lueurs y sécrètent l'horreur. Tous les moyens sont bons pour faire pressentir que notre espace-temps est le prisonnier provisoire d'un espace-temps plus vaste, qui le traverse parfois d'un éclair pour lui rappeler qu'une menace pèse sur lui : le présent n'est qu'un interstice entre un passé de grandeur perdue et un futur de fureurs vengeresses. Quoi d'étonnant si le héros-type de Lovecraft est un archéologue, doublé d'un psychologue et d'un explorateur ? La singulière cohérence de l'imagination, la récurrence des thèmes, la puissance de l'onirisme, l'allure concertée de l'écriture donnent à cette oeuvre un étrange pouvoir de fascination et une indéniable modernité. (Source)

 

 

 

 

Incursion supposée : ELDER THING

 


 

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De l'érudition phylactale. par Cryma

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