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All-Star Batman - Tome 1, la critique

Comics Le 23 sept 2017
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All-Star Batman - Tome 1, la critique

L’avis de Arno Kikoo5

On a aimé • Une proposition de départ intéressante • Un joli défilé de super-vilains • John Romita Jr sur du Batman
On a moins aimé • Un récit lourdaud et bourrin • Répétitif • Ne raconte au final pas grand chose

En marge du titre Batman Rebirth de Tom King, le scénariste Scott Snyder ne pouvait laisser seul le Chevalier Noir alors qu'il l'avait accompagné cinq longues années pendant les New 52 (période Renaissance chez Urban Comics). Arrive alors ce projet, pour lequel Snyder va s'entourer des plus grands artistes disponibles à ses côtés, pour des histoires qui promettent d'aller plus loin que ce qu'il a déjà pu entreprendre. Promesse tenue, peut-être, mais clairement pas pour le meilleur.

Dans ce tome qui comprend le premier arc narratif de la série, Batman est pourchassé par à peu près tout le monde. Une masse de super-vilains, mais aussi les simples citoyens de Gotham City et de l'état américain environnant. La raison ? Double-Face a eu accès à toutes les données privées de chacun, et menace de tout balancer publiquement à moins que quelqu'un n'arrive à lui livrer le Chevalier Noir. Ce même Chevalier qui a pris Double-Face avec lui pour l'emmener dans un endroit secret pour le guérir de sa condition. En résulte une fuite en avant perpétuelle ponctuée par d'innombrables rencontre avec les ennemis de Batman, des plus connus aux plus obscurs. 

Pour apprécier ce tome il va falloir d'abord connaître vos propres attentes. On peut apprécier All-Star Batman ici pour son côté rentre-dedans, Snyder partant de son principe pour aller dans une sorte de grand huit hyper musclé, offrant des explosions de violence rarement vues sur la série régulière. On appréciera surtout la façon dont l'auteur profite de son prétexte pour amener quantité et quantité de vilains, quitte à renommer son titre All-Star Villains, il n'y aurait qu'un pas. Snyder revoit également la personnalité d'Harvey Dent avec deux facettes indépendantes et se permet de faire un parallèle sur la personnalité des gens.

Alors que Batman a, malgré tout, toujours espoir que face à leur libre arbitre, la plupart des gens choisissent une certaine idée du bien, Harvey mise sur l'autre côté, la facette sombre de chacun étant selon lui beaucoup plus accessible. Une idée qu'on a déjà pu voir abordée dans d'autres médias auparavant (The Dark Knight sera l'exemple le plus grand public) et qui, non sans intérêt, est traitée de façon assez grossière. S'il est normal de voir autant de super-vilains se lancer dans la chasse pour Batman, la facilité avec laquelle tous les quidams lambdas deviennent "méchants" laisse pantois. 

En dehors de cela, Snyder livre également dans son discours sur la facette d'ombre de chacun, un regard critique sur le big data et la façon dont cela peut être utilisé à mauvais dessein dans notre société. Une réflexion pas inintéressante dans sa proposition mais qui s'effacera là aussi assez vite par un récit hyper bourrin. Certes on aime voir du actionner, et si vous voulez du Batman avec une tronçonneuse, ou qui se sert des oreilles de son masque comme de couteaux, alors vous serez aux anges.

Mais au fur et à mesure de la progression, on se rend compte que l'ensemble est lourdaud, plutôt répétitif et avec un effet bigger, stronger qui finit par lasser. D'autant plus que les coupures entre chaque chapitre se font véritablement ressentir et cassent la fluidité de la lecture. Quelques flashbacks apportent des moments de calme, et quelques scènes offrent un peu d'humour, mais l'ensemble ne suffit pas à s'enlever l'idée que Snyder veut juste faire du grand spectacle sans grande finesse. Pour un récit auto-contenu (c'est bien) qui au final ne change rien au personnage et son statu quo (c'est moins bien). 

Le plus dommageable dans cette histoire c'est que l'artiste accompagnant, John Romita Jr., qui fait là l'un de ses premiers travaux dans l'univers Batman, est ici en assez bonne forme (si on compare notamment à son Superman avec Geoff Johns). Bien sûr, les allergiques au style de l'artiste ne s'y retrouveront pas ; mais on appréciera de voir Romita se faire une grande galerie de vilains avec sa propre patte (bien que ses Ergots ne soient pas au meilleur de leur représentation). Le trait profite d'un encrage plutôt bien réparti, et les cases sont par ailleurs bien remplies, l'artiste se donnant suffisament de mal pour les détails. Et il faut reconnaître que l'ensemble est assez dynamique, ce qui est mieux lorsqu'on s'attaque à un récit aussi bourrin.

On notera malgré tout une baisse de performance sur les derniers numéros, mais comme vous l'aurez compris, la partie artistique est ce qui s'apprécie le plus sur All-Star Batman. Notons également la présence des back-ups qui mettent en avant le personnage de Duke Thomas, nouvelle tentative de Snyder pour proposer un autre sidekick que Robin au Chevalier Noir. Le découpage de ces back-ups, très abrupt, donne une narration hachée qui n'aide pas à entraîner le lecteur dans son intrigue, au demeurant assez agréable. L'intrigue profitant des dessins plutôt corrects de Declan Shalvey - bien que votre rédacteur ne soit pas fan de son trait trop cubique et d'une cape qui a tendance à faire n'importe quoi.

All-Star Batman démarre en se prenant les pieds dans sa cape. Si l'on pourra apprécier de retrouver John Romita Jr. sur cet univers, pour peu que vous aimiez sa patte très personnelle, le récit de Snyder, malgré quelques intentions, n'arrive jamais à se sortir d'un côté bourrin et rentre dedans qui finit vite par lasser. Mais pour les fans d'action brute, et pour voir toute une bande de vilains se faire botter les fesses joyeusement, certains y trouveront certainement leur compte. Et qui pourra le leur reprocher ?

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