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Critique

Baldwin le Brave et autres contes, la critique

Comics Le 31 aout 2015
2
par Johan
Baldwin le Brave et autres contes, la critique

L’avis de Johan8

On a aimé • Le trait inégalable de David Petersen • De bien jolis contes • Les retrouvailles avec des héros connus • Un joli travail d'édition
On a moins aimé • 68 pages à peine • Trop vite lues

Un an et demi après l'épopée de Celanawe et Em sur les traces de la mythique Hache Noire, Gallimard ranime les Légendes de la Garde avec la publication de Baldwin le Brave et autres contes. Au programme de ce recueil : six histoires courtes qui peuvent être lues comme une introduction à l'univers de David Petersen ou un séduisant bonus pour les fans de la série en attendant un "véritable" quatrième tome.

Barkstone, Lockhaven, Kenzie, Saxon et Lieam sont autant de noms que j'ai l'impression de connaître depuis l'enfance. Les Légendes de la Garde n'a pourtant débuté qu'en 2006 et je ne l'ai même découverte que quelques années plus tard avec la traduction française. Mais la série de David Petersen convoque quelque chose de l'imaginaire de l'enfance, avec de grandes quêtes menées par de preux chevaliers, charismatiques défenseurs de la veuve et l'orphelin prêts à sacrifier leurs vies dans un combat perdu d'avance.

Ces combattants, membres d'une organisation appelée la Garde, ont pour devoir de protéger les leurs des menaces extérieures, nombreuses et ô combien mortelles pour un si petit peuple. "Si petit", car nos amis sont en réalité des souris. C'est là l'originalité majeure de la série ; confronter une apparence presque enfantine à un souffle épique et à la dureté de la vie médievale.

Baldwin le Brave et autres contes tient une place à part dans la série. Il ne s'agit pas d'un récit complet mais d'un recueil de six histoires d'une dizaine de pages chacun, dont quatre ont été publié à l'occasion des Free Comic Book Day de 2011 à 2014 et les deux dernières étant des inédits. Pour Petersen, c'est l'occasion d'enrichir à la fois son univers et ses personnages. D'un côté, il présente des éléments nouveaux et en précise d'autres (notamment avec l'histoire d'un nouveau Porteur de la Hache Noire). De l'autre, il met en scène l'enfance des principaux protagonistes de la série et la manière dont les contes qu'ils ont entendu ont façonné les héros que l'on connaît.

Si la forme change, Petersen n'oublie pas de rester fidèle à l'ADN des Légendes de la Garde et chacun des contes est donc une leçon de vie honnête, libre de tout manichéisme. Les fans le savent, les souris vivent dans un monde cruel qui peut dispenser des scènes d'une beauté parfaite comme la pire des trahisons et la mort menace à chaque coin de rue. C'est peut-être même le leg majeur de Petersen, qui oublie de prendre les enfants pour des imbéciles et écrit des récits brutes à la manière des contes des frères Grimm. Ce qui explique aussi le succès de la série auprès des adultes...

On y retrouve également l'esthétique caractéristique de Petersen, qui navigue constamment entre la bande dessinée et l'illustration. La narration qu'il propose, débarrassée de toutes onomatopées, diffère de la majorité des comics. Petersen ne décompose jamais l'action, préférant des changements de cadres à répétition pour donner des points de vue différents et toujours permettre un recul sur la situation et ses conséquences, avant même qu'elle ne soit expliqué. Le texte joue un rôle explicatif majeur, c'est lui qui rythme la narration de sorte que, lors les scènes de bataille, le texte renseigne sur un tout, laissant au dessin le soin de choisir une action. Petersen s'acharne même à rendre un effet de gravure et de tapisserie à l'occasion de deux contes que je classe d'ores-et-déjà dans mes planches favorites de l'année 2015 (voir ci-dessous). Bref, il y a du génie dans cet album.

Si Baldwin et autres contes diffère du reste des albums des Légendes de la Garde, il n'en demeure pas moins une excellente introduction à cet univers original et un complément intéressant pour les fans. David Petersen sublime la notion de conte, d'abord parce qu'il est un excellent conteur, ensuite parce qu'il est un excellent dessinateur. Sa vision d'un monde imparfait, dépourvu de bien et de mal à proprement parler, est rafraîchissante et permet de parler à de jeunes lecteurs de situations déjà complexes. Mais les Légendes de la Garde ne se limitent pas aux enfants tant il y a de choses à en retirer également pour un adulte, et tant ses albums sont magnifiques.

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