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Critique

Batman/Judge Dredd, la critique

Comics Le 12 dec
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Batman/Judge Dredd, la critique

L’avis de Arno Kikoo7

On a aimé • Le mélange des deux univers • L'action débridée • Graphiquement incroyable • Représentatif d'une certaine époque
On a moins aimé • Ca ne vole pas bien haut • Attention à l'indigestion

Encore du Batman chez Urban Comics ? Oui. Mais pas n'importe quel Batman. Car celui là nous vient d'une autre époque, et surtout ramène avec lui un nouvel ami. Enfin, ami, c'est un grand mot, mais disons que pour ceux qui ne le connaissent pas, Judge Dredd n'est pas si éloigné du Chevalier Noir, et l'introduction du tome nous présente bien comme DC et 2000 AD ont réussi à opérer leurs crossovers en réunissant leurs deux personnages phares. Cet imposant ouvrage propose l'intégralité des crossovers publiés avec en prime, un passage avec Lobo, pour une lecture hyper punk, colorée et énervée, qui promet de passer un bon moment si tant est que vous soyez réceptifs au genre.

Dison le d'emblée, Batman/Judge Dredd ne fait pas vraiment dans la finesse, et ce n'est sûrement pas son but. Dans les histoires narrées par Alan Grant et John Wagner, il s'agit de faire co-exister deux univers et de mettre beaucoup de folie, dans des histoires assez courtes, fortement délurées, et qui font (littéralement) perdre la tête. Dans un premier temps, c'est Judge Death, ennemi juré de Dredd, qui envahit Gotham City. Cette version très sombre du  juge notoire a pour but d'éliminer toute vie de la ville, puisqu'il considère que, comme chaque criminel est un être vivant, qu'être vivant devient la forme primaire du crime. Téléporté dans Mega-City OneBatman va devoir faire avec un nouvel allié qui, pourtant, n'aime pas les justiciers auto-proclamés et aimerait bien mettre le Chevalier Noir aussi en prison. Une entrée dans ce tome riche en punchlines, et qui permet surtout d'amener les points forts de l'univers de chez 2000 AD, comme Judge Death (que les lecteurs du DC actuel auront reconnu dans le Batman Who Laughs, qui en est très inspiré) ou Mean Machine, dont le niveau de méchanceté est indiqué par un cadran à aiguille sur le front. Une sorte de  joyeux bordel qui doit aussi à la patte de Simon Bisley, et verse la lecture dans un mélange tonitruant aux accents de rébellion punk tels que l'angleterre a pu en produire il y a quelques décennies.

Et l'ensemble de la lecture de cet ouvrage sera du même accabis. Dans le second chapitre, Dredd se rendra de lui même à Gotham City pour sauver Batman. Dans le troisième, le Riddler réussit à capturer les deux héros pour leur faire passer un test ultime. Dans un quatrième temps, le Joker va décider de s'allier à Death et ses collègues les Dark Judges. Et à chaque fois, les délires sont de plus en plus extravagants, à coups d'action démesurée, de violence graphique et d'une certaine non-retenue, qui si elle reste appréciable pour les amateurs du genre, fatiguera à la longue. A titre personnel, c'est au bout du quatrième volet que l'ensemble m'a paru lourd ; et l'on se dira alors qu'il ne s'agit peut-être pas d'un ouvrage à lire d'un trait, sous peine de frôler l'indigestion.

Il faut reconnaître à ces histoires d'avoir un parfum et une ambiance qu'on ne reconnaît que peu dans les lectures mainstream actuelles. Ce côté à la fois exubérant, tape à l'oeil, parfois presque vulgaire, qui a clairement son charme tout en indiquant aussi le côté daté de leur publication. Reste que pour les amateurs d'un divertissement régressif, il y a clairement de quoi s'amuser (et même rire de bon coeur), et c'est notamment du côté graphique que réside une grande partie de l'intérêt de l'ouvrage.

Les travaux conjugués de Simon BisleyCarl Critchlow ou Glenn Fabry, artiste britanniques maintenant largement reconnus, participent à cette ambiance punk, à cette impression d'avoir une BD hors normes qui cherche à faire dans l'extravagance et à frapper les rétines autant qu'elle peut. Les corps et les expressions sont démesurés, les têtes volent et les personnages sont crasseux, mais le style des artistes a quelque chose de fascinant. Mis à part Cam Kennedy qui propose des planches plus conventionnelles, les travaux sont réalisés avec un style entre la peinture et le cartoon, avec des planches hyper chargées qui apportent énormément de vie et empêchent parfois le lecteur de respirer. On peut s'amuse à décortiquer les compositions avec notamment des pages pleines qui fourmillent de détails, et la performance artistique vaut vraiment le coup d'oeil. Il en ira de même pour la courte histoire avec Lobo, autre création typiquement 90's, qui vient conclure l'ouvrage, réalisée par Val Semeiks, qui déborde de couleurs pétantes, criardes, de pages bourée de personnages et de détails, parfois jusqu'au trop plein. L'ensemble est donc très riche, très graphique, très coloré. Et si le mélange ne plaira pas à tout le monde, il constitue en soi une belle curiosité.

Amis des histoires barrées, sans trop de prises de tête, et amoureux de Batman et Judge Dredd y trouveront leur compte dans ce nouvel ouvrage qui transpire l'énergie punk des années 90, l'action démesurée et l'explosion graphique tape à l'oeil. Pour d'autres, le mélange pourra s'avérer assez indigeste - qu'on se le dise, on est pas là pour faire dans la finesse. Batman/Judge Dredd reste malgré tout un ouvrage séduisant, autant pour son côté crossover que par sa capacité à se montrer vestige d'une certaine période de publications des comics, dont on se demande si elle reverra le jour dans le mainstream actuel. Une petite curiosité qu'il fait bon de découvrir, surtout si vous aviez loupé les précédents éditions VF !

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