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Critique

Before Watchmen : Dr Manhattan, la critique

Comics Le 11 jul
3
par Sullivan
Before Watchmen : Dr Manhattan, la critique

L’avis de Sullivan9

On a aimé • Le plaisir de voir Adam Hughes dessiner une BD • La réflexion proposée par JMS • Le meilleur des titres Before Watchmen...
On a moins aimé • ... Mais aussi presque le seul qui en vaut la peine • Une minuscule facilité scénaristique qui change pas mal de choses

Dernier-né et dernier à naître de la vaste entreprise éditoriale de DC Comics regroupée sous le nom de Before Watchmen, la mini-série Dr. Manhattan est de retour chez Urban Comics, dans un format cartonné et agrandi en librairie, parfait pour rendre hommage aux qualités intrinsèques d'un titre qui compte dans ses rangs deux légendes vivantes de la Bande Dessinée américaine : Joseph Michael Straczynski (scénario) et Adam Hughes (dessin). 

Raillé lors de sa parution V.O pour son rythme faussement malin et ses retards à répétition, l'ogre Before Watchmen aura finalement accouché de quatre inoffensifs chatons, loin de forcer Alan Moore à la lecture de ces interprétations souvent peu éloignées de la fan-fiction, malgré les noms ronflants de leurs auteurs respectifs (à l'exception peut-être des titres de Darwyn Cooke, lui-même loin de son meilleur niveau malgré la qualité de ces productions). C'était sans compter sur JMS, un auteur aussi capricieux et (presque) aussi talentueux que le bougon mage noir de Northampton. 

Avant toute chose, et parce que le titre est une réflexion métaphysique séquentielle, il est important d'en saisir les tenants (à défaut d'en comprendre les aboutissants véritables), à l'image de la scène ci-dessous :

Vous l'aurez compris, le scénario n'est pas aussi grim'n gritty que peut l'être la mini-série consacrée à Rorschach dont on retiendra surtout les très beaux effets de lumières insufflés par un Lee Bermejo en roue libre. Ici, JMS s'amuse avec des concepts haut-perchés mais loin d'être incompréhensibles, en témoigne le soin qu'il met à prendre son lecteur par la main, sans jamais noyer ce dernier sous un torrent verbeux de logique quantique.

C'est au contraire en racontant à merveille l'histoire d'un dramatique héros de Schrödinger que le père de Rising Stars parvient à un constat simple : oui, Dr. Manhattan est un vrai comic-book intelligent, servi par de vrais concepts philosophiques appuyés par le sens de la mise en scène d'un scénariste qui s'amuse avec les jouets de l'une de ses idoles.

Si bien qu'il sera impératif pour le jeune lecteur d'avoir déjà absorbé le Watchmen original, afin de saisir l'importance revêtue par chaque souvenir qu'explorera Jon Osterman dans son voyage intertemporel. Le fils d'horloger (notez la subtilité) aura même l'occasion de lever le voile sur son passé, lors d'un flashback en forme de petite déception, tant l'aspect binaire et manichéen est mis au service de la narration à cet instant précis. Au-delà de ça, c'est cette même utilisation dyadique de l'effet papillon qui amènera un énorme changement au cours de l'histoire, après avoir parcouru des strates bien plus proches de la réalité que de la fiction en termes de réflexion, comme si le rappel à la nature de comic-book aux frontières du mainstream était obligatoire.

Évidemment, cette simplification amène aussi l'une des grosses qualités du titre, celle de pouvoir faire comprendre des notions sophistiquées au lecteur le plus innocent, en quête de vérité sur l'un des personnages qu'il a tant aimé en BD, ou au cinéma sous la direction de Zack Snyder. Ainsi, la notion de choix/sacrifice est étonnamment ramenée à son statut le plus commun, sans quoi le récit aurait pu s'envoler vers les sommets tutoyés par son géniteur Britannique, il y a 25 ans maintenant.

Passé la pensée nietzschéenne, personnifiée par le personnage d'Ozymandias qui se résume en une citation du philosophe allemand ("Mon idéal du paradis est une ligne droite qui mène au but"), le récit offre une dernière réflexion opposant le (pouvoir) divin à la nature humaine, les deux étant incompatibles aux yeux de Straczynski.

Mais il n'y a pas que le scénariste qui officie sur ce numéro ! En effet, Adam Hughes n'est pas en reste et livre une performance solide, lui que l'on sait moins habile avec l'art séquentiel et le narratif qu'avec l'illustration pure et dure, où il fait partie des meilleurs. Bien guidé par un scénariste qui lui propose un script miroir à plusieurs reprises, le spécialiste des pin-ups avance à pas de loups mais avec un talent et un feeling old-school irremplaçable, à l'exception peut-être d'un quatrième chapitre plus inégal, mais où une trouvaille éditoriale fait toute la différence. Une trouvaille qui, d'ailleurs, énervera les pirates qui n'auront sûrement pas que ça à faire de retourner leur écran ou de modifier les paramètres de toutes les pages concernées.

Before Watchmen : Dr. Manhattan est sans aucun doute le plus réussi des spin-offs de ce que DC Comics imaginait comme une petite révolution éditoriale. Plombé en V.O par une sortie rythmée par les humeurs d'Adam Hughes, le titre prend ici tout son sens et offre une véritable réflexion philosophique, menée par un Straczynski au rôle de scénariste-professeur, toujours dans le bon tempo et qui invoque les bons concepts pour faire avancer son histoire dans le bon sens. Une réussite intemporelle, à mettre entre toutes les mains des amateurs de ceux qui aiment Watchmen pour ses véritables qualités.

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