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Critique

Black Science - Tome 1 : De Charybde en Scylla, la critique

Comics Le 02 fev
9
par Sullivan
Black Science - Tome 1 : De Charybde en Scylla, la critique

L’avis de Sullivan9

On a aimé • De l'imaginaire brut de décoffrage • Artistiquement au sommet • Un récit déjà haletant • 10€ seulement
On a moins aimé • Trop de gens passeront à côté pour de mauvaises raisons • Certains visages si on se veut tatillon

Alors que sa date de sortie officielle est arrêtée au Vendredi 13 Février, Urban Comics n'a pas trop tenté le destin et s'est assuré de le forcer de bien belle manière en présentant Black Science (publié en V.O chez Image Comics) en avant-première à Angoulême, dans le cadre du 42ème Festival International de la Bande Dessinée. Profitant de la présence de Matteo Scalera (dessinateur) et malgré l'annulation de la venue du génial Rick Remender (scénario) en terre charentaise, l'éditeur français de DC Comics a fait un bien beau cadeau à ses fan(atique)s, particulièrement ceux d'entre eux qui suivent assidûment son catalogue indépendant.

"Tout est bon dans l'oignon."

Écrit au scalpel et s'appuyant sur un déroulé aussi abrupt qu'efficace, Black Science nous présente les aventures de Grant McKay, leader et fondateur de la Ligue Anarchique Scientifique, au sein de l'infinivers. Dit comme ça, on peut imaginer un pitch parfait pour un comic-book alimentaire, tout juste bon à nous délivrer sa méta-lecture politico-sociale et à point pour un éditeur en mal de catalogue. Réjouissez-vous, c'est tout l'inverse. Black Science, c'est la symbiose entre un scénariste érudit et profondément punk, un dessinateur à l'imaginaire sans limite, une ode  à la fusion des genres et au respect de ceux-ci, à mi-chemin entre Science-Fiction des 70's et voyage interdimensionnel scientifié, une constante du genre depuis quelques années. Ajoutez à ça un rythme sans commune mesure, où même la mort devient un élément de déroulement d'une histoire folle qui s'applique à chaque instant à être compréhensible et vous obtenez un vrai récit de S-F que seuls les plus grands ont été capables de livrer, en Bande Dessinée.

Derrière ses allures de fuite en avant dramatico-haletante, Rick Remender réussit le tour de force de livrer un récit complexe mais diaboliquement simple à aborder. Le néophyte y trouvera un voyage rock'n roll entre les couches de la réalité, tandis que l'aficionado se délectera de la digestion qu'a pu avoir le scénariste de centaines de lectures et de visionnages Science-Fictionnels, lui qui parvient à respecter tous les codes du genre, tout en les amenant finement plus loin à chaque instant.

Comme à son habitude, le scénariste ne fait pas de concessions, et c'est un personnage ambigu qu'il choisit de mettre en scène. Aussi carrieriste qu'utopiste, Grant est un génie qui a consacré sa vie à changer l'avenir de l'humanité parce qu'il avait compris des choses que le commun des mortels ne cherchait même pas à ignorer dans le meilleur des cas. Son "héros" est clairement une transposition des addictions de Remender et de son point de vue fataliste sur ses congénères. Pourtant, malgré le fait qu'il trompe sa femme et son monde au quotidien, Grant "ment bien". Pour le bien de ceux qu'il aime, sans jamais (et c'est important) devenir l'archétype du vieil homme fatigué qui se sacrifie et qui se laisse détester pour mieux aimer. 

En plus de cet aspect pour le moins radical (sans parler des prises de position politiques corrosives et habituelles du scénariste auxquelles j'adhère sans mal), celui-ci nous prouve qu'il est loin de la maxime concernant la catharsis émotionnelle que représente la mort d'un personnage, puisqu'il ne laisse pas au lecteur le temps de se poser la question de la prépondérance de celle-ci, tant la fatalité semble au dessus de chaque personnage, à chaque instant.

Formidablement découpé, Black Science ne brille pas que par son scénario, et c'est une leçon d'alternance de style qu'offre son dessinateur, l'adorable fêtard Matteo Scalera. Entre couvertures fabuleuses, pleines pages en intro' de chapitre, double-pages fouillées, le tout mâtiné d'influences entre un fantasque duo Druillet / Chris Foss et John Romita Jr pour les visages et certains crayonnés caractéristiques lorsque la série baisse d'intensité, ce premier tome offre la parfaite recette d'un excellent titre de S-F. Et c'est sans parler de la symbiose qui lie le Parmesan et le Californien. 

Du côté de l'édition, on retiendra le travail impeccable d'Urban Comics une fois l'album en mains, entre une jolie préface de James Robinson, une galerie de bonus dense et une post-face qui offre une résonnance encore plus forte aux 6 chapitres que l'on revient de fermer, mais il faut aussi signaler les efforts développés autour de la sortie du titre, qui a bénéficié d'un fascicule gratuit lors de la Paris Comics Expo semblable à son format V.O, qui était une fois de plus distribué à l'achat du titre à Angoulême, pour le faire découvrir à un ami ou à sa famille. On tire notre chapeau, et on aimerait le faire encore plus souvent. Et puis franchement, si tout le monde pouvait commencer les Comics par un tel chef-d'oeuvre grâce à de telles opérations, la BD américaine n'en ressortirait que grandie.

Si vous êtes descendus directement à la conclusion de cette critique après avoir lu sa note et les + / - qui se trouvent au-dessus de ces quelques paragraphes, je ne peux que vous féliciter d'être si à l'aise avec votre scroll, mais je vous assure que Black Science ne se limite pas à 5 lignes et un chiffre. Ainsi, prenez le temps de lire les raisons qui font de cette merveille ce qu'elle est, ou allez l'acheter à sa sortie, en Librairie. Et si par contre vous venez déjà de prendre connaissance de tout ça, vous n'avez plus qu'à foncer chez votre revendeur indépendant préféré, pour lui réserver cette première claque de Février. 

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