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Curse, la critique

Comics Le 06 sept
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Curse, la critique

L’avis de Arno Kikoo8

On a aimé • La dimension humaine du récit • L'utilisation du loup-garou • Brutal et prenant • Visuellement détonnant
On a moins aimé • Une conclusion un peu confuse

En cette fin d'été le Label 619 propose une édition d'un titre venu tout droit de l'autre côté de l'Atlantique. Publié initialement chez Boom! Studios, Curse rentre parfaitement dans la ligne éditoriale du Label, et pourrait même s'apparenter à une version longue d'une histoire de Doggybags. Avec un peu de tendresse en plus.

Entre humains et bêtes

Dans Curse, il est question de loup-garou, mais l'histoire de Michael Moreci et Tim Daniel tient tout autant d'un drame bien humain, la bête n'étant pas le sujet principal, mais un prétexte pour le protagoniste principal. Laney Griffin n'a pas beaucoup de chance dans sa vie. Il a perdu sa femme lors d'une randonnée qui a très mal tourné, et son fils est atteint d'une leucémie qui entre dans sa phase terminale. Pour pouvoir payer un traitement à son gamin et lui donner sa chance de s'en sortir, il décide de partir à la chasse d'un mystérieux tueur qui sévit dans la région, laissant derrière lui des cadavres atrocement mutilés. Et l'irruption de ce loup-garou dans sa vie ne laissera personne, ni Laney, ni son entourage, indifférent.

Moreci et Daniel ne ré-inventent pas le mythe du loup garou et la créature qu'ils proposent est à cet égard hyper bestiale et violente, à la manière d'un Wolf Moon (paru il y a deux ans chez Vertigo, encore inédit en France). Mais plus que d'être le sujet de l'histoire, il sert de leitmotiv à Laney dans une quête très personelle, et qui fait ressortir de profonds sentiments humains. Des sentimens que les auteurs mettent en exergue au coeur des relations, souvent conflictuelles, qu'entretient le personnage avec le reste de son entourage. La seule tendresse, et les sentiments les plus touchants, interviennent lors des quelques échanges de Laney avec son fils, qui sont dépeints avec un certain naturel, sans tomber dans le pathos. Ce qui donne encore plus de poids à ces passages très durs du récit.

Déconseillé aux enfants 

Mais puisqu'il faut rester dans le fantastique, voire l'horreur, Moreci et Daniel n'oublient pas d'accorder un passé au loup-garou, qui se raccordera au final avec l'histoire personnelle de Laney. De la même façon, les auteurs utilisent la condition de la créature pour lui trouver une utilité à laquelle on ne s'attendrait pas dans ce récit, et qui lui met une sacrée dose de piment sur sa conclusion. Bien que ladite conclusion souffre de dernières pages un poil précipitée, signe qu'un cinquième numéro n'aurait pas été de trop pour cette mini-série. 

Mais il ne faut pas bouder son plaisir, car Curse profite également d'un très bon travail artistique. Colin Lorimer et Riley Rossmo s'accordent sur les planches, l'un s'occupant de la trame principale, l'autre des flash-backs et des scènes les plus violentes mettant en scène le loup-garou. A un trait précis et détaillé de Lorimer vient se mêler les esquisses plus brouillones et sales de Rossmo, qui donne bien plus d'emphase à la bestialité du loup-garou, lui apportant un côté organique très prononcé. Les âmes sensibles seront prévenues, car il n'y a rien de caché (ne montrez donc pas cette BD à vos enfants, donc). Le mélange des styles s'accorde parfaitement et de façon cohérente au fil de l'histoire, ajoutant une belle plus-value à un récit déjà solide et entraînant.

Curse sort donc des sentiers battus de la pure série B avec sa dimension humaine, l'exposition de quelques travers sociétaux, et ses personnages bien caractérisés. Un récit court et qui connaît aussi quelques bévues graphiques dans sa toute fin (l'action est un peu confuse mais vous expliquer en quoi serait spoiler), mais qui devrait réussir à convaincre les amateurs de sensations fortes aisément.

Jolie pioche que ce Curse pour le Label 619 qui trouve là bien belle chaussure à son pied. Brutal, sans concessions, mais bien plus qu'une simple série B, Curse prend à lui le mythe du loup-garou pour en servir d'argument à une histoire bien humaine, et richement illustrée. Si vous n'avez pas peur des poils et de l'hémoglobine à foison, il s'agit clairement d'une lecture pour vibrer avant d'aller vous coucher.

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