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Critique

Eternal Warrior : la Colère du Guerrier Éternel, la critique

Comics Le 04 jul 2017
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par AlexLeCoq
Eternal Warrior : la Colère du Guerrier Éternel, la critique

L’avis de AlexLeCoq7

On a aimé • Un concept simple et histoire efficace • Mélange de genres – et sanglant tout du long • Graphiquement très solide
On a moins aimé • Une première partie poussive • Venditti prend toujours son temps • Accessible • mais qu’à moitié ?

Note d'AlexLeCoq : cette critique a été rédigée par l'une de nos recrues du mercato de l'été dont l'identité sera bientôt révélée...

Lancé depuis maintenant deux bonnes années, le nouvel éditeur français Bliss Comics poursuit son travail sur les comics Valiant et propose de découvrir dans un tome complet l’intégralité de la série Wrath of the Eternal Warrior, seconde ongoing accordée au personnage – la première étant de Greg Pak, encore inédite en France - et qui fait suite directement à Book of Death, publié en avril dernier. Un premier récit véritablement solo pour Gilad Anni-Adda, après deux sagas partagées avec le reste de l’univers Valiant. Le Guerrier Eternel a-t-il les épaules assez solides pour soutenir sa propre aventure ?

Dans The Valiant et Book of Death, le personnage de Gilad, le Guerrier Eternel, servait de fil conducteur au travers de sa quête de protection des Géomanciens, la première fois contre l’Ennemi Immortel, la seconde contre Maître d’Arque. Je commencerai d’ailleurs tout de suite par préciser que si Eternal Warrior peut s’aborder en première lecture sans trop de difficultés, le récit étant auto-contenu avec un début et une fin (ouverte) clairement définis, la lecture sera malgré tout plus appréciable si on a pu découvrir le personnage auparavant. Que ce soit dans les deux sagas précédemment évoquées, ou bien par les autres apparitions du personnage qui ont eu lieu notamment dans X-O Manowar (intégrale, tome 1) ou Unity (FCBD 2017), entre autres. Cela étant dit, Robert Venditti profite du sort du personnage à la fin de Book of Death pour le présenter dans un cercle beaucoup plus intime. Une façon de se rendre compte de la personnalité qui se cache derrière le héros, l’homme derrière le guerrier.

C’est peut-être au départ de ce récit que les premiers – et seuls – problèmes se poseront. Car pour donner du background à Gilad, c’est par la case « famille » que Venditti passe et si l’intention est on ne peut plus compréhensible, il y aurait peut-être eu plus original à proposer afin que le lecteur puisse mieux s’y rattacher. On découvre donc où va Gilad une fois qu’il est mort, et le parcours du combattant (au sens littéral du terme) qu’il doit mener pour pouvoir ressusciter. La première partie de ce récit, qui propose une sorte de mix entre un paradis et un purgatoire pour le héros, a un peu du mal à décoller car on se retrouve dans des situations assez connues. Bien entendu, on sait que les héros Valiant ne sont pas forcément tous les plus originaux et que certains poncifs sont clairement utilisés ; d’autant plus que Venditti n’est pas non plus un auteur à miracles. On soufflera donc au début, et par après, de voir Gilad répéter en boucle le même genre de formules pour justifier ses actions. Mais le lecteur aurait tort de s’arrêter au premier arc narratif. Déjà, parce que malgré l’écriture en demi-teinte, on observe déjà une des grosses forces du bouquin : sa partie artistique (on y revient après) ; d’autre part, parce que la qualité va nettement s’améliorer par la suite.

Après l’introduction qui permet de replacer le Guerrier Eternel dans son contexte familial, Venditti va développer plus en profondeur l’histoire du personnage, son passé – qui s’étend quand même sur 6000 ans – et proposer un premier challenge assez original. Avec son prélude, le passage du « Labyrinthe » propose un récit assez simple, qui rappelle à la fois Un Jour Sans Fin, Cube, ou Dark Souls – selon vos affinités de références. Un mélange de genres qui tranche (sans jeu de mots) avec le reste de l’album et qui fait respirer l’ensemble. De façon générale l’auteur arrivera, jusqu’à la conclusion, à apporter quelques idées qui, sans faire preuve d’énorme originalité, arrivent malgré tout à attirer le lecteur, à poser de nouvelles pistes narratives, à donner une réelle substance à Gilad et son entourage - et à divertir, ce qui est sûrement le but premier de cette lecture, Eternal Warrior n’ayant pas, à priori, vocation à révolutionner son genre. On passe donc d’un point à un autre, avec des arcs qui s’enchaînent assez rapidement – c’est souvent le cas avec Venditti, qui ne raconte que peu de choses dans ses numéros. Attention, ça ne veut pas dire que c’est mal raconté ; mais on appréciera alors d’autant plus l’intention de Bliss Comics de nous proposer ce genre de tomes en « récit complet », tant la lecture en format plus court pourrait se révéler frustrante.

Eternal Warrior propose donc un récit simple et plutôt efficace, qui arrive à soulever quelques questions sur la place de son personnage et de ses motivations par rapport au reste de l’univers ; c’est notamment la question de son libre arbitre, par rapport à sa mission, qui est développée à plusieurs reprises. Ceux qui aimeront la Dark Fantasy, les monstres et le sanglant – auquel on avait été habitués avec The Valiant et Book of Death - seront d’ailleurs ravis de voir la continuation de cet univers développé autour du personnage, qui profite d’une représentation visuellement détonnante par les artistes qui entourent Venditti. Des artistes que vous aurez déjà aperçu si vous suivez les publications Bliss depuis le début. Chacun apporte ses qualités : le duo Raul Allen/Patrici Martin est le plus inventif, tant dans le découpage des planches que l’utilisation de l’encrage et des couleurs, qui permettent de faire varier les ambiances et sont proprement impeccables. Juan José Ryp apporte avec son trait hyper détaillé et viscéral un côté très brut – et très sanglant, d’ailleurs on vous a prévenu que ce livre n’est pas pour les enfants ? – qui pourrait presque mettre mal à l’aise. Et Robert Gill se trouve peut-être entre les deux, avec un dessin assez technique et détaillé, qui souffre à quelques reprises d’un manque de décors, mais qui reste là aussi dans le haut du panier de ce qu’on peut voir dans la bande-dessinée américaine. En somme, trois styles différents, mais qui servent chacun la cause de leur histoire avec honneur. Et constituent véritablement un argument pour la lecture du titre.

Eternal Warrior ne révolutionnera pas l’industrie des comics mais porte avec lui un ensemble de qualités. Robert Venditti propose une histoire complète plutôt simple, mais qui avance quelques bonnes idées (Le Labyrinthe), développe un personnage qui en avait besoin, et s’entoure d’un ensemble d’artistes dont le travail ne peut être qu’apprécié. Pas un indispensable, mais dans le genre du divertissement bien fichu et abordable (vu le nombre de pages, sans compter les nombreux bonus, comme toujours), Bliss Comics vous propose là une œuvre qui aurait tout mérite d’attirer votre curiosité.

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