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Critique

Fatale - Tome 3, la critique

Comics Le 06 juin 2014
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par Alfro
Fatale - Tome 3, la critique

L’avis de Alfro9

On a aimé • Une narration maîtrisée de bout en bout • Toujours aussi beau • Certains mystères se dissipent
On a moins aimé • Devoir attendre impatiemment la suite

Le duo composé d'Ed Brubaker et Sean Phillips nous a tellement ravi avec des œuvres comme Criminal ou Incognito, que la principale crainte avec Fatale était qu'ils ne parviennent pas à rester à ce niveau d'excellence. Jusque là, ils ont effacé nos peurs et font de leur série un nouveau chef-d'œuvre incontournable.

"Il sait qu'il ne peut pas affronter le lendemain."

Fatale est une série où Ed Brubaker a plongé ses obsessions littéraires, mais aussi ses envies d'expérimentations narratives. Ainsi, les deux premiers tomes naviguaient déjà allègrement entre les différentes lignes temporelles, celui-ci enfonce le clou et fait un grand bond dans le passé. Enfin, dans LES passés. Chaque épisode nous plonge dans une époque différente, de la Grande Dépression aux horreurs de la Seconde Guerre Mondiale en passant par la conquête de l'Ouest et même l'Inquisition dans un Languedoc moyen-âgeux. Des pièces disparates qui s'assemblent les unes aux autres pour nous donner une vue d'ensemble, et commencer à lever le voile sur les mystères qui entourent Joséphine. D'ailleurs, c'est elle que l'on retrouve en premier lieu alors qu'elle vient juste d'être maudite et qu'elle se rend au Texas pour rencontrer un écrivain qui lui apportera quelques réponses.

Un écrivain qui n'est pas sans nous rappeler H.P. Lovecraft, l'influence annoncée de Brubaker sur cette série (et sur l'ensemble de son œuvre). Dès son nom, Ravenscroft qui sonne comme celui du Reclus de Providencee, mais aussi dans son comportement asocial, qui ne souffre que la présence de sa mère, et dans les histoires d'horreurs qu'il écrit pour des magazines obscurs. Des histoires qui parlent de ce qui se cache dans l'invisible. Une de ces histoires va pousser Joséphine à aller chercher des réponses auprès de ce vieil homme qui a déjà vu le monde au-delà du monde. Le temps des révélations intervient, autant pour l'héroïne que pour le lecteur. Mais Brubaker sait maintenir l'épaisseur du mystère qui entoure son intrigue, avec habilité et une certaine ruse d'écrivain, il nous donne des réponses tout en rajoutant de nouvelles questions.

"Comme si le prisme du monde avait tourné..."

Cette première histoire consommée, le regard des deux auteurs se tourne encore plus loin, au 13ème siècle en France puis dans l'Ouest sauvage des États-Unis. À chaque fois, nous rencontrons une nouvelle incarnation de cette femme au pouvoir mystérieux que sera Joséphine, sans que ni elle ni nous ne sachions encore de quoi il en retourne vraiment. Ces épisodes indépendants et auto-contenus sont autant de pièce qui permet de remplir une mosaïque qui commence à prendre forme. Surtout qu'en plus de la femme, on commence à mieux saisir à quoi elle est confrontée. C'est surtout avec le dernier épisode, où l'on retrouve Jo, mais aussi Walt Booker, dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale, que l'on commence à définir les enjeux qui se jouent dans les profondeurs de ce monde invisible. Dans un déluge de symbolisme caché, Brubaker nous écrase de cette horreur chère à Lovecraft, celle qui nous dit que malgré toute notre volonté, nous ne sommes rien aux yeux du monde. Du bétail pour des créatures d'un autre temps.

Pendant ce temps-là, Sean Phillips, bien aidé par les couleurs de Dave Stewart, se permet de nous en mettre plein la vue. Surtout qu'ici il doit voyager dans plusieurs univers diamétralement opposés. Les forêts françaises ou les déserts arides, les temples occultes ou les bars crasseux du Sud américain profond, rien n'échappe à son crayon qui restitue tout avec justesse. Toujours pourtant une constante reste, celle des ténèbres qui attendent, tapies dans cet encrage lourd, surgissant comme si elles avaient été toujours là.  Phillips distille l'effroi avec parcimonie et intelligence et met en images les cauchemars qui semblent s'agiter derrière nos paupières lorsque nous fermons les yeux.

Ce volume marque comme une respiration dans l'intrigue de Fatale. Un retour dans le passé salutaire pour nous permettre de saisir les tenants et aboutissants des mystères qui entourent Joséphine. Une pause qui dans l'intrigue principale qui nous promet un retour dès le tome suivant des horreurs les plus innommables.

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