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Génération Zéro : le pouvoir de l'adolescence

Comics Le 15 jan 2018
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Génération Zéro : le pouvoir de l'adolescence

L’avis de Arno Kikoo8

On a aimé • Un récit riche en thématiques • Allie sérieux et humour • Les personnages diversifiés • Une proposition artistique entraînante
On a moins aimé • Le final un peu vite expédié • Quelques répétitions

Le prisme du super-héroïque n'est en vérité qu'un prétexte pour parler d'autre chose. Aujourd'hui, il s'agira d'adolescence. De notre regard de jeune adulte, on a tous un ressenti particulier sur cette période Ô combien ingrate et conflictuelle, où les valeurs et idéaux se montrent limités par la réalité du monde, malgré une envie de tout changer qui ne nous quitte jamais. Ou bien si, et c'est ce qui rend le fait de vieillir affreux. Mais dans Génération Zéro, on nous emmène dans un récit complet où la présence de pouvoirs permettra à chacun de se dépasser et d'aider les autres, avec une dose de fun artistique particulièrement bienvenue. 

Pour contextualiser Génération Zéro, il faut savoir que le groupe qui se fait appeler comme ça regroupe de jeunes psiotiques, ces êtres aux capacités surnaturelles de l'univers Valiant que les lecteurs auront pu découvrir tour à tour dans HarbingerFaith ou l'excellent Imperium. Le groupe Génération Zéro était de fait déjà apparu dans l'un de ces titres, et également chez X-O Manowar. Point d'inquiétude à avoir malgré tout, ce récit se lit sans avoir besoin de pré-requis particulier, ce qui en fait déjà un bon point pour qui aurait envie d'aborder une partie des publications de Bliss Comics sans aller plus loin par après.

L'histoire, à présent : le groupe nération Zéro entretient une sorte de légende urbaine, dans laquelle elle vient en aide aux adolescents en difficultés. Nombreuses sont les demandes à leur encontre, que ce soit pour cause d'une situation familiale compliquée, de difficultés scolaires, ou tout autre problème lié à cette partie de la vie qu'est l'adolescence. Keisha Sherman est une ado tout à fait normale, en grosse phase de rébellion contre son père (qui est flic, histoire de marquer la figure d'autorité). Son petit ami est décédé dans des circonstances plus que mystérieuses, ce dernier étant en train d'élucider une étrange machination frappant toute sa ville. Car à Rook, ville moderne et curieusement bien plus avancée que le reste de la société américaine, les choses ne sont visiblement pas ce qu'elles semblent être.

Fred Van Lente, scénariste de l'excellente série Archer & Armstrong livre avec nération Zéro une histoire plus sérieuse, bien qu'elle ne soit pas dénuée de quelques touches d'humour dont l'auteur a la maîtrise. Sous couvert d'une histoire qui voit super-héroïsme (quelque peu détourné) et mystère se mêler, Van Lente puise certainement dans ses souvenirs d'ado pour nous parler de conflit générationnel (qui rappellera à certains moments Runaways), de la naïveté des idéaux, et confronte l'envie de faire bouger les choses à un individualisme délétère. Beaucoup d'émotions se mêlent tour à tour, alors que par la voix de Keisha, on entend aussi un discours sur l'acceptation de sa normalité, et de ce que chacun peut accomplir en l'absence de pouvoirs. C'est d'ailleurs un bon choix de personnage puisqu'il permet de se rapprocher au mieux des lecteurs. 

Génération Zéro regorge de plus de personnages non seulement intéressants, mais aux concepts aussi farfelus. Comment ne pas mentionner Gamète le super-foetus, personnage au concept aussi fascinant que glauque, ou les jumeaux Zygos dont le détachement continu est source d'un humour décalé très prenant. Visuellement aussi, l'illustration des pouvoirs d'Animalia (qui peut prendre la forme de personnages d'animation) est toujours jouissive à voir. Le titre, au terme de neuf numéros, assemble une certaine quantité de bonnes idées, tout en jouant (et parfois, se moquant) des codes du super-héroïsme, pour un final assez ouvert - avec, seule, une conclusion amorcée de façon un peu abrupte. Mais on lui pardonne aisément la chose pour quelques Anglistes disséminés ici et là (ceux qui auront lu comprendront).

Graphiquement parlant, Génération Zéro n'est pas en reste en bénéficiant des soins de Francis Portela et Diego Bernard, principalement. Le trait de Portela est reconnaissable d'emblée, notamment pour le trait arrondi et la façon dont il dessine les visages de ses personnages, dans un genre mainstream qui a une petite touche parfaite pour les instants bizarres et des représentations qui visent parfois à l'horrifique. Et c'est sur ce genre de détails que la force d'un récit se construit également, les planches donnant parfois simplement la façon dont certains personnages voient le monde - et ça a toute son importance dans le récit. Bernard est lui dans un style plus conventionnel, mais qui réussit également à convaincre.

Le titre use aussi, et c'est là une de ses forces, d'un changement de direction artistique motivé par les concepts et le déroulé de son histoire. Sans en dire trop, les héros se retrouvent à un moment dans une autre dimension, avec une rupture de ton dans le dessin qui apporte une certaine originalité, et dans le visuel, et dans ce que ça raconte. 

En définitive, Génération Zéro est un récit parsemé d'une multitude de bonnes idées. Les personnages, variés et attachants, nous emmènent dans un récit complet et auto-suffisant (et d'une longueur parfaite pour ce genre d'initiative) qui a beaucoup de choses à dire sur l'adolescence et ses tourments, tout en mêlant sérieux et humour. Une bien bonne façon de découvrir une partie de l'univers Valiant. Et de démarrer l'année avec un message positif !

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