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Critique

Harbinger Renegade Tome 1 : idéologie des pouvoirs, pouvoir de l'idéologie

Comics Le 13 mars
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Harbinger Renegade Tome 1 : idéologie des pouvoirs, pouvoir de l'idéologie

L’avis de Arno Kikoo7

On a aimé • Dans la continuité du travail de Dysart... • Salomon comme troisième parti • Les séquences hallucinées avec Stanchek
On a moins aimé • ... mais pas au même niveau • Quelques longueurs • Graphiquement inégal

Il y aura eu Harbinger, puis Imperium. L'affrontement idéologie entre les psiotiques de l'univers Valiant, ces êtres aux capacités incroyables, est loin d'être fini. On a pu suivre l'ascension et la déchéance de Toyo Harada, psiotique ultra-puissant profitant de sa stature internationale pour imposer son ordre mondial. On aura vu Peter Stanchek, sûrement le psiotique le plus important de l'univers de par ses capacités, sortir de sa dépression auto-destructrice et tenter d'affronter les ambitions liberticides d'Harada. A la fin de ce conflit d'envergure, magistralement orchestré par Joshua Dysart, on laissait le monde en doute sur la situation de ces deux personnages, et tout un tas de psiotiques livrés à eux-mêmes, leurs données ayant été communiquées au reste du monde. Que faire de ces êtres au potentiel incroyable et dangereux à la fois ? Qui pour reprendre leur leadership ? Et pour quel avenir ? Les prémisses d'un nouvel affrontement se mettent en place dans le premier tome d'Harbinger Renegade, sorti chez Bliss Comics.

On ne s'en cache pas, si vous avez adhéré au propos d'Harbinger et d'Imperium, il y a de grandes chances que le récit sache vous entraîner. Rafa Roberts reprend des thématiques déjà connues et réussit à apporter un peu de sang neuf avec l'ajout d'un troisième parti dans ce jeu de pouvoirs, mené par Alexander Salomon. Autrefois bras droit de Toyo Harada, ce dernier sort du jeu par un extrémisme encore plus poussé que son mentor. Aux idéaux totalitaires d'Harada et à la fougue de Stanchek vient donc s'ajouter une nouvelle dimension, qui flirte avec l'endoctrinement quasi-religieux, un  jusqu'auboutisme anarchique, et des relents de terrorisme qui montrent que le concept Harbinger reste toujours aussi pertinent comme reflet de notre société, et par la façon dont les personnes catégorisées comme "différentes" (quel que soit le contexte) sont traitées.

Il y a d'un côté cet esprit de repli sur soi qui entraîne une violence de plus en plus importante, et de l'autre une équipe qui a échoué à "faire le bien" et qui compte sur sa figure de sauveur pour se rattraper. Mais ce qui est bien du côté de Valiant, c'est qu'on reste dans une certaine nuance de caractères, et bien mal en prendra à celui qui oserait mettre toute sa confiance en un personnage comme Peter Stanchek.

Cela étant dit, Roberts part d'un premier matériel de base de qualité, mais se contente d'en faire une continuité directe, sans trop redéfinir le matériel. Et si l'on apprécie de voir l'avènement d'une nouvelle "Harbinger Wars" se mettre en place, celui qui cherchera la vraie nouveauté pourra rester sur sa faim. Si l'intro résume assez bien les évènements passés, le récit est là pour les lecteurs fidèles, au contraire d'un Generation Zero qui se suffisait à lui-même. Mais le récit comporte suffisamment de moments choc et de scènes stylisées (l'exil de Stanchek), il y a clairement de quoi faire. Et comme toujours, les thématiques traitées sont un matériel à creuser. On regrettera une écriture des personnages moins réussie que sous Dysart (la comparaison ne pouvant pas ne pas se faire), ainsi que quelques longueurs, mais dans l'ensemble, l'histoire est vraiment satisfaisante.

 

C'est au niveau des dessins que le constat est un peu plus bâtard. Les prologues réalisés par Juan José Ryp qu'on retrouvait tout récemment sur le bien bon Britannia sont agréables, la patte du dessinateur se reconnaisant aisément. Mais difficile de dire ce qu'il s'est passé pour le reste des numéros, assuré par Darick Robertson et RIchard Clark. On pourra se demander quelle a été la part de chacun, tant le style de Robertson s'efface sur des dessins qui manquent de finitions, avec des personnages parfois méconnaissables (bon dieu, Faith), et un manque d'attrait graphique qui se généralise vite. Rien qui ne rebute la lecture pour autant, mais il faut avouer que l'univers Harbinger a été bien mieux servi... Bien que dans la première série, certains passages étaient aussi compliqués graphiquement. 

Destiné avant tout à ceux qui suivent l'aventure Harbinger depuis ses débuts, ce premier tome consacré au retour des Rénégats - et à l'apparition d'un troisième parti dans la lutte de pouvoir entre Harada et Stanchek est intéressant pour ce qu'il apporte à la continuité de l'univers Valiant. Il y a des moments forts et une belle suite amorcée du travail de Dysart, bien que le tout soit, forcément, en dessous de ce que le précédent auteur avait fourni. On espère en revanche que la partie graphique, parfois bien vilaine, saura s'améliorer sur le second et dernier tome, pour lequel nous serons évidemment au rendez-vous.

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