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Insexts Tome 1 : entre horreur et sensualité

Comics Le 27 mars
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Insexts Tome 1 : entre horreur et sensualité

L’avis de Arno Kikoo7

On a aimé • Un mélange des genres osé • L'engagement de la scénariste • Un dessin sensuel...
On a moins aimé • Le message au détriment de l'histoire • Âmes sensibles s'abstenir • ... mais pas toujours régulier

Dans l'historique du jeune éditeur indépendant AfterShock Comics, le titre Insexts fut l'un des premiers à être publié (le second, pour être précis). Aux commandes de ce récit d'horreur érotique engagé, on retrouve Marguerite Bennett, que les lecteurs de Snorgleux Comics auront déjà pu lire sur le très bon Animosity. Le projet ici est plus edgy, pour un public plus averti, avec un message fort de la part de son autrice... mais le message peut-il suffire au détriment de l'histoire ? Regardons cela de plus près.

Dans l'Angleterre victorienne, Marguerite Bennett nous présente ses héroïnes : Lady Lalita Bertram et sa servante Mariah. La première est coincée dans un mariage par intérêt et vit une relation amoureuse - interdite - avec la seconde, et toutes deux rêvent de s'émanciper dans une société où le rôle des femmes est encadré et limité. C'est alors que les deux femmes vont, au cours d'une nuit d'amour, prendre possession d'un pouvoir qui va les transformer littéralement, et les emmener dans un univers où le combat des sexes prend une dimension physique importante, et fantastique. En effet, et le titre en est déjà une indication, les héroïnes vont subir une métamorphose littérale. A mesure qu'elles défient l'establishment et ceux qui veulent les empêcher de vivre leur idylle et de fonder leur petite famille, leurs capacités vont devenir de plus en plus importantes. Ainsi que leur colère. On vous prévient : ça va saigner.

Difficile de ne pas voir le message féministe engagé de Marguerite Bennett tout au long de la lecture. Au delà du côté fantastique/horreur, l'autrice adresse de véritables questions qui, malgré le contexte "d'époque" d'Insexts, ont toute leur place à l'heure actuelle. Le propos de départ est simple, avec deux femmes qui s'aiment, et veulent élever un enfant elles mêmes. Le sexisme sociétal est abordé à de multiples reprises, avec des personnages masculins qui essaient de contrôler toute action de Lalita ou Bertram, qui tentent d'abuser de leur position pour obtenir ce qu'ils veulent. Mais Bennett va encore plus loin en abordant la mysogine frontalement, cette haine des femmes véhiculée par les femmes elle-même, qui trouve une parfaite illustration dans le personnage de Sylvia, odieuse belle-soeur de Lalita, puis de la Hag

Tout en développant sa propre mythologie à base de créatures monstrueuses, conduites sous différents ordres - femmes-insectes, cynocéphales, Hag - qui puisent dans les contes et légendes anglo-saxonnes, Bennett arrive donc à saisir un grand nombre de causes importantes. Mais à force d'appuyer son message, elle perd un peu le fil de son histoire. Entre les manigances de Sylvia et de Lalita, on nous parle d'un tueur qui fait référence à Jack  l'éventreur (sans le nommer), avant de tourner en une guerre ouverte entre créatures. Sans véritable fausse note, le tout devient légèrement brouillon, avec un enchaînement parfois rapide, qui peut nuire à la fluidité du récit. On se rend surtout compte in fine que l'histoire n'est pas bien passionnante, et votre appréciation dépendra alors surtout de votre sensibilité au message.

Les planches d'Ariela Kristantina, profitent très bien du grand format des publications de Snorgleux Comics -un point qualitatif important à rappeler. Le trait de l'artiste est dans l'ensemble correct tout au long de la lecture, le dessin retranscrivant parfaitement l'ambiance victorienne du récit, à la fois dans les décors et dans les costumes des personnages. On sent qu'il y a eu un travail de recherche. Pour l'aspect  horrifique et fantastique, vous serez là aussi servis. AfterShock oblige, les dessins ne font aucune retenue graphique. Les transformations des corps sont impressionnantes (dans un body horror à la Cronenberg), la violence est crue, et les scènes de sexe (assez nombreuses) ne se cachent pas. Si l'on peut leur trouver un côté facile par moments, c'est une célébration du corps féminin que l'on retrouve dans ces passages. Et dans certaines métamorphoses aussi, le message engagé transparaît et il sera difficile de ne pas y être sensible. Notons en outre le travail de Bryan Valenza aux couleurs, tout en nuances et en profondeur, qui parfait un dessin qui, malgré tout, aurait gagné à être plus régulier à quelques reprises.

On reconnaît chez Insexts des thématiques fortes et des messages qu'on a déjà retrouvé chez Marguerite Bennett. Engagé, Insexts pâtit un peu dans son récit de ce propos, l'histoire n'arrivant pas à être plus originale que ça, malgré un pitch prometteur. Les dessins manquent parfois de régularité, mais l'ambiance du titre profite grandement du format des ouvrages Snorgleux. Et si vous êtes à la recherche d'un mélange de tons assez peu représenté dans les comics indé, alors Insexts pourrait bien vous plaire. On retiendra aussi que si le discours de Bennett manque parfois de subtilité, il est important et assez rare dans la production pour que cet ouvrage en devienne important dans ce qu'il représente. Insexts est à retrouver chez Snorgleux.

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