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Jimmy's Bastards Tome 1 : un James Bond trash et délirant

Comics Le 09 juin
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Jimmy's Bastards Tome 1 : un James Bond trash et délirant

L’avis de Arno Kikoo8

On a aimé • Garth Ennis toujours aussi irrévérencieux • La traduction d'Alex Nikolavitch • le grand format pour apprécier le dessin
On a moins aimé • Une vulgarité pas toujours nécessaire

Depuis son arrivée sur le marché français, l'éditeur indépendant Snorgleux Comics nous aura proposé quelques titres très sympathiques, avec un côté sérieux toujours assez appuyé, qu'il s'agisse du registre du thriller (American Monster), de l'horreur (InseXtsB.E.K.) ou du récit d'anticipation (Animosity). Cette fois-ci avec Jimmy's Bastards, on n'abandonne pas le côté brut, mais il est servi dans un mélange d'action et d'humour - surtout d'humour - détonnant. 

Jimmy Regent est un agent des services secrets britanniques, tel que James Bond rêverait de l'être s'il ne se destinait pas à un public familial. Beau parleur, habile de la gachette et n'hésitant pas à user de son permis de tuer à outrance, et séducteur comme pas possible. Une version caricaturale de l'agent 007 qu'Ennis utilise pour jouer avec les codes du récit d'espionnage grand public tout en se foutant ouvertement de la gueule de notre société moderne.

Au travers d'un humour au vitriol, que ce soit dans les situations les plus délirantes ou par des répliques cinglantes, le scénariste envoie péter tout ce qui fait notre quotidien : politiques, terrorisme, revendications sociétales et patriarchat : tout le monde en prend pour son grade, l'auteur allant à faire de l'expression gender fluid (un terme pour désigner le refus de se limiter au seul genre masculin ou féminin) un élément de scénario principal, et envoyer valdinguer tous les codes du bon goût. 

Cet esprit trash pourra en déconcerter certains, en vérité surtout ceux qui ne sont pas habitués à l'auteur, qui reste dans un style qu'on lui reconnaît beaucoup. Dans les faits, cet humour (très) noir, aussi servi par une violence exubérante et cartoonesque (on peut remercier Russ Braun, collaborateur de longue date d'Ennis, qui s'en donne à coeur joie), permet à Jimmy's Bastards de remplir son rôle de défouloir sans verser dans le trash le plus gratuit - encore que sur cette notion, certains passages seront à discuter.

Mais le but est ici de s'amuser. Le super-espion Jimmy doit faire avec une nouvelle partenaire, Nancy, insensible à ses charmes - ce qui donne aussi à Ennis une voix pour critiquer ce genre de héros somme toute assez odieux si on le contemple avec un minimum de recul, et que l'on retrouve par trop souvent dans de nombreuses oeuvres populaires ; ensemble, ils ont donc à découvrir ce qu'est ce mystérieux "gender fluide", alors qu'un autre évènement, loin d'être heureux, attend le super-espion. Le cocktail d'intrigues se marie très bien, alternant les dialogues percutants à l'action péchue, jusqu'à un gros bordel en fin de tome assez jouissif. Profitons-en d'ailleurs pour féliciter le travail de traduction d'Alex Nikolavitch qui a su se faire plaisir avec un langage fleuri et des expressions tordantes on ne peut plus d'actualité.

Soulignons aussi le plaisir qu'on a à chaque fois de retrouver les albums de Snorgleux dans ce format plus grand que la moyenne, qui permet de profiter des dessins de l'artiste. Ici Russ Braun est très efficace avec un style plus "propre" que sur ses précédents collaborations avec Ennis (The Boys ou Six-Pack en tête), une mise en page assez aérée et un découpage à la fois classique, mais pensé avec une certaine efficacité. On reconnaît dans certains personnages des archétypes assez propres à la mythologie Ennis (le fils de Mr. X, qui devrait parler aux lecteurs de Preacher), et on reconnaîtra malgré tout que certains passages très graphiques confirment s'il en était besoin que cette lecture se réservera à un public averti.

Si vous n'avez pas peur du cocktail trash/humour noir que réserve Garth Ennis avec cette parodie de James Bond sous acide, alors Jimmy's Bastards vous fera passer un bon moment. En déconstruisant cette figure du héros mysogine véhiculée sans problème depuis des décennies par le cinéma, Garth Ennis livre une histoire drôle, qui tape à peu près sur tout ce qui fait le sel de notre société, en compagnie d'un Russ Braun en très belle forme, pour peu que la violence très graphique ne vous effraie pas également. Snorgleux confirme encore une fois sa pertinence d'éditeur en nous ramenant les belles trouvailles d'Aftershock jusqu'à chez nous. 

Pour les intéressés, Jimmy's Bastards Tome 1 peut-être commandé à ce lien.

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