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Critique

Paper Girls - Tome 1, la critique

Comics Le 13 oct
4
par Sullivan
Paper Girls - Tome 1, la critique

L’avis de Sullivan8

On a aimé • Cliff Chiang au pic de sa carrière • Brian K Vaughan hyper malin avec la nostalgie • Un récit aussi efficace que progressiste
On a moins aimé • La hype était malheureusement trop forte • Pas (encore) la révolution artistique que l'on annonce

Si la nostalgie est plus que jamais le fond de commerce de la culture pop qui pioche dans le passé pour mieux éviter de se renouveler, les Comics n'échappent pas à la règle et c'est dans des années 80 que Stranger Things a su ramener au grand public que l'on trouve souvent l'inspiration d'auteurs qui en profitent pour retourner par-là même à leurs douces adolescences. On peut par exemple citer l'excellent Plutona de Jeff Lemire, mais aussi et surtout Paper Girls, phénomène de l'édition VO en 2016 et vainqueur de l'Eisner Award de la "meilleure nouvelle série", consécration suprême pour un comic-book, rien que ça.

Et si l'on reviendra plus tard sur le titre mérité de "meilleur dessinateur" de Cliff Chiang pour son travail sur cette nouvelle série parue chez Image Comics dans son format original, arrêtons-nous d'abord sur son illustre scénariste, Brian K. Vaughan. Ce n'est pas un secret, l'auteur est ce qui se fait de mieux en matière de régularité et de qualité depuis plus de dix ans, et ni SAGA ni ses nombreux projets numériques avec PanelSyndicate ne semblent épancher sa soif de création. 

Ainsi, celui dont vous trouverez également le très personnel The Escapists chez votre libraire préféré ces jours-ci (on reviendra sur cet album pas plus tard que demain) et qui sera en tournée française toute la semaine prochaine nous emmène une fois de plus à Cleveland, haut-lieu de son imaginaire pour une simple et bonne raison : il y est né et il y a passé la majeure partie de sa vie. Cette fois, contrairement à The Escapists (titre quasi-autobiographique paru chez Dark Horse dans les années 2000), l'auteur quitte le centre-ville le plus typique de l'Ohio pour les suburbs, ces banlieues destinées à la classe moyenne où son propre imaginaire a pu se développer dans les années 80. C'est à cette période que nous découvrons nos héroïnes pour une aventure qui sent bon le fantastique et l'hommage à Amblin, à ceci près que l'auteur ne se repose jamais sur des références faciles pour mieux éviter d'inventer, et qu'il ne va faire de ce contexte que la fabuleuse ambiance d'un titre ô combien féministe, porté par un groupe de jeune filles hautes en couleurs, plus vrai que nature et porteur d'un message qui va bien plus loin que leur jeune âge.

Toujours politisé et malin, il en profite également pour souligner l'importance majeure de ces "'petits riens" qui forment les enfants et les ados, comme lorsque notre personnage principal, livreuse de journaux, fait la connaissance de la "première fille livreuse de journaux" à Cleveland, rebelle et capable de tenir aux groupes d'idiots garçons de surcroît, dont l'aura semble alors décuplée aux yeux de la jeune Erin. Si les plus inattentifs n'y verront qu'un dialogue parfaitement ancré dans son époque, ceux qui connaissent l'auteur savent qu'il expose une fois plus, en une phrase seulement, un grand nombre d'idées inhérentes à la richesse de son écriture depuis de nombreuses années maintenant. 

Pourtant, dès le second numéro qui fait suite à un cliffhanger qui nous avait laissé sur notre fondement lors de la sortie du premier numéro en V.O, Vaughan semble autant développer un univers particulièrement bizarre qu'une route toute tracée pour son groupe d'héroïnes qui vous rappelera la plus belle époque de vos soirées VHS. Fort heureusement, en bon génie du medium, il parvient à maintenir notre intérêt par des méthodes déjà vues mais toujours aussi efficaces, sans toutefois convaincre du génie total que l'on a peut-être attribué trop tôt à Paper Girls. Oui, le titre est progressiste, intelligent, nostalgique, féministe et au dessus de la masse artistiquement parlant, mais il est pour l'instant impossible d'en faire un chef d'oeuvre immanquable, particulièrement suite à un cliffhanger de fin d'album que l'on voit venir à des kilomètres. Rien d'alarmant évidemment, mais il n'est pas impossible que vous restiez sur votre faim et dans l'attente d'un second tome qui pourrait confirmer ou totalement infirmer cette impression d'un petit manque à la lecture de ce Tome 1.*

* la bonne nouvelle là-dedans étant qu'Urban Comics poursuit sa politique des premiers tomes issus du catalogue Image Comics en vous proposant Paper Girls - Tome 1 à 10€ seulement. 

Si le génie de SAGA est partagé avec une Fiona Staples qui a su donner vie à un univers tout entier, oscillant entre le mignon, le dramatique, les scènes de ménage et les grands espaces, Cliff Chiang est loin d'être en reste dans son rôle d'accompagnateur du génie de Brian K. Vaughan. Meilleur encore que lors de son excellent run de Wonder Woman aux côtés de Brian Azzarello, l'ex éditeur de DC Comics brille par sa ligne claire et sa parfaite compréhension des thèmes développés par son scénariste. En témoigne par exemple une succession de pages qui vous forcera à tourner votre album sur le côté pour mieux la savourer, affirmant à la fois l'abnégation d'un artiste à la précision redoutable qui brille pourtant par sa sensibilité sans bornes.

A l'instar de sa collègue sur SAGA en revanche, le tout possède parfois un rendu trop numérique, que les sublimes couleurs de Matt Wilson viennent toutefois même contraster, lui qui a plus que ses deux compères encore, compris quelle était l'ambiance typiques des 80's au cinéma. 

Annoncé peut-être trop tôt comme "la plus grande révélation 2016", Paper Girls est pour l'instant un excellent titre, que l'on vous recommande évidemment chaudement. Il faut bien dire qu'avec un tel pedigree et deux auteurs aussi brillant à sa tête, ce premier tome proposé par Urban Comics ne pouvait pas décevoir, à l'image des carrières quasi-parfaites de ses deux parents. Pourtant, il faudra attendre un second tome qui pointera le bout de son nez l'année prochaine pour s'assurer du génie supposé d'une série qui a au moins le mérite de proposer autre chose en matière de nostalgie, n'oubliant une fois de plus pas la dose de progressisme et de matière grise inhérente à tous les écrits d'un Brian K. Vaughan qui s'impose doucement mais sûrement comme le meilleur auteur de l'industrie depuis quelques années. Et la bonne nouvelle dans tout ça, c'est qu'il traversera la France avec Fiona Staples et Cliff Chiang la semaine prochaine, l'occasion pour vous de rencontrer une légende en devenir de l'histoire des Comics, rien que ça.

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