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Seven to Eternity, la critique

Comics Le 18 nov
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Seven to Eternity, la critique

L’avis de Arno Kikoo9

On a aimé • Un univers d'une très grande richesse • Le propos au delà de l'intrigue • Les dessins incroyables de Jerome Opena • La colorisation qui sublime le tout
On a moins aimé • Un peu difficile d'accès

Scénariste prolifique autant dans le mainstream que dans l'indé, c'est surtout dans cette seconde catégorie que le nom de Rick Remender résonne ces dernières années dans les publications françaises. Notamment grâce à Urban Comics qui a édité tous les titres qu'il a lancés récemment chez Image Comics. Après Black ScienceDeadly Class, et Tokyo Ghost, c'est donc avec curiosité, et quelques attentes que nous retrouvons le scénariste, accompagné de l'illustre Jerome Opeña avec qui il avait déjà collaboré sur Fear Agent (publié chez Akileos).

Un monde de dark fantasy dense et pas si simple d'accès

Bienvenue sur Zahl Rick Remender nous emmène dans une contrée imaginaire qui transpire les meilleures fragrances de dark fantasy. Dans un langage inventif et qu'il faut apprivoiser, l'auteur nous emmène dans un monde aux créations multiples, où un être mal intentionné est devenu surpuissant. Cet être, qui donne d'ailleurs son titre à ce premier tome, est Le Maître des Murmures. Et pour assouvir son règne, il n'a pas employé la force brute. Mais celle bien plus perverse, et plus puissante, des idées sournoises qui s'introduisent dans la tête de chacun, et développent les pires émotions dont chacun est capable : paranoïa, méfiance, animosité, et surtout, l'illusion que le Maître est seul capable de fournir à chacun ce qu'il veut vraiment.

A tout être, il a donc fait une proposition, qu'aucun ne pourrait vraisemblablement refuser. Seul un clan a su lui résister, celui des Osidis. En retour, le Maître a manipulé tous les peuples de Zahl pour salir leur  honneur et les contraindre à vivre isolés, reclus de tous. Mais lorsque le paternal de cette famille meurt, son fils, Adam, se sent poussé à commettre l'impossible : se compromettre pour tenter de sauver sa famille...

Difficile de vous faire un résumé plus concis de Seven to Eternity sans trop en dévoiler, et surtout sans se perdre car l'univers imaginé par Remender est riche, très riche. Et lorsqu'il écrit en post-face qu'il a passé des années à le créer, on le croira sans problèmes. Entre les peuples représentés, leurs capacités, le bestiaire qui surprend à chaque page, allant d'être humanoïdes à des créatures monstrueuses aux proportions célestes, on reste bouche bée à de nombreuses reprises. L'univers de Zahl a quelque chose d'insensé, une touche de créativité qu'on ne voit que trop rarement dans le paysage des comics. Mais s'il séduit déjà par son univers, c'est aussi  et surtout par ses thématiques que le titre de Remender est d'une grande force.

Parce qu'on nous parle d'idéaux moraux, de la notion que chacun pourrait être prêt à se compromettre pour ce qu'il croit être un besoin, celle qu'on peut diriger les masses en s'immiscant (ici, littéralement) en eux, en contrôlant les masses par la manipulation. Ainsi, le combat que veut livrer Adam Osidis - et qu'il va livrer d'ailleurs bien malgré lui sur certains fronts - est autant moral que physique. Et dans cet univers de dark fantasy, de voir une notion discutée de la sorte, et mise au service de l'histoire, permet de délivrer un message très fort.

Néanmoins, il faudra y mettre un peu du sien pour pouvoir le découvrir. Le récit de Remender est en effet très dense, l'auteur profitant au maximum du  nombre de pages pour développer à la fois ses idées, son histoire, et son univers. Une légère perte d'attention peut très bien vous prendre au fil d'une page. Et mine de rien, l'introduction en prose des chapitres, si elle a le mérite de pouvoir poser rapidement quelque chose qui prendrait trop de place en termes de planches, pourrait rebuter les moins courageux. Mais, amis lecteurs, le jeu en vaut largement la chandelle.

Une incroyable claque visuelle

Si d'habitude dans mes critiques je n'arrive pas à consacrer énormément de place sur la partie artistique d'une oeuvre dessinée, il est impossible de ne pas s'arrêter sur le travail de Jérome Opeña, splendide à tout point de vue. Sur la technique, l'artiste propose un trait précis et détaillé, en s'appliquant autant dans les grandes fresques d'action, les double-pages à la portée quasi contemplative, et les passages plus calmes ou plus intimistes.

Mais surtout, Opeña propose un univers au charme indéniable, avec un chara-design à la fois charismatique, débordant de créativité, et majestueux. Il serait difficile de catégoriser les influences visuelles de l'artiste (et clairement, c'est une question à lui poser) - bien qu'à titre personnel, je retrouve des airs de certaines créatures tirées des productions vidéoludiques de From Software - mais certaines créatures sont proprement estomaquantes. Par leur gigantisme, leur apparence, et la façon dont Opeña les dessine, c'est simplement... bluffant. Pont-Levis ou le Joueur de flûte risquent bien de rester imprimés dans vos rétines quelques temps.

Mais si le trait d'Opeña vaut le détour à lui seul (et Urban l'a bien compris puiqu'une édition collector en noir et blanc est proposée), il serait criminel de ne pas encenser là aussi le travail de Matt Hollingsworth, coloriste dont la réputation n'est plus à refaire pour qui lit des comics régulièrement. Sa palette de couleurs semble infinie et s'accorde parfaitement aux dessins pour proposer un univers vivant, qui respire à la fois dans des teintes de fantasy tout en lorgnant curieusement dans des vibes de science-fiction, donnant un aspect stellaire à certaines scènes. Le travail semble minutieux, les planches profitant de nuances de tons très nombreuses, le tout confirmant le talent d'Hollingsworth, si tant est qu'il y avait encore besoin de le faire.

Coup de coeur, donc, pour la nouvelle production de Rick Remender. Malgré un univers qu'il faut un peu apprivoiser, une fois en terrain connu, Seven to Eternity dévoile toute la richesse de son propos dans un univers de dark fantasy fascinant. Et pour les yeux, quel régal. Le talent couplé de Jerome Opeña à la maîtrise des couleurs d'Hollingsworth vous préparent à un voyage que vous n'êtes pas prêts d'oublier. Et au vu du prix de lancement de ce tome, ne faites pas comme Osidis, et laissez-vous charmer par cette proposition.

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