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Shirtless Bear Fighter : un délire jouissif assumé jusqu'au bout

Comics Le 28 sept
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Shirtless Bear Fighter : un délire jouissif assumé jusqu'au bout

L’avis de Arno Kikoo8

On a aimé • Absurdément drôle • N'oublie pas de raconter une histoire • Nil Vendrell : un ariste prometteur
On a moins aimé • Une histoire qui aurait pu être plus recherchée

On voit parfois surgir en indé' quelques comics avec une proposition délirante, dont le simple pitch de départ garantit l'adhésion - souvent confirmée par le contenu ensuite. Shirtless Bear Fighter est de cette catégorie, et ce dès son titre. Emprunté à une logique des films d'action des années 80 et porté par un amour du divertissement brainless, le titre nous avait déjà séduit lors de sa publication outre Atlantique (souvenez-vous). C'est donc avec plaisir qu'on le voit débarquer dans nos contrées sous l'égide d'HiComics.

Faudra-t-il vous détailler le principe de Shirtless Bear Fighter ? Cet étrange personnage est un concentré de virilité la plus pure et la plus exacerbée. Élevé par les ours, le cogneur d'ours torse nu (qui en vérité, se balade la kikoune à l'air libre) s'est éloigné de sa famille d'ursidés après une terrible trahison, à laquelle il a décidé de se venger quoi qu'il en coûte. Mais les envies de revanche vont être mises de côté lorsque le gouvernement fera appel à lui : en effet, les ours se sont mis à attaquer la grande ville, et c'est (forcément) le sort de l'humanité qui est en jeu.

Absurde d'entrée de jeu, Shirtless Bear Fighter est donc un cocktail d'action déjanté, de personnages hauts en couleurs (et avec beaucoup de poils pour certains), et de situations plus rocambolesques les unes que les autres - sans que l'ensemble ne devienne abrutissant. À l'écriture, le duo Jody LeHeup/Sebastian Girner arrive en effet à doser l'humour et les références tout en maintenant une certaine cohésion d'ensemble, par des personnages investis dans leur rôle. Beaucoup de répliques sont clairement too much, décalées, et provoquent le rire parce que certains constatent bien qu'il se dit beaucoup de bêtises, quand d'autres croient vraiment à ce qu'ils racontent. Par une réplique, on effleure ces phrases de films musclés tels que Stallone et consorts ont pu nous apporter, avec une dérision qui laisse transparaître une véritable affection.

Surtout, Shirtless Bear Fighter ne se retient que peu. Décidée à faire du Cogneur une véritable légende - et pourquoi pas une franchise ? -, l'équipe créative développe en six numéros un joli univers de série B, où certains stéréotypes sont exacerbés jusqu'à en devenir proprement ridicules (le grand vilain de l'histoire est assez délicieux à cet égard), et l'action se fait porte parole des prouesses que l'on peut accomplir sur papier. De la baston à mains nues, des convois d'ours armés, une déclinaison sur le "ours" tel que Batman le fait avec ses gadgets - on y trouve un avion-ours, s'il vous plaît, et des ressorts scénaristiques complètement improbables, mais qui trouvent une logique certaine dans cet univers.

Et ce n'est pas comme si le titre n'allait pas plus loin que sa volonté d'être drôle. Outre le côté référencé jusqu'au boutiste, la caricature et l'histoire restent assez caustiques envers le capitalisme et la place de l'écologie face à l'argent. Sans vouloir trop intellectualiser un récit qui parie sur le fun avant tout, le comportement du méchant Bûcheron - pas seulement envers la forêt, mais de façon générale, envers le reste de la société - ne prend pas inspiration de n'importe qui - à moins que les discours d'un bonhomme blond prêt à relancer une industrie écologiquement néfaste pour assurer du travail à la partie pauvre d'une population, qu'il méprise à côté, ne vous dise rien. De la même façon, et c'est là typiquement américain, qu'on ressent une certaine amertume dans les propos de Burke, agent du FBI et ex-vétéran, lassé de la non-considération que lui accorde sa patrie.

Laissons néanmoins de côté ces considérations plus sérieuses, juste là pour appuyer qu'une histoire absurde peut se montrer aussi intelligente, pour également parler du dessin de l'artiste espagnol Nil Vendrell, dont c'est là le premier travail pour l'industrie américaine, et qui se révèle déjà prometteur. Dans un style lorgnant forcément sur le cartoon, le dessinateur se montre généreux et inspiré dans ses planches, et très à l'aise dans la représentation d'une action démesurée. Les personnages sont (sur)expressifs et le Cogneur d'ours immédiatement charismatique sous son trait. Efficace, la patte graphique de Vendrell sert parfaitement l'histoire de Girner et LeHeup, et il nous tardera par la suite de découvrir ses prochains travaux. 

En définitive, Shirtless Bear Fighter tient ses promesses dès son titre. Hommage aux films d'action testostéronés des années 80 à outrance, le titre est un gros délire assumé du début à la fin, avec ce qu'on attend comme absurdité et action au vu de son pitch de base - sans en oublier d'écrire une histoire et des personnages intéressants. On lit en trame de fond de quoi rendre ce comicbook plus intelligent qu'il n'y paraît, et si l'oeuvre ne révolutionnera pas l'industrie, on voit assez peu de titres humoristiques réussis pour souligner le très bon moment que ce titre vous fera passer.

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