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Critique

Speak, mettre des mots sur sa douleur

Comics Le 17 jan
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par Elsa
Speak, mettre des mots sur sa douleur

L’avis de Elsa9

On a aimé • Un très beau récit de résilience • La douceur du dessin • Une émotion toute en justesse
On a moins aimé • Ce n'est pas forcément un défaut mais Speak tient plus du texte illustré que du comics

Adaptation du roman de Laurie Halse Anderson, Speak chez Rue de Sèvres aborde avec beaucoup de justesse et d'émotions les conséquences psychologiques d'un viol, et le difficile retour au quotidien.

Le poids du secret.

Melinda rentre au lycée et cette nouvelle étape a tout du cauchemar. Elle dissimule au fond d'elle un secret qui la ronge, sa meilleure amie ne veut plus lui parler. Elle est devenue une paria depuis ce soir-là, quelques mois plus tôt, où elle a appelé la police au milieu d'une fête. Un acte que personne n'a cherché à comprendre, puisqu'elle n'a finalement rien dit au téléphone et que l'intervention de la police a eu des conséquences pour certains adolescents.

Un élève du lycée, un garçon particulièrement populaire, l'a violée le soir de cette fête. À qui pourrait-elle se confier ? Qui voudrait l'écouter ? Sa douleur et son mutisme l'isolent de plus en plus, mais ce n'est pas comme si elle avait devant elle beaucoup de mains tendues. Même ses parents, obsédés par leur travail, ont peu de temps à lui consacrer.

Pourtant, il y a les cours d'art plastique, havre de paix pour tous les élèves abimés par la vie. Et puis les liens qu'à force de courage et de détermination, elle parvient à renouer ou à créer.

Résilience.

Speak est un récit dur, qui sonne d'autant plus juste que dès son introduction, son autrice nous explique avoir vécu le même traumatisme que son héroïne, et avoir écrit cette histoire aussi pour en guérir. Mais c'est une histoire de résilience, pleine de délicatesse, d'espoir. Il y a d'abord le sujet du viol, sa douleur, ses conséquences. Mais c'est aussi, au delà, une évocation toute en finesse de l'adolescence, du petit monde que forme un lycée et ceux qui s'y trouvent, profs et élèves. Les relations conflictuels, les professeurs qui plombent ou au contraire inspirent et accompagnent. 

Cette adaptation est vraiment un roman graphique, plus qu'un comics ou qu'une bande dessinée. Emily Caroll a pris le parti de conserver l'essence du roman, et l'ouvrage est surtout une version illustrée du texte, qui reste très littéraire, malgré quelques dialogues. Speak est avant tout un monologue intérieur. Melinda nous confie son histoire parce qu'elle n'arrive pas à la dire et c'est peut-être ce silence qui la ronge le plus. Pour Laurie Halse Anderson, parler, poser des mots sur la douleur, c'est un premier pas difficile mais important vers la guérison. 

Le dessin d'Emily Caroll entremêle sa sensibilité aux mots de Laurie Halse Anderson. On sent toute sa tendresse pour l'héroïne et les émotions qui la traversent sont représentées avec beaucoup de justesse. Les très grandes cases nous immergent vraiment dans son environnement, surtout dans son lycée, et montrent aussi sa solitude. Le choix du noir et blanc sert autant l'impression de tristesse de l'héroïne que la douceur du récit.

La très belle édition de Rue de Sèvres se termine sur quelques contacts d'associations et de numéros d'urgence.

Speak est une histoire intime mais aussi un message d'espoir plus universel. Un récit de résilience et un témoignage courageux et doux. Ce roman graphique aurait particulièrement sa place dans les CDI de tous les lycées (et peut-être des collèges aussi, même si cela reste un ouvrage dont la lecture peut s'avérer difficile), mais il se lira avec tout autant d'émotions à l'âge adulte.

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