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Critique

Spider-Man par J. Michael Straczynski - Tome 1, la critique

Comics Le 02 mai 2014
8
par Alfro
Spider-Man par J. Michael Straczynski - Tome 1, la critique

L’avis de Alfro9

On a aimé • Un run indispensable • JMS au top • John Romita Jr. au top
On a moins aimé • La qualité de l'édition

Avec la sortie du film The Amazing Spider-Man : Le Destin d'un Héros, on ne pouvait ne pas se replonger dans les comics du Tisseur. Après Retour au Noir, on s'attaque à l'un des monuments de l'Histoire de Spider-Man, qui même après plus de dix ans reste encore l'un des run les plus importants du personnage-phare de Marvel.

"C'est mon cœur qui me guidait, pas ma tête."

Les années 2000 marquent le renouveau de Marvel. Il se fait dans la douleur mais annonce quand même un espoir après avoir flirté avec la banqueroute pure et simple à la fin des années 90. Il faut donc pour la Maison des Idées donner une nouvelle impulsion à Spidey, qui se voit confié à J. Michael Straczynski, un auteur qui a fait ses preuves avec des histoires sombres et très proches de l'humain, comme Midnight Nation. Un de ces nouveaux scénaristes qui peuvent donner une vision différente d'un personnage qui peine à se renouveler. D'ailleurs, il ne lui faudra pas attendre longtemps pour bousculer la mythologie de Spider-Man. Sa mythologie, mais pas son essence même. Ainsi, ses pouvoirs ne viennent plus de la radioactivité, concept qui pouvait paraître mystérieux et effrayant dans les années 60 mais qui dans ce nouveau millénaire est devenu un peu obsolète. De plus, Stracz' aime les allégories métaphysiques, et utilise donc l'idée d'un pouvoir totémique. Le dieu-araignée apparaît et par là lui offre une nouvelle dimension.

C'est peu dire qu'à l'époque que cette idée à créé des remous où les lecteurs avaient l'impression qu'on s'attaquait à leur personnage. Straczynski va même s'en amuser et utilisera plus loin dans son run  un producteur des plus haïssables pour traverser le quatrième mur et répondre à ses lecteurs. Parce que s'il change l'origine des pouvoirs, il ne change pas ce qu'est Spider-Man, et surtout Peter Parker. Ce qui en fait un héros, ce ne sont pas ses pouvoirs, qui sont finalement assez factuels, mais ce qu'il est intrinsèquement. Peter est dôté d'une grande empathie, il déborde d'un courage à toutes épreuves et est dôté d'un solide sens du sacrifice. Il va mettre en avant toutes ces caractéristiques de la manière la plus fine et la plus organique qui soit. Peter devient professeur dans son ancien lycée qui fait la lumière sur toute la misère qui assombrit cette Amérique dont les comics ne voulaient pas trop parler, ces ghettos où pauvreté et violence se partagent le destin de laissés pour compte. Avec cette même obstination qu'il a eu à se débarrasser des vilains les plus colorés, Spider-Man va désormais regarder en face ce qui ne va vraiment pas dans cette société.

"Ce n'est pas normal que des gosses aient peur de mourir en venant en classe."

L'un des moments centraux de ce run est évidemment l'épisode du 11 Septembre. Choqués par cet acte de barbarie, JMS et John Romita Jr. vont pondre un épisode spécial en lieu et place de celui qui était prévu. Ils vont faire preuve d'une distanciation dont peu ont été capables à l'époque. Refusant d'entrer dans le discours de la violence qui répond à la violence, J. Michael Straczynski va cristaliser toute l'horreur de cet acte qui montre tous les ténèbres présents dans la nature humaine pour construire un message d'espoir, d'unité et de compassion. L'aspect humain de son message est fondamental, son héros n'est qu'une idée littéraire mais qu'il va utiliser pour être le vaisseau d'une réflexion qui ne répond à cette antique Loi du Talion. S'il faut lutter contre le Mal, il ne faut pas utiliser les mêmes armes que lui. Le principe de physique, toute action connait une réponse équivalente et opposée, ne peut être interrompu que si, au lieu de répondre par le dent pour dent, on essaie de comprendre ce qui se cache derrière cet Autre. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le Tisseur affronte peu de vilains costumés dans ce début de run, le propos étant que des ténèbres bien plus sombres existent déjà dans ce monde.

Pour l'aider à offrir une nouvelle vision du super-héros, qui se préoccupe des vrais problèmes, la drogue, les gangs, la ségrégation, JMS peut s'appuyer sur un John Romita Jr. qui livre sans doute ici l'un de ses meilleurs travaux avec son run sur Daredevil. Il allie la puissance dynamique et évocatrice de son trait avec une recherche presque obsessionnelle du détail qui ajoute à cette univers son aspect durement réel. Et que dire de son découpage, un véritable génie de la narration, qui sait toujours où mettre l'accent de son image. les deux travaillent main dans la main, et si nous ne vous avons finalement peu parlé d'Ezekiel et ses révélations fracassantes, de Mary-Jane et la relation on ne peut plus juste qu'elle a avec Peter, ou des tonnes d'humour que l'on trouve au fil des pages, c'est qu'il faut pouvoir savourer le voyage qu'offre ce run que Panini repropose enfin dans une nouvelle édition, qui malheureusement subit les mêmes défauts de fabrication que leurs homologues d'Urban Comics. Dommage car l'opération mérite d'être soulignée tant on tient là l'un des chefs-d'œuvre du comics super-héroïque, voire du comics tout court.

C'est donc l'une des aventures les plus essentielles et les plus poignantes que nous repropose ici Panini. Une histoire où deux artistes au sommet de leur Art emmènent un personnage culte vers de nouvelles sphères tout en le redéfinissant à la perfection. Le genre de lecture qui vous propose plusieurs sens de lecture tout en étant incroyablement divertissante. Un must-have assurément.

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