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Critique

The Bunker - tome 1, la critique

Comics Le 08 mars 2016
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The Bunker - tome 1, la critique

L’avis de AntoineBigor6

On a aimé • Un concept intéressant • Des dessins et couleurs qui sortent du lot • Des personnages bien présentés...
On a moins aimé • ...avant de devenir des archétypes • Des planches trop chargées par moments • Une lecture frustrante

Et si vous receviez une lettre, de vous-même, qui vous apprend que vous êtes responsable de la fin du monde mais que vous pouvez changer le futur?

C'est tout le concept sur lequel repose ce premier tome de The Bunker, thriller temporel de Joshua Hale Fialkov et Joe Infurnari, publié en anglais chez Oni Press et en français chez Glénat Comics. Un concept intriguant au premier abord, mais qui montra rapidement premières limites...

L'ouvrage commence comme une petite comédie sympathique, avec un club des cinq qui part en fôret pour enterrer des "capsules-souvenirs" afin de "laisser une trace dans l'histoire". Seulement, l'ambiance va très vite changer lorsque notre groupe d'amis va tomber sur un bunker, rempli d'infos et surtout de quatre lettres, écrites par leurs "eux" du futur ! Le premier épisode repose entièrement sur la découverte de ces lettres, chacune étant écrite d'une manière différente, et contenant des infos que chaque personnage aura choisi de se révéler. Des révélations qui vont réveiller et attiser des tensions entre plusieurs personnages, réagissant tous à leur façon, et voyant ces nouvelles d'un bon ou mauvais oeil.

Le scénariste Joshua Hale Fialkov, que l'on a déjà pu voir dans les pages d'Ultimate Comics : Ultimates après Jonathan Hickman, signe ici l'un de ses premiers travaux en indé. Une histoire qui a commencé sur le web avant d'être publié en singles et en relié. Un feeling que l'on retrouve au début de l'ouvrage, dynamique et rythmé à la perfection.

Les dialogues sont ciselés et l'introduction des protagonistes est efficace, avec une narration audacieuse jonglant entre différents points de vue et temporalités. L'auteur joue avec ses propres références (n'hésitant pas à citer Lost dès les premières pages) et s'assure de poser de bonnes bases dans ce premier chapitre, plein de zones de mystère à réveler. Des qualités qu'il aura du mal à retrouver par la suite...

En effet, le scénariste californien va essayer de continuer sur la même lancée en termes de rythme afin creuser les éléments introduits dans ce premier chapitre.

Mais après celui-ci, l'efficacité des dialogues en prend un coup, révelant des personnages assez basiques et qui, s'ils se posent des questions intéressantes, n'y répondent vraiment jamais en se laissant porter par les évènements. Autre élément qui fonctionne beaucoup moins, cette tension qui pèse sur l'avenir. En laissant des zones inexpliquées dans son introduction, l'auteur se gardait plusieurs cartouches intéressantes, qu'il va griller un peu trop vite. Ce qui était une énigme en début de l'ouvrage devient un élément gênant à la fin.

Dépossédée de l'attachement aux personnages et de la curiosité d'une telle intrigue (qui motive la lecture), la fin de l'ouvrage est relativement prévisible et laisse un sentiment de frustration, aussi bien à cause des questions sans réponses que des réponses que l'on aurait préféré ne pas avoir... D'autant que le terrain de jeu que semblait mettre en place Fialkov se retrouve assez réduit en termes de possibilités, et donc d'intérêt.

Au niveau de la forme, l'originalité de cette ouvrage réside également dans ses planches. Inventif dans son découpage, l'artiste Joe Infurnari aborde un style particulier mais original qui installe une véritable ambiance anxiogène et dérangeante dès les premières pages et tout le long de l'ouvrage. Un effet qui perdra en intensité au même titre que l'intrigue, certaines pages un peu moins lisibles que d'autres et une surcharge de traits ne laissant que de très rares respirations. Mais on pourra difficilement reprocher quelque chose à l'artiste canadien tant il assume son parti pris graphique, faisant lui-même les couleurs, avec une palette de tons pastels qui se marient parfaitement avec son style - mais qui ne laissent, eux aussi, que très peu de repos aux yeux. Soulignons aussi, en passant, la sublime couverture de l'ouvrage de Glénat, réalisée par Francesco Francavilla.

The Bunker, avec un high-concept intéressant et un parti pris graphique couillu, partait pour être une bien belle surprise. C'est finalement une petite frustration. En essayant d'aborder un maximum de points de vue, de vouloir trop en faire, trop en dire, tout en cloisonant son univers dans des limites imposées par les standards dont il s'inspire, Joshua Hale Fialkov se prend les pieds dans le tapis et livre un premier tome plein de bonne volonté mais qui échoue à apporter une cohérence narrative à une idée casse-gueule, et une vraie épaisseur à ses personnages. Reste le joli travail de Joe Infurnari, qui gagnerait à être un poil moins brut pour être plus efficace. Prometteur, mais en l'état frustrant.

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