Critique > The Creep, la critique
Critique

The Creep, la critique

Comics Le 09 dec
2
par Alfro
The Creep, la critique

L’avis de Alfro8

On a aimé • Tous les codes du polar noir • Avec un supplément d'âme • Un récit poignant
On a moins aimé • Joue mal la carte de la finesse parfois

Portant fièrement sa volonté de faire découvrir du comics de qualité en dehors de sa seule licence DC Comics, l'editor-in-chief d'Urban Comics, François Hercouët, est allé chercher directement The Creep auprès de ses auteurs. Ce titre initialement publié par Dark Horse Comics méritait-il un tel dévouement ?

"Je vais te tirer en plein cœur."

Alors qu'il avait commencé sa carrière de scénariste depuis peu, John Arcudi écrivait en 1996 les premiers numéros de The Creep dans les pages de Dark Horse Presents. Près de vingt ans plus tard, alors qu'il est devenu l'un des acteurs les plus influents de l'industrie des comics depuis, devenant notamment le bras droit de Mike Mignola dans la construction de l'univers d'Hellboy et ayant au passage écrit l'histoire de The Mask qui fut adaptée au cinéma par Chuck Russell, il revient sur ce titre avec une toute nouvelle histoire. Un polar, un vrai. Celui pour qui le noir évoque bien plus qu'une couleur. Une histoire qui aurait pu être écrite par Charles Willeford, un récit suintant le hard-boiled avec son détective privé brisé et blasé, qui va se embringué dans la mauvaise affaire, celle qu'il ne fallait pas soulever.

Cela ressemble déjà un poncif du genre, encore l'une de ces résurgences d'une littérature mainte fois copiée sans originalité, mais la mauvaise affaire que va devoir affronter notre privé, Oxel, est bien plus intimiste que ce à quoi nous avons l'habitude. Ici, ce qu'il va déterrer n'est pas une sombre affaire de guerre de l'eau ou des magnats crapuleux qui assouvissent leurs désirs viciés, mais une affaire qui va le toucher au plus profond du cœur. Qui commence avec l'appel de son grand amour de lycée, Stephanie. Un appel qui lui fera perdre toute l'objectivité nécessaire à son travail. Car le genre l'exige, le privé doit avoir sa faiblesse, sa douleur enfouie. Oxel lui est atteint d'acromégalie, une maladie qui se développe après la puberté, et qui déforme le corps et le visage de façon remarquable. Une maladie dont était atteint le catcheur André le Géant par exemple. Une maladie qui est impossible à cacher.

"La bouteille est juste là."

Alors forcément, quand la dernière femme qu'il a aimé lui demande d'enquêter sur le suicide de son fils, c'est avec toute l'obsession du désespoir qu'il va chercher une réponse à une mort qui parait avoir moins de sens que les autres. C'est un monument de sensibilité que va nous offrir Arcudi dans son écriture, carressant avec soin son récit, le laissant se développer grâce aux errements de son personnage. Ne la brusquant jamais, il laisse son histoire nous laisser comprendre tous les non-dits. Trop parfois, les indices disséminés nous emmenant parfois trop rapidement à la conclusion. Cette écriture qui se refuse d'aborder frontalement la psyché de ses personnages ne tombe cependant jamais dans l'erreur de faire de l'exercice de style pour épater la galerie. Tout ici est sincère.

La tâche était encore plus dure alors pour le dessinateur Jonathan Case, qui ne devait pas trahir l'âme qui habite le récit. Il se fond alors dans le récit, livrant un dessin sobre mais toujours expressif, jouant habilement avec les images fantasmées et une réalité bien plus dure. Les pages filent et nous plongent dans le récit si bien que le monde froid mais terriblement réel de The Creep s'anime autour de nous sans nous laisser le choix d'être happé. Jusqu'à une conclusion âpre, dure et froide comme la neige qui recouvre le théâtre de cette tragédie. En guise de conclusion, et pour qu'on reprenne nos esprits, les bonus s'attardent sur les couvertures et leur conception. Un ajout bienvenu quand on voit que John Arcudi compte dans ses amis Frank Miller, Mignola, Ryan Sook ou Toni Zonjic.

The Creep est un vrai polar, dans la forme comme dans son âme profonde. Dur et désespéré, il ne laisse guère le choix au lecteur de faire face à l'âpreté de l'existence. Rapide à lire et efficace comme un coup de poing, ce comics ne prétend pas être autre chose que ce qu'il est, un épisode cruel mais presque trop ordinaire de la vie. Une vraie bonne lecture pour les amateurs du genre et ceux qui aiment tout simplement les histoires poignantes.

Auteurs & Mots clés
Oeuvre liée
The Creep
The Creep The Creep 2014
les dernières news les dernières critiques
Vous êtes certain de vouloir supprimer ce commentaire ?