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The Goddamned - Tome 1, la critique

Comics Le 26 mai
6
par AlexLeCoq
The Goddamned - Tome 1, la critique

L’avis de AlexLeCoq9

On a aimé • Mad Max rencontre l'Ancien Testament • c'est beau • les dialogues
On a moins aimé • les Osseux • à quand la suite ?

Scénariste aux nombreux talents, Jason Aaron multiplie les séries du côté des éditeurs de comic-books dont Marvel où il est le Big Boss de Thor mais aussi chez Image Comics avec qui il peut laisser libre cours à son imagination sans faille. Révélé au grand jour avec sa série Vertigo éditée de 2007 à 2012, Scalped, le scénariste barbu retrouve son dessinateur de l’époque, R.M. Guéra, pour leur nouveau bébé édité aujourd’hui en France chez Urban Comics, The Goddamned !

Si mon visage n'avait pas été broyé... J'aurais souri.



Cette fois-ci, Jason Aaron se lance dans un tout nouvel exercice de style en décidant de prendre l’Ancien Testament comme source principale de la série qui mettra Caïn au cœur de l’action. Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas le bonhomme, Caïn est le premier fils d’Adam et Eve né sur Terre après que les deux aient été éjectés du Paradis par Dieu pour avoir voler le Fruit Défendu. Malheureusement, pour notre héros, il va découvrir la jalousie avec son frère Abel qu’il va assassiner, devenant le premier meurtrier de l’histoire de l’Humanité. Notre récit prend alors place sur une version un peu différente de notre petite planète (avec quelques monstres et créatures bibliques), alors que Caïn l'Immortel ère dans le seul but de trouver le moyen de mettre fin à ses jours.

Mais autant vous le dire tout de suite, The Goddamned n’a rien d’une adaptation biblique qui aurait pour but d’évangéliser la lectrice ou le lecteur que vous êtes. Au contraire, Jason Aaron a visiblement quelques comptes à régler avec le Tout-Puissant qui ne jouit pas de la meilleure des images dans le titre. Tout ce background religieux n’est finalement qu’un prétexte qui permettra à l’artiste d’utiliser l’un des plus vieux et complets des univers de fantasy, si tant est qu’on s'accorde de considérer les textes chrétiens comme de simples œuvres littéraires. Mais si les bases sont assez similaires, rapidement, Jason Aaron se délie des chaînes de l’Ancien Testament pour installer une terre désolée dans laquelle les premiers humains vivent dans la violence la plus totale, suivant le chemin du fils déchu d’Adam et Eve. Désorganisés et n’ayant pas appris à exploiter les ressources naturelles des Terres maintenant stériles, les premiers hommes passent leur temps à s’entretuer pour pouvoir se nourrir de la chair de leurs congénères. Mais après 1600 ans à errer dans ce chaos, Caïn viendra à croiser le chemin de Noé, en pleine préparation du Deluge...

Le monde entier sent l'excrément, mon frère.



Vous l’aurez compris, The Goddamned est un titre violent, à ne pas mettre entre la portée de tous. Pour autant, son aspect viscéral, aussi bien graphique que dans ses dialogues, n’est pas une solution de facilité pour livrer un récit simplement provocateur. En effet, Jason Aaron joue encore de sa magie et offre une profondeur incroyable tout au long de ce titre alors que les hommes cherchent encore à comprendre le concept même de leur existence et doute déjà qu'un Dieu ait finalement existe dans ce monde où la survie doit primer face aux sentiments comme la compassion, l’entraide ou l’amour. Toutes ces émotions sont des luxes qui n’ont pas pu se développer dans le contexte apocalyptique de l’œuvre et Caïn, bien que premier meurtrier, est le seul à finalement avoir connu les premiers jours d'une monde encore fleurissant après l'exil de ses parents de l’Eden. Pourtant seulement intéressé par sa propre fin, l’Immortel va cependant se questionner sur la condition humaine et la société qui, même à l'état sauvage, partage finalement beaucoup plus de points communs avec la notre qu'on ne pourrait le penser... Le titre offre donc plusieurs niveaux de lectures tout en gardant la fluidité de l’écriture de Jason Aaron, qui reste un spécialiste dans l’art de proposer des dialogues pertinents et forts.

Mais si l’univers de The Goddamned est aussi unique, c’est grâce à son partenaire R.M. Guéra. De part ses origines yougoslaves et sa carrière qui l’a amené à travailler aussi bien pour le marché américain qu’européen, et notamment français, l’artiste a un style unique qui mélange habillement un dessin proche du franco-belge mixé à les découpages dynamiques du comic-book. Cette mixture savante offre un résultat qui a parfois des airs de Rahan au style visuel incroyablement efficace, qui met en scène à perfection l’histoire racontée par Jason Aaron. C’est d’ailleurs l’alliance du dessin et de l’écriture qui permet de saisir l’inspiration principale de l’œuvre, Mad Max. En effet, les deux artistes sont des amoureux de la saga de George Miller et clairement de son dernier film, Mad Max : Fury Road, tant les références pleuvent. Parfois de manière évidentes comme dans les designs de certaines créatures ou chef de clans (l’équivalent des warlords de Mad Max) ou dans des détails d’écritures laissés ça et là, notamment dans les différentes castes d’hommes qui se désignent par noms de tribus dont les Osseux, les Traqueculs ou encore les Dépeceurs. Une inspiration de qualité qui participe à la construction de l’univers riche de la série dont le premier tome se boucle magistralement.



The Goddamned est donc une excellente pioche que l’on ne vous saurait que trop vous conseiller ! Ce premier tome est  jouissif à découvrir et redécouvrir grâce au talent incroyable de Jason Aaron à construire des histoires riches et profondes en faisant l’économie de dialogues lourds et dispensables. Tout le background religieux sert ingénieusement à poser les bases d’un univers familier aux yeux du monde pour prendre un malin plaisir à en casser les codes, le déformer et jouer sur cette effet d’attente et de surprise permanent avec le lectorat. Heureusement, le scénariste est épaulé par R.M. Guéra, lui aussi impeccable dont le talent profite des nombreuses influences qu’il projette habillement dans les pages de ce livre. Un immanquable d’autant plus que le premier tome sera disponible jusqu’au 30 juin au prix de lancement de 10€.

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