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Critique

The Infinite Loop - tome 1, la critique

Comics Le 27 aout 2015
10
par Manu
The Infinite Loop - tome 1, la critique

L’avis de Manu8

On a aimé • Une belle histoire • Joliment mise en images • Un concentré de pop-culture • Une belle édition
On a moins aimé • Trop court • Quelques avancées rapides dans l'histoire

A peine plus d’un an après leur première création, Aeternum Vale disponible chez Wanga Comics, et quelques mois après un passage sur Le Garde Républicain, le duo de Français de choc composé de Pierrick Colinet et Elsa Charretier revient pour une nouvelle création originale : The Infinite Loop. Financé via Ulule, le tome 1 de cette nouvelle série (car le tome 2 est déjà en préparation) a explosé son objectif initial en atteignant 251% des 5 000€ recherchés à l’origine. De quoi remplir les auteurs de joie et surtout leur permettre d’en offrir toujours plus : jusqu'à une nouvelle édition chez Glénat, qui avec son nouveau catalogue Comics, offre un très chouette ouvrage à cette histoire !

Imaginez Bruce Timm conter une histoire d’amour dans un univers mélangeant Timecop et Equilibrium, mais en beaucoup moins déprimant. The Infinite Loop est l’histoire de Teddy, une agent très spéciale dont le métier est de corriger les anomalies temporelles engendrées par les « forgeurs », des pirates du temps qui naviguent sur la ligne temporelle pour manipuler les événements passés (Timecop inside). Et avec assez de talent, les meilleurs sont capables d’engendrer les anomalies qu’ils vont créer.

Teddy vient d’une époque à laquelle l’humanité est parvenue à se sortir d’une boucle infinie d’erreurs et de destruction initialement engendrées par les sentiments (et là, vous retrouvez Equilibrium), tout simplement en abandonnant l'amour. Enchainant les missions solitaires depuis plus de quatre ans, elle détruit les anomalies les unes après les autres, et ne prend de repos que dans un morceau de réalité qu’elle s’est forgée en dehors du temps. Mais un jour elle tombe sur une anomalie d’un nouveau genre, une jeune femme qu’elle est supposée détruire mais dont elle va tomber amoureuse (et qui héritera du doux nom d’Ano).

On dit souvent qu’il n’y a que quelques histoires au concept basique qu'on répète en boucle depuis la nuit des temps, et que seuls les moyens utilisés pour les raconter changent. Vous l’aurez compris, The Infinite Loop est une histoire d’amour, et au-delà de cela, une histoire sur comment l’amour vous change. Mais c’est dans sa forme que ce tome 1 gagne à être lu. On y ressent l’amour de Pierrick Colinet pour la pop-culture, et tout ce qu’il a pu ingurgiter jusqu’ici, qu’il souhaite utiliser comme moyen de communication avec ses lecteurs. Ce n’est pas un hasard si on croisera des dinosaures, des sabres lasers, des répliques de séries cultes ou des histoires d’univers parallèles. En cela, s’il raconte une histoire du futur, c’est un auteur très marqué par sa propre époque et ses particularités. Signe d’une époque plus ouverte qu’autrefois, Pierrick a avoué que ses scénarios étaient un mélange de français et d’anglais, de la même manière qu’on peut utiliser régulièrement des références en anglais dans notre langage quotidien. Et cela se retranscrit sur le papier par des expressions ou des écrits en anglais au milieu du reste pourtant bien dans la langue de Molière.

Puisqu’il faut en parler, là où ça pourrait rester anecdotique, l’histoire qui nous est contée est également une histoire d’amour entre deux femmes. Mais si la volonté des auteurs est probablement de faire avancer les mentalités sur le sujet, nous proposant d’ailleurs en supplément un dossier de notre Katchoo nationale sur l’histoire de l’homosexualité dans les comics, cette homosexualité n’est en rien l’un des tenants de l’histoire. Sur le papier, c’est une simple histoire d’amour. On soupçonnerait même Pierrick d’écrire cette histoire lesbienne par pure raison esthétique quant au trait d’Elsa Charretier. Car oui, ce bouquin est une ode à l’amour jusqu’au bout en se montrant romantique mais aussi sexy et érotique, dépeignant une scène de sexe sans avoir à en rougir, magnifiée par le nouveau trait d’Elsa.

Car c’est une progression décidément étonnante que réalise ici Elsa Charretier. L’impression qu’elle donne est que, plutôt que d’imposer son style à l’histoire, elle trouve chaque fois un nouveau style par rapport à ce qu’elle dessine. Aeternum Vale était bien plus brut dans le propos, et cela se ressentait dans un dessin plus marqué. Ici tout est fin et presque sensuel quand il le faut, et très lumineux. C'est d'ailleurs ici elle-même qui colorise ses planche. Elle adopte un style cartoony qui se rapproche régulièrement de Bruce Timm dans les traits de ses personnages, et particulièrement de ses femmes.

Au-delà du dessin, c’est le découpage de certaines pages qui a été particulièrement travaillé, donnant plus de vie à certaines actions, et allant particulièrement servir le propos dans certains gimmicks visuels et scénaristiques venus illustrer les choix des différents personnages, souvent avec humour.

Le reproche que l’on peut faire à ce premier tome lui vient de sa pagination, directement tirée de la capacité des auteurs à le produire. A l’origine prévu pour compter encore moins de pages, il a été étendu lorsque le projet a vu son succès exploser sur Ulule. Cependant, la nécessité d’installer, développer puis partiellement résoudre une histoire sur une centaine de pages entraine quelques contraintes. On parle de partiellement résoudre les problèmes, car il s’agit désormais d’une série qui connaîtra un second volume, mais il n’en demeure pas moins que certains passages vont très vite. De petites feintes scénaristiques viennent aider le sujet pour faire passer le temps un peu plus vite, et justifier un développement accéléré sur la fin, mais on aimerait voir les auteurs prendre un peu plus leur temps sur certains développements par la suite, si on leur en laisse l’occasion.

Joli conte sur l’amour et sur la vie, ce tome 1 de The Infinite Loop est un concentré de pop culture et de bonnes intentions, digérées et régurgitées avec maîtrise. La preuve que la France a encore de beaux talents, et qu’il faut savoir croire en ses projets. On attend le tome 2.

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