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Critique

The Unwritten Tome 1, la critique

Comics Le 12 nov
1
par Corentin
The Unwritten Tome 1, la critique

L’avis de Corentin7

On a aimé • Une longue montée en puissance • L'idée de récit sur le récit • Une critique de la réception des oeuvres • Riche textuellement
On a moins aimé • Tout de même assez lent à se mettre en place • Des personnages qui manquent de corps • Se perd dans certains concepts

En parallèle des séries Image à l'honneur en ce moment chez Urban Comics, on continue de ramener le catalogue Vertigo depuis les vieux souvenirs, premières rencontres pour certains lecteurs avec la sphère indé'. Carey, écrivain, scénariste de Hellblazer et inspiration de l'affreuse série TV Lucifer, aura avec d'autres livré une oeuvre complète complémentaire du Fables de Bill Willingham, une série sur les séries, une BD sur les romans : The Unwritten. Première chose à dire : la série est plutôt très bonne, pour peu que vous ne soyiez pas génés par un peu de gratuité littéraire.

Le concept des Unwritten pourrait se comprendre comme un Fables inversé. Présentation si vous n'avez pas parcouru les volumes de la série : dans cette cousine du récit de Carey, les personnages fictifs inventés par les écrivains et conteurs de l'Histoire se retrouvent matérialisés concrètement dans une autre dimension, où ils co-existent en conscience de ce qu'ils sont. Les Unwritten  marchent dans le sens inverse, et dans le monde réel : quand la fiction s'invite dans la vie sous des pratiques obscures dans ce premier volume, qui construit l'ascencion du concept dans une enquête qui ne fait que monter en puissance.

On en découvre plus à chaque numéro, sans que l'auteur ne semble vouloir éclaircir son propos ou donner une réponse (qui n'échappe qu'au héros). Ainsi, on découvre Tom Taylor, fils de l'auteur Wilson Taylor qui a mystérieusement disparu. Taylor aura inspiré à son père le héros d'une série de romans à la Harry Potter, dans un monde où un complot semble se fomenter autour des créations littéraires depuis que le monde est monde. Taylor va peu à peu découvrir la vérité de ses origines, lui que tout le monde prend pour le héros "réel" des romans de son papa disparu. 

Se met alors en place une vaste métaphore sur l'écriture au sens large. Sur le besoin qu'ont les histoires d'inspirer le réel, depuis la Bible jusqu'à la Chanson de Roland. Les grands mythes du folklore européen ou américain et leur capacité à inspirer les peuples, à créer des légendes et les fondations d'une culture de peuplade - autant le dire clairement, cette partie est géniale et Carey connaît son sujet. L'idée que la fiction est aussi importante que l'Histoire réelle est pertinente, dans une oeuvre qui est une fiction et qui se donne pour sujet de traiter un complot fantastico-littéraire, avec le rapport père-fils du créateur au sujet. Maintenant, la gratuité de certaines références va parfois chercher loin.

Puisque si autant on apprécie la culture que Carey essaye de nous communiquer, autant l'ensemble prend parfois un air de rat de bibliothèque désireux de rendre hommage à tous ses auteurs morts il y a deux cents ans - un avis (assumé) que lui-même  met en scène dans ses pages, en faisant parler un auteur de torture porn sur la masturbation intellectuelle que recouvre parfois l'analyse jusqu'auboutiste et l'envie de faire dire aux lettres de ce qu'on a envie d'y lire. Derrière, une autre idée est bien trouvée : le rapport du fan à son oeuvre préférée, et curieusement The Unwritten semble encore plus pertinent après l'explosion de twitter dans la dernière décennie qu'à l'époque de sa publication. Le côté fanatique fou qui envoie des menaces de morts ou signe des pétitions pour changer la fin des romans, Carey en parle, et c'est là encore réussi.

En dehors de ça : le dessin a vieilli. Parfois capable de jolies trouvailles du fait de changements occasionnels d'artistes, le tronc principal du graphisme n'est pas extraordinaire comme beaucoup d'autres séries Vertigo. Mais dans l'ensemble, The Unwritten vaut largement le coup, riche de plusieurs niveaux de lecture et d'analyse derrière une série bien écrite, à qui ne manque que des personnages aussi forts que Bigby et Snow White pour égaler sa cousine, servie par Willingham.

The Unwritten tome 1 : c'est bien ! Mais commençons à prendre conscience de votre incapacité budgétaire à tout suivre et montrons nous un peu sélectifs : derrière un vrai bon concept, ce qui était autrefois un indispensable présente cependant quelques failles au regard de l'offre moderne. Pour ne juger que la BD elle-même, ce premier volume est plutôt très bon, avec des problèmes de rythme qui font traîner une histoire qui ennuiera ou fascinera par sa capacité à ne pas vouloir expliquer trop vite, et des personnages un chouilla trop creux pour tenir tout le volume. Problème, ça s'améliore par la suite, aussi ne puis-je que vous recommander de ne pas recoller tout de suite votre tirelire après Moonshine, Black Hammer et les autres bonnes sorties du mois dernier. 

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