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Amazigh, la critique

Franco-belge Le 16 avr
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par Elsa
Amazigh, la critique

L’avis de Elsa6

On a aimé • Un témoignage nécessaire • Un récit bien construit
On a moins aimé • Un dessin qui manque un peu de finesse • Une mise en scène parfois statique

S'ils font régulièrement partie des sujets de l'actualité, à cause d'un drame qui s'ajoute aux précédents, ou bien par récupération politique, on laisse rarement la parole aux immigrés clandestins. Derrière cette immense prise de risque, ce choix de tout abandonner dans l'espoir d'une vie meilleur, quelles sont les histoires personnelles ?

Amazigh, 'homme libre' en berbère, nous raconte l'histoire de Mohamed Aredjal. Un marocain qui rêvait d'une vie plus belle, là-bas, en Europe.

Itinéraire d'un homme libre.

Guelim, au Maroc, en 2002. Alors que sa mère l'inonde de reproches, Mohamed a déjà l'esprit ailleurs. Ce soir-là il va partir, les économies de ses parents dans les poches. Un passeur doit l'amener en Espagne. Il s'attend à ce que son périple ne soit pas facile, mais rien ne pouvait le préparer à la violence de l'expérience qui va suivre. La faim, les conditions inhumaines dans lesquelles ils sont logés, la peur, l'angoisse à tout instant d'être pris, ou de mourir.

Le jeune homme, qui vient tout juste d'avoir dix huit ans, se fie à son instinct en espérant qu'il suffira. Il a un rêve, il s'y accroche. Mohamed est dessinateur, et il espère de tout son cœur pouvoir vivre de son art quelque part en Europe. S'il arrive là-bas un jour.

Une voix intime pour des destins multiples.

Amazigh nous raconte, dans le détail, la traversée d'un clandestin du Maroc jusqu'à l'Espagne. Les épreuves qui jalonnent son chemin, les drames, et toujours pourtant cette rage de vivre qui lui fait prendre tous les risques. C'est un destin intime, un cas personnel, et pourtant à travers lui, ce sont les histoires de tous ceux qui ont tenté leur chance dans cette aventure interdite, mais vitale pour beaucoup d'entre eux.

Cédric Liano, parti enseigner la BD à Tétouan, au Maroc, y rencontre Mohamed Arejdal. Ce dernier lui raconte son expérience de voyage clandestin. Il enregistre le récit, puis, quelques années plus tard, décide d'en faire une bande dessinée. Amazigh n'est donc pas une autobiographie, mais le travail d'un auteur à partir des mots d'un autre artiste.

Cette bande dessinée est un témoignage nécessaire, parce qu'elle offre enfin une voix à ceux que beaucoup oublient de voir comme des hommes et des femmes, et pas seulement comme une masse dématérialisée. Graphiquement, le dessin manque parfois un peu de finesse, et la mise en scène est également parfois un peu statique, mais il se dégage visuellement de l'ensemble beaucoup de sensibilité. Cédric Liano capte la complexité du personnage, encore partagé entre son innocence d'enfant et sa détermination d'homme.

Expérience intime et témoignage plus universel, Amazigh nous raconte le périple d'un clandestin. Cette bande dessinée rappelle, s'il en est besoin, que derrière ce seul mot de 'clandestin' se cache une multiplicité d'histoires, de passés difficiles et de rêves qui font prendre tous les risques. À travers le récit de Mohamed, on découvre aussi plus concrètement ce qu'est ce voyage, les étapes qui le jalonnent, et le dénouement bien souvent à mille lieux de celui espéré.

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