Critique > Before The Grocery, la critique
Critique

Before The Grocery, la critique

Franco-belge Le 11 mars 2015
2
par Elsa
Before The Grocery, la critique

L’avis de Elsa9

On a aimé • Des histoires dures mais pleines d'humanité • Un regard original sur l'Histoire • Des dessinateurs de talent
On a moins aimé • Pas vraiment un défaut mais ce recueil est plus un bonus qu'un véritable spin-off

The Grocery est assurément une des meilleures séries de ces dernières années, alliant un scénario brillamment écrit à un graphisme superbe et à une mise en scène redoutable d'efficacité. Ceux qui se sont déjà régalés, des trois premiers volumes, et attendent en trépignant le quatrième et dernier tome annoncé pour novembre prochain, ne devraient pas bouder leur plaisir devant ce tome zéro, aussi tentant qu'un sac de friandises.

Parce que l'avant n'était déjà pas très rose...

Au programme ici : six histoires courtes, imaginées par Aurélien Ducoudray, et dessinées par Guillaume Singelin, Valentin Seiche, Mikkel Sommer, Boris Mirroir et Run. Toutes se déroulent avant The Grocery, mais prennent pour la plupart place dans le quartier, et surtout on y croise des têtes bien connues, héros ou personnages secondaires de la série principale. 

La tentation serait grande de vous raconter plus en détail les histoires que vous allez retrouver dans ce volume, mais, pour reprendre ce parallèle avec le paquet de friandises, le plaisir ne sera-t'il pas largement décuplé si vous devez en deviner les saveurs vous-même ? (Si vraiment vous êtes du genre curieux, tout est dans la fiche de la bd là, sur votre droite.)

Before The Grocery n'est pas indispensable pour suivre la série principale. Vous y découvrirez le passé de certains personnages de la série, et comprendrez comment les drames qui ont pu jalonner leur vie les ont abimés, mais ce recueil d'histoires courtes n'a pas de connexion directe avec la trame principale. C'est plus un bonus, mais un bonus très réussi.

Destins abimés.

Aurélien Ducoudray, à travers ces histoires courtes, nous raconte l'Amérique, son histoire, ses drames. L'histoire s'éloigne parfois du quartier pour mieux y revenir ensuite. Il raconte avec une humanité bouleversante les destins bousculés, piétinés, parfois brisés, par ce que la vie compte de cruel. On retrouve ce qui fait déjà la force de la série principale : une extrême violence, contrebalancée par moment par un petit sourire amusé, un sourire un peu idiot ou encore un sourire simplement gentil et lumineux. Parce que même au milieu de l'horreur, des sentiments beaux et puissants comme l'amour, l'amitié, l'espoir, peuvent encore naitre, et grandir. The Grocery était déjà ancré dans une actualité glaçante, le scénariste pioche dans d'autres périodes historiques pour livrer un récit ou fiction et réalité pour un résultat encore plus fort.

Les dessinateurs, tous particulièrement talentueux, reprennent l'univers graphique imaginé par Guillaume Singelin sans jamais le copier bêtement. Chacun se l'approprie pour livrer des planches personnelles, qui apportent encore plus de richesse à l'ensemble. Les histoires sont très différentes les unes des autres, mais s'intègrent parfaitement dans un grand Tout cohérent, solide et très réussi. C'est un peu comme si le regard du lecteur s'arrêtait sur un personnage qui passe, là-bas au fond d'une case d'un tome de The Grocery, et qu'il pouvait lire dans ses pensées un épisode crucial de son existence. Ce tome 0, ce sont des petits bouts de vie de ceux à qui personne ne prête plus attention, parce qu'ils sont banales, ou effrayants, ou simplement parce qu'on se contente souvent de voir une foule anonyme à la place des individus qui la composent.

Des petits bonus jalonnent aussi le livre, fausses pub, jeux, recettes... Apportant à la fois une bonne dose d'humour et des respirations loin d'être anodines au milieu de telles histoires.

La grande force de The Grocery, c'est d'aborder des sujets particulièrement difficiles, sombres, violents, mais avec beaucoup d'humanité. Un dessin réaliste rendrait l'ensemble insoutenable. L'univers imaginé par Guillaume Singelin, qui oscille intelligemment entre le glauque et le mignon permet justement de rester captivé même quand l'indicible nous donne envie de détourner les yeux. Pour autant il n'enjolive jamais les choses. Ses acolytes sur ce volume lui emboitent le pas pour un résultat où la naïveté de l'enfance, de la jeunesse, se heurte à une vie tellement dure qu'elle se passe souvent de mots.

Ce tome 0 est une vraie belle réussite. Un collectif que les auteurs ne nous imposent pas de lire pour comprendre leur série principale, mais un très beau cadeau qu'ils nous font pour faire plus ample connaissance avec ce petit monde dans lequel ils nous ont embarqué depuis déjà trois volumes. Des histoires touchantes, intelligentes, souvent très dures mais aussi riches en espoir, servies par des graphismes particulièrement beaux. Un vrai régal.

Auteurs & Mots clés
les dernières news les dernières critiques
Vous êtes certain de vouloir supprimer ce commentaire ?