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Critique

Capharnaüm, la critique

Franco-belge Le 04 fev 2015
2
par Johan
Capharnaüm, la critique

L’avis de Johan8

On a aimé • Un exercice de style réussi • L'humour inégalable de Trondheim • Et son dessin expressif • Gotham à la française
On a moins aimé • Un récit inachevé et frustrant

Lewis Trondheim est de retour en ce début d'année 2015 avec un nouvel exercice graphique : Capharnaüm, bande dessinée de 280 pages qui aurait dû en compter 5000, publiée à L'Association. A la manière de Lapinot et les Carottes de Patagonie, l'auteur s'est amusé à improviser une histoire sans crayonné ni travaux préparatoires, qui ravira les fans de super-héros.

Martin, libraire par intérim et grand amateur de bande dessinée, est un pauvre petit lapin sans histoire dont le destin bascule le jour où le terrible Gashinga fait irruption sur son lieu de travail afin de dérober une précieuse collection de manuscrits médiévaux. Dans la cohue, Martin a le malheur d'entrapercevoir le visage du vilain masqué qui dès lors n'aura de cesse d'attenter à sa vie. C'est là qu'intervient Willard Watte, justicier masqué qui veille sur une municipalité qui ne supporte plus les destructions caractéristiques de ses interventions. Pour Martin, c'est un rêve qui se réalise. Lui qui a grandi avec le récit des aventures de Willard Watte, dévorant chacun des comics qui lui ont été consacré, va découvrir l'envers du décor : ses alliés, son arsenal, sa base secrète... et la vie de vigilante.

Qui dit Lewis Trondheim dit récit loufoque, et Capharnaüm ne déroge pas à la règle avec son casting de personnages tout droit sorti d'un manuel de fabrication de comics. Willard Watte est le parfait justicier masqué, Martin l'insupportable fanboy voulant bien faire, Gashinga le vilain mégalo que rien n'arrête et j'en passe... Des caricatures que soignent l'auteur dans des dialogues acerbes où chacun en prend pour son grade, comme un gigantesque concours de vacheries typique de l'humour de Lewis Trondheim. La comparaison avec Lapinot est évidente ici aussi : on ricane souvent, mais les séquences hilarantes restent rares et toujours surprenantes.

Si l'humour est un des principaux moteurs du récit, Capharnaüm est également une histoire de super-héros borderline avec son lot de drame et de rebondissements. Tout n'est pas rose dans le monde de Willard Watte. La ville elle-même, qui donne son titre à l'album, n'est pas sans rappeler Gotham City et son atmosphère anxyogène (ou presque). L'éternel combat entre le Bien et le Mal que Martin suit chaque semaine dans les pages de son comicbook favori est finalement nuancé par les méthodes de Willard Watte et sa bande, dont il sera lui-même la victime consentante.

Malheureusement, comme l'indique la couverture, ce récit reste inachevé. Dessiné entre 2003 et 2005 dans le cadre d'un projet d'écriture finalement avorté, Capharnaüm ne doit sa publication qu'à l'insistance des proches de Lewis Trondheim qui ont eu la chance d'avoir accès à ses carnets. De fait, la fin est évidemment frustrante et le récit donne l'impression d'un excellent tome 1 qui n'aura probablement jamais de suite...

Véritable page-turner, Capharnaüm est une réussite narrative doublée d'un album drôle et surprenant. Point de départ d'une fresque qu'on aimerait voir se poursuivre, on y retrouve les codes du récit de super-héros détournés à la sauce Lewis Trondheim pour une heure de lecture jouissive et sans réelle faiblesse. Une prouesse quand on sait que l'auteur n'est pas passé par l'étape des crayonnés et des travaux préparatoires...

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