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China Li - Shanghai : Bienvenue dans la Chine des années 20

Franco-belge Le 13 dec 2018
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par La rédac
China Li - Shanghai : Bienvenue dans la Chine des années 20

L’avis de La rédac7

On a aimé • De superbes décors à l'aquarelle • L'exotisme de la Chine traditionnelle • Des personnages bien designés • La violence à l'état pur
On a moins aimé • La rigidité des cases • Peu de surprises dans le scénario • Des dialogues un peu longs

Le sifflement froid du vent, le bruissement des feuilles sur la rive, les oiseaux qui chantent en passant au-dessus des pêcheurs. La barque vogue au rythme de l'eau. Elle fuit au loin avec le courant. Il emporte avec lui la jeune fille du même nom que la rivière. Son frère l'a perdue au jeu. Pas encore femme pour être objet, mais déjà vendue comme du bétail. Li regarde une dernière fois les montagnes et les plantations de thé, berceau de son enfance, avant de rejoindre Shanghai où l'attend son nouveau maître.

Un destin hors du commun

China Li raconte l'histoire de Li, une petite chinoise arrachée à sa vie de campagne pour rejoindre la mégalopole de Shanghai. Bousculée entre voyageurs et prisonniers, traitée comme du bétail, un écriteau autour du cou au lieu de l'étiquette à l'oreille, elle finit par arriver à bon port. Objet de convoitise, elle se fait enlever, mais échappe à un sort funeste grâce à ce fameux écriteau qui la désigne comme propriété du chef de la mafia locale. Zhang Xi Shun est un eunuque puissant et redouté qui va la prendre sous son aile, et lui apprendre le dessin et le français. Une pensée pour Mémoires d'une Geisha où on retrouve le schéma de la jeune fille vendue par sa famille et du maître comme père de substitution. Comme Chiyo, la petite Li va devoir servir un homme qu’elle ne connait pas mais avec lequel elle va lier des sentiments forts, une confiance, un respect. Cet homme me fait lui penser à Léon joué par Jean Reno, avec ses petites lunettes rondes et noires devant les yeux. S'il dirige le trafic d’opium de Shanghai d’une main de fer, il fait pourtant preuve de douceur en élevant sa petite protégée comme sa fille.

Et c’est là le cœur de l’histoire, même si parfois on part explorer le milieu criminel chinois, les conflits locaux, sans vraiment comprendre les enjeux de l’époque. J’aurais aimé m’attarder davantage sur la relation complexe qui se tisse entre les deux personnages principaux. Voir cette relation évoluer. Ce duo du tueur sans pitié mais raffiné et de la jolie orpheline qui fonctionne si bien. Mais après tout, il ne s’agit que du premier tome !

L'exotisme de la Chine des années 20

Le récit se fait par le biais d'un narrateur, un détective, des années plus tard en France. Il a enquêté sur Li, sur sa vie passée en Chine, afin de retrouver sa trace. Ce témoin froid empêche de s'impliquer davantage émotionnellement. Les dialogues trainent en longueur et développent les domaines les moins intéressants. Au final, le scénario est sans surprise. Mais l'album est tel un film que l'on aurait vu cent fois mais que l'on apprécie malgré tout, parce que la photographie est réussie. Et c'est le cas de China Li. Je ne me lasse pas de feuilleter encore et encore ces pages remplies de couleurs. L'aquarelle est splendide, elle nous envoie en une fraction de seconde dans la Chine des années 20.

Maryse et Jean-François Charles, elle scénariste et lui dessinateur, sont ensemble dans la vie et dans le travail. Inséparables, on ne compte plus leurs collaborations. Africa Dreams nous emmenait au Congo à l'époque coloniale, India Dreams nous parlait du syndrome de l'occidental en Inde. Chaque œuvre est prétexte au voyage. Et le scénario semble être un prétexte à des décors de toute beauté. Entre intérieur et extérieur, entre chaud et froid, les ambiances varient et nous remplissent les yeux de couleurs et de détails.

En attendant la suite de cette future trilogie, le premier Tome de "China Li" est disponible au prix de 14.50 euros chez Casterman. Et si vous n'êtes pas rassasiés, il vous faudra au moins une vie et demi pour parcourir la bibliothèque du couple Charles.

Par RedFanny
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