Critique > Dans la forêt des Lilas : poétique mais inégal
Critique

Dans la forêt des Lilas : poétique mais inégal

Franco-belge Le 11 mars
0
par La rédac
Dans la forêt des Lilas : poétique mais inégal

L’avis de La rédac6

On a aimé • Un imaginaire enchanteur peuplé de curieuses créatures • La narration sur deux plans • La poésie
On a moins aimé • Le dessin est grossier • Les couleurs criardes

À la mort de son père, et sa sœur partie à Londres, Comtesse se retrouve seule dans le grand manoir familial. La gouvernante Polly prend soin d'elle, mais ses seuls amis sont des créatures tirées de rêves qu'elle peine à quitter. Le monde extérieur ne l'intéresse que pour s'évader dans la forêt ou s'enticher de son beau-frère. Bienvenue Dans la forêt des lilas.

Deux sœurs jalouses

Librement inspirée d'Helena Bonham Carter à qui le livre est dédié, Comtesse est une jeune femme sensible, naïve et têtue. Le changement l'effraie au point qu'elle se refuse à grandir. Elle s'accroche à son passé et vit dans le déni de la mort de son père. Sa grande sœur Verity est tout ce qu'elle n'est pas, femme accomplie qui sait ce qu'elle veut, épouse et mère, une personnalité solaire surmontée d'une longue chevelure blonde et d'une garde-robe chatoyante. Par ailleurs, le traité des vêtements est surprenant. Tant d'attention est apportée aux différentes tenues victoriennes. Une avalanche de robes à froufrous, des volants, de la dentelle, des plis, des jupons, des petites chaussures et de larges chapeaux. Comtesse, elle, porte du vert forêt et du violet, peau d'albâtre et cheveux noirs, à l'image de sa personnalité lunaire. Les deux sœurs se chamaillent sans cesse, jalouses l'une de l'autre, ou par simple principe de ne pas être d'accord. Chaque personnage est assez développé pour conserver sa part de mystère tout en permettant de comprendre ses motivations. L'autrice Nathalie Ferlut nous perd juste ce qu'il faut, faisant des aller-retours entre le réel et la fantaisie. Les créatures humanoïdes à têtes d'animaux qui peuplent les rêves de l'héroïne me font penser à celles du film Le Jour des Corneilles de Jean-Christophe Dessaint. La biche y a aussi un rôle de premier plan. Figure maternelle, symbole de sagesse, protectrice et rassurante.

Vivant au Japon, l'illustratrice a développé un univers graphique à part. Au fur et à mesure de l'histoire, on se laisse entraîner plus profondément dans ce monde étrange. Les personnages à tête d'étoile font clairement référence aux étoiles du Château Ambulant d'Hayao Miyazaki, ce qui n'est pas pour me déplaire. On retrouve la poésie à la Ghibli, la subtilité des dialogues, le flou dans le scénario qui laisse libre interprétation au lecteur.

Brouillon ou génie ?

Je n'ai jamais vraiment accroché au style de Tamia Baudouin. Son trait semble hésitant, les ombres hachurées font sale et les visages ne sont jamais dessinés deux fois de la même façon. Je reconnais une élégance dans les poses, toujours dignes. Certaines expressions, certains regards sont très réussis. Mais la plupart du temps ils ne sont pas assez détaillés pour pouvoir véhiculer une émotion. Les contours me semblent grossiers, les mains souvent ratées. Le problème c'est l'inégalité de qualité. Une case va être très travaillée et la suivante paraître bâclée. Mais le plus choquant ce sont les couleurs. Soit criardes soit délavées, les nuances choisies semblent tirées de vieilles tapisseries. Il en ressort un goût aigre entre le terne de l'époque victorienne et la désharmonie d'un dessin d'enfant qui aurait mélangé les mauvais feutres.

Avec du recul, il faut admettre que ce style se reconnait entre mille et colle assez bien à ce qui est raconté, à la campagne anglaise, à la folie de l'héroïne. Je fais le rapprochement avec ces vieux livres de contes ornés de gravures théâtrales. Pire lorsqu'elles étaient colorées, puisqu'à l'époque on n'imprimait qu'avec un nombre limité de couleurs. L'univers lui me séduit instantanément. On est plongé dans le pays imaginaire de cette Alice adolescente qui ne veut pas grandir. Ça fourmille de détails, de références et d'idées. J'aime tant ce type de récit peuplé d'indices, comme on donnerait les pièces d'un puzzle dont on ne révèlerait la solution qu'à la fin. Cette fin où tout prend son sens, qui donne envie de relire l'œuvre du début avec un œil nouveau.

Mettons-nous d'accord sur notre désaccord, cette BD créera la discorde. Faîtes-vous donc votre propre avis. Dans la forêt des Lilas est disponible au prix de 18.95 euros chez Delcourt.

Par RedFanny
son twitter
sa chaîne YouTube

Auteurs & Mots clés
les dernières news les dernières critiques
Vous êtes certain de vouloir supprimer ce commentaire ?