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Entre Guinness, IRA et trahison, découvrez Mon Traître

Franco-belge Le 07 fev 2018
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Entre Guinness, IRA et trahison, découvrez Mon Traître

L’avis de DoctorVin's9

On a aimé • Une oeuvre qui sonne juste • Des personnages attachants • Une adaptation réussie • De la Guiness
On a moins aimé • Un manque de contextualisation

« Un traître au sein de l’IRA » : il ne faut pas moins que ces quelques mots, pour que le monde d’Antoine s’écroule. Tyrone Meehan, son mentor, son héros était un traître. Mais en trahissant l’IRA, qu’a-t-il trahi exactement ? Son pays ? Ses amis ? Sa famille ? Lui-même ? Mais la question qui tourmente vraiment Antoine est celle-ci : leur amitié a-t-elle jamais été sincère ? 

Cette histoire, elle est vrai. Les protagonistes n’avaient pas le même nom et les choses diffèrent quelque peu, mais ces évènements se sont vraiment déroulé. Dans notre monde, Antoine s’appelle Sorj Chalandon, et son histoire lui a inspiré un roman, qui inspirera donc lui-même une bande dessinée, entièrement réalisée par Pierre Alary et éditée chez Rue de Sèvres depuis le 10 janvier. 

« Le roman c’est mon histoire, la bande dessinée ce sera la tienne», ce sont les mots de Sorj Chalandon à Pierre Alary lorsqu’il a voulu adapter son roman. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteur de bande dessinée s’y est tenu, tant il a réussi à s’approprier le roman, pour en faire une oeuvre à part entière.

« Mon Traître » est une BD d’autant plus marquante par la justesse et l’authenticité des relations qu’elle montre, mais aussi de leurs remises en cause liées à cette trahison. Cela passe avant tout par des dialogues bien écrits, des personnages attachants, et un processus d’identification à Antoine qui fonctionne très bien. Il est un jeune luthier parisien, et c'est à travers ses yeux qu'on découvre l’Irlande et son histoire, mais surtout Tyrone Meehan, héros de la résistance face à l’envahisseur britannique. C'est une oeuvre immersive : on apprend à aimer tous ces personnages, à avoir l’impression d'être à leurs côtés, une pinte de Guinness à la main, on comprend surtout leur rage face aux britanniques et cette envie de révolte. Au final, on se sent tout autant trahi par Tyrone que l’a été Antoine

Cette immersion dans le récit passe aussi par les dessins, qui à l’image des dialogues arrivent à être justes. L’auteur s’attarde très peu sur les violences liées à la guerre civile en Irlande, et préfère laisser jouer l’imagination du lecteur. C’est sur les visages des protagonistes et notamment leurs regards qu’il choisit de s’attarder, et cette intimité renforce ainsi notre proximité avec les personnages. Le dessinateur n’hésite pas non plus à jouer avec la mise en page, et chaque début de chapitre est semblable à une sorte de travelling. Les chapitres (si on peut les appeler comme ça) sont d’ailleurs séparés par des extraits de l’interrogatoire de Tyrone par l’IRA. Autant de preuves que l’artiste a bien réfléchi à l’adaptation de l’histoire, en fonction des possibilités que lui offrait le médium de la bande dessinée.

Un mot aussi sur les couleurs, tantôt chaleureuses, tantôt froides, elles exacerbent les émotions véhiculées par l'histoire. Ironiquement, elles ne sont pas réalistes mais participent à l’authenticité du récit, peut-être parce que justement elles en appellent plus à nos émotions.

Une autre qualité du livre est l’Histoire (celle est avec un grand H). Mon Traître propose en effet une plongée au sein de l’Irlande (du Nord) et permet d’en apprendre plus sur le conflit Nord-irlandais (1968-1998). Mais cela amène aussi l’un des défauts du livre : je pense qu’une page d’introduction explicative sur le contexte historique aurait pu être bénéfique, afin de mieux saisir l’oeuvre, même si on peut tout à fait s'en sortir sans.

C’est un peu par hasard que je suis tombé sur cette bande dessinée, et elle fait désormais partie de mes meilleures lectures récentes, je vous invite donc à la découvrir. C'est une oeuvre riche qui amène la réflexion, notamment sur le fait de trahir et tout ce que cela implique. Mon Traître est à retrouver chez Rue de Sèvres au prix de 20 euros.

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