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Critique

Flipette et Vénère, entre passivité et militantisme

Franco-belge Le 11 mars 2020
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par LiseF
Flipette et Vénère, entre passivité et militantisme

L’avis de LiseF9

On a aimé • L'efficacité du trait • Une réflexion passionnante sans être prise de tête
On a moins aimé • Un élément de la fin très frustrant

Les artistes venus de l'animation font souvent de bons auteurs de BD : ils ont l'art de la narration, à la fois propre, belle et efficace. On l'a vu avec Le veilleur des Brumes ou encore Le Collège noir, le constat se confirme avec Flipette et Vénère. Sortie le mois dernier chez Delcourt, l'oeuvre est dessinée et scénarisée par Lucrèce Andreae, réalisatrice de Pépé le Morse sélectionné au Festival de Cannes en 2017. L'autrice signe ici son premier one-shot en solo... et c'est un coup de coeur !

Deux soeurs, deux visions de la vie

Dans Flipette et Vénère nous suivons Clara, jeune femme rêveuse gagnant sa vie en tant que photographe. Elle s'attache à capter l'âme des personnes à travers son objectif... sans prendre la peine de se soucier du contexte, de ce qu'il se passe autour. L'actualité, le monde, Clara s'en fout et pour elle l'art est apolitique. Lorsqu'elle apprend que sa soeur Axelle s'est cassé une jambe, sa mère l'encourage à aller s'occuper d'elle. Le problème c'est qu'Axelle a coupé les ponts avec sa famille lorsqu'elle est partie s'installer à Paris. Un peu à contre-coeur, Clara fait sa valise et part pour la capitale afin de venir en aide à sa soeur.

Comme prévu, l'acceuil est glacial. Clara réalise qu'Axelle, loin d'elle, s'est développée complètement différemment. Elle squatte l'appart d'un pote parti vivre à l'étranger, et travaille dans une association qui vient en aide aux laissés pour compte. Axelle hait l'injustice, l'oppression des puissants sur le peuple. Elle est de toutes les manifs, matos de premier secours dans le sac à dos, elle prête son appart à des SDF pour qu'ils puissent prendre une douche, et elle est perpétuellement en colère. Finalement la seule chose que Clara et Axelle ont en commun, ce sont leurs gènes...

Qui a raison et qui a tort ?

Ce qui frappe tout de suite quand on commence la lecture de Flipette et Vénère, c'est l'efficacité du trait. On saisit les personnages en quelques pages, et on se laisse embarquer dans leurs mouvements, leurs bagarres, leurs joies et leurs drames. Il faut dire qu'au fil de sa découverte de la vie militante parisienne, Clara va en croiser des drames. Des personnalités variées, des gueules cassées, des petits blagueurs pas forcément marrants qui rendent l'oeuvre ultra-vivante. 

Au fil des pages on découvre aussi une réflexion passionnante sur l'engagement et le militantisme. Les deux soeurs ont une vision de la vie rigoureusement opposée, qui les emmèneront souvent malgré elles dans des débats virulents. Qui a raison entre la paisible Clara et la furieuse Axelle ? En vérité : personne. Et c'est cela aussi que j'ai beaucoup aimé avec cet album. Lucrèce Andreae ne nous fait pas la morale, elle ne livre pas une vision du monde et des gens toute blanche ou toute noire. Elle ouvre des pistes de réflexion qu'on est libres d'explorer ou pas, et qui sont présentées de façon vraiment intelligente.

Chapeau bas pour Lucrèce Andreae : l'autrice signe un premier album hyper propre et vraiment malin, sans pour autant être prise de tête. Et vous, serez-vous Flipette ou Vénère ? L'album est disponible au prix de 25 euros chez Delcourt.

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