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Histoires du quartier tome 2, la critique

Franco-belge Le 26 aout 2015
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par Elsa
Histoires du quartier tome 2, la critique

L’avis de Elsa7

On a aimé • Une évocation puissance de l'adolescence • Des textes superbement écrits • un dessin subtil
On a moins aimé • Des histoires courtes manquant parfois d'un fil conducteur

En juin dernier paraissait le tome 2 d'Histoires du quartier chez Gallimard. Retour sur un titre réussi.

Grandir comme on peut.

Gabi Beltrán a grandi à Palma de Majorque, dans le barrio chino, dans les années 80. Un quartier pauvre, duquel les gamins, majoritairement des enfants de prostitués, sortaient très peu, à part pour faire des conneries plus grandes encore que celles dont ils avaient l'habitude. Si à l'époque, les limites du quartier formait son seul univers, l'adolescent devenu grand a compris au fil du temps que le barrio était pour beaucoup d'entre eux une sorte de cercueil à rebours.

Dans Histoires du quartier, dont le deuxième volume est paru cet été, l'auteur se remémore des souvenirs éparses, anodins ou plus exceptionnels, mais qui ont tous la même valeur à ses yeux. Entre les lignes il dresse le portrait de son quartier, et de tous ces gamins qui, comme lui, grandissaient trop vite, parce que la vie ne leur laissait pas le temps d'être innocents.

La beauté des mots.

Ces deux tomes d'Histoires du quartier sont composées de récits courts, d'anecdotes qui lui reviennent en mémoire, entrecoupés de textes où l'auteur regarde sa vie à hauteur d'adulte. Dans le premier tome, ces textes racontent comment il apprit la mort de son père, dans le second, il y évoque sa relation avec sa mère. Dans les parties en bandes dessinées, il nous entraine dans les rues du barrio chino, où lui et ses amis passaient le plus clair de leur temps à ne rien faire, simplement ensemble pour tromper l'ennui. Il y avait les petits boulots pour ramener un peu d'argent à la maison, les sorties nocturnes pour jouer aux grands, et les idées qui pourraient bien leur apporter des ennuis, mais qui sur le coup semblaient la meilleure des possibilités. Le narrateur de ces histoires mêle le Gabi ado, troublé face à une fille qui lui plait, amusé quand il se confronte au danger, et l'adulte, souvent mélancolique, dressant malgré lui la nécrologie de beaucoup de ceux qui traversent les pages, donnant une profondeur particulière à l'instant, puisque l'on sait que l'un ou l'autre mourra quelques mois ou années plus tard, seul, la plupart du temps d'une overdose. 

Pour autant ces récits montrent surtout des adolescents comme les autres, débrouillards, remplis d'émotions contradictoires qui les traversent de part en part. L'auteur s'interroge, en écrivant, sur ce qui faisait de lui quelqu'un de différent, à l'époque et puis en grandissant. Ce pourquoi il est aujourd'hui là à raconter sa vie alors que la plupart de ceux qui partageaient ses journées ne sont plus de ce monde. Il y a dans l'écriture de l'auteur un talent de raconteur d'histoires, mais aussi un immense talent pour sublimer le mot. On a cette impression de lire un roman en même temps que l'on lit les planches, tant le texte est beau, puissant. Si bien qu'on pourrait passer des heures à lire Gabi Beltrán nous entrainer dans ses souvenirs désabusés. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire c'est que ses histoires sont comme des souvenirs qu'on laisserait revenir en désordre, et qu'il manque parfois un fil conducteur, comme s'il nous racontait sa vie, mais sans nous donner toutes les clés.

Bartolomé Seguí se charge du dessin, racontant par l'image les petites ruelles sombres du quartier, les fenêtres, partout, qui, plutôt que d'ouvrir chaque appartement sur le monde semble s'infiltrer dans l'intimité et les sombres secrets de chacun. La vie est dure pour tout le monde, là-bas. Il dresse le portait d'un lieu où le soleil s'infiltre comme il peut, et où la principale source de lumière nocturne est l'éclairage des nombreux bordels, où les ados se rendent en essayant minutieusement d'éviter tous ceux où la mère de l'un d'eux travaille. Au milieu de ces décors, chargés d'une âme et devenus un véritable personnage muet et un peu menaçant, les personnages ont un côté naïf, apportant une touche de douceur, d'innocence, et permettant au récit de conserver une certaine lumière, de ne pas être trop dur.

Histoires du quartier nous fait vivre une adolescente particulière, celle dans le barrio chino de Palma de Majorque, et en même temps universelle dans ses tracas, ses interrogations, cet ennui aussi, propre à des jeunes à l'aube de l'âge adulte, qui trouvent que le temps passe trop lentement. Des petits bouts de vie remarquablement écrits, et mis en image avec subtilité.

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