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Critique

Holy Wood, la critique

Franco-belge Le 15 sept
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par Elsa
Holy Wood, la critique

L’avis de Elsa7

On a aimé • L'ambiance très étrange • Le mélange de réalité et de métaphore • L'émotion qu'il procure
On a moins aimé • Un regard forcément subjectif qui ne correspondra pas à l'image que l'on a soi de Marilyn

Holy Wood, l'un des titres parus cet été chez La Boite à Bulles, est un roman graphique ambitieux qui hantera longtemps son lecteur...

Fabriquer une icône.

Norma Jeane Baker emménage dans une petite habitation de fortune à Holy Wood, le bois sacré. Elle rêve de devenir actrice mais ne sait pas bien ce qui l'attend. Bègue et timide, elle voit les portes se fermer devant elle, les unes après les autres. Devrait-elle perdre espoir ? En coulisse pourtant, certains décèlent en elle un potentiel...Les fondateurs finissent par la convoquer. Norma Jeane est la matière première idéale pour fabriquer leur nouvelle créature : Marilyn Monroe.

De la femme au personnage.

C'est annoncé sur la couverture, Holy Wood est un 'portrait fantasmé de Marilyn Monroe'. Tommy Redolfi construit son personnage en s'inspirant de moments de la vie de l'actrice, démarrant le récit à ses débuts de starlette, et en lui insufflant une vie faite de l'image qu'il se fait d'elle. Il la place dans un monde métaphorique, étrange et sombre, ou Hollywood devient Holy Wood, un bois étrange où la lumière ne semble plus percer. En son sein vit une petite communauté aux règles uniques et secrètes, qui broie en silence ceux qu'elle laisse entrer.

La lecture d'Holy Wood est une expérience, troublante et douloureuse. De Marilyn Monroe on sait tous la trajectoire de vie dramatique, la désespoir et la douleur. On sait que tout ça va mal finir. Alors l'héroïne de cette bande dessinée, on s'y attache instantanément. On voudrait qu'elle fuit tant qu'il est encore temps, qu'elle parte loin de ce bois sacré, qu'elle aille trouver ses réponses ailleurs, nourrir son espoir plutôt que de le brûler. Le destin de l'actrice se mêle à celui du personnage, Tommy Redolfi joue avec la frontière discrète entre l'inconscient collectif et son fantasme personnel, avoué en sous-titre. On entre dans ce huis clot en pleine forêt, qui évoque forcément le danger des contes. L'histoire s'ouvre d'ailleurs sur quelques images d'un dessin animé de Betty Boop reprenant l'histoire du Petit Chaperon Rouge. Là encore les frontières sont floues entre le fantastique et la réalité. Des histoires qu'on lisait enfant, on sait que le Grand Méchant Loup attend quelque part dans ce bois menaçant, tapi dans l'ombre. À hauteur d'adulte on sait aussi que Le Grand Méchant Loup est une entité plus subtile, moins évidente. 

Le parti pris pourra peut-être aussi provoquer un certain malaise, surtout chez ceux qui eux-même ont un attachement particulier à Marilyn, et connaissent sa vie par la lecture de biographies. L'auteur l'assume, c'est un portrait fantasmé. Mais l'image qu'il a, qu'il donne de Marilyn Monroe ici est forcément subjective, met en lumière certains moments de sa vie quand d'autres sont passés dans l'ombre, choisit de se concentrer sur certaines facettes de sa personnalité. La Norma Jeane devenant Marilyn est ici un personnage particulièrement fragile, sur le fil, manipulé comme une marionnette. Elle souffre d'être enfermée dans une case et de perdre le contrôle de sa vie. C'est vrai, mais pour ma part, puisqu'il s'agit de subjectivité, je n'ai pas retrouvé la force de vivre et la lumière de l'actrice. Comme la sensation qu'il manquait des morceaux au puzzle de 'ma' Marilyn, de celle que j'admire et qui m'inspire. Lire Holy Wood c'est aussi accepter qu'une personne est devenu personnage, qu'un autre se l'est totalement approprié pour façonner une nouvelle entité. 

Le dessin de Tommy Redolfi contribue pour beaucoup à l'atmosphère étrange qui règne dans cette bande dessinée. Vibrant, un peu torturé, il fait la part belle aux rides, aux cicatrices, aux douleurs qui s'inscrivent sur le visage. Le dessinateur joue aussi avec les proportions des corps pour créer des personnages tantôt très petits, tantôt immenses et malingres, d'autres encore ont une tête bien plus grande que leur corps. Comme si on évoluait parmi les acteurs d'un cirque de freaks du siècle dernier. La lumière sert à merveille cette ambiance. Entre le soleil qui peine à filtrer entre les arbres et l'éclairage artificiel des intérieurs, Holy Wood a quelque chose de menaçant. Le danger est partout et pourtant on est captivé par chaque case. Là encore, Tommy Redolfi mêle son bois imaginaire à des éléments bien réels du monde du cinéma, des bureaux de casting aux plateaux de tournage en passant par les soirées mondaines et les plateaux de télé.

Holy Wood est une biographie subjective et métaphorique. Une histoire qui n'a pas l'ambition de raconter la vie de la vraie Marilyn Monroe, mais de celle d'un personnage né dans l'esprit de l'auteur. Entre réalité, conte tragique et voyage étrange dans cet Holy Wood qui nous fascine tous, sans doute pour de mauvaises raisons.

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