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Critique

Julio Popper, la critique

Franco-belge Le 21 sept 2015
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par Sullivan
Julio Popper, la critique

L’avis de Sullivan8

On a aimé • Une vraie bonne BD d'aventure • Un personnage hors du commun • Un dessin qui cache bien son jeu
On a moins aimé • L'épisode de la photo vite expédié • Peut-être un peu court au regard de la vie de Popper

Terreau des plus grands aventuriers (Bob Morane, Corto Maltese...), la Bande Dessinée recelle également de magnifiques biographies des grands noms de la découverte, à l'image de Nungesser tout dernièrement, par exemple. Parmi eux se trouvent un homme évidemment pas comme les autres, un Roumain juif franc-maçon ayant grandi et étudié à Paris au coeur des plus grandes écoles, avant de parcourir l'inde, la Chine et le Japon, et finalement d'attérir en Amérique du Sud, berceau de notre histoire. 

Servie (sur un plateau) par un Matz qui devient un habitué de Rue de Sèvres après Balles Perdues, notre histoire nous amène en 1980, en Argentine. Présenté dans son âge d'or, après avoir contribué à bâtir la Nouvelle-Orléans puis La Havane, Popper se retrouve sur les terres de feu pour en cultiver l'or en bravant les nombreuses embûches qui lui seront tendues. Les auteurs n'oublient pas non plus de mentionner l'affaire "de la photo", où Julio Popper fût immortalisé au dessus du cadavre d'un Ona, les premiers habitants de la terre de feu qu'il chassera pour les besoins de sa ruée vers l'or. On notera d'ailleurs que l'aventurier y est plutôt épargné, puisque l'origine de sa présence sur le cliché est expliquée, presque innocentée. 

Malgré la propension d'un Popper prétendu humaniste à massacrer rivaux et aborigènes, le récit fait la part belle à un homme en avance sur son époque, plus intéressé par l'appel de l'aventure que par les profits qu'il pouvait générer. Déroulé sur un rail, le récit ne présente que peu de surprises mais s'offre quelques climax bien sentis et profite d'un rythme soutenu, la vie de celui qui s'appelait Julius défilant devant nos yeux à une vitesse folle. Je ne vous en révèlerai évidemment pas les tenants et les aboutissants, mais sachez qu'il est fort agréable de s'offrir une petite leçon d'histoire méconnue avec une bonne BD, nostalgique de ces hommes aux vies fabuleuses de surcroît.  

Du côté du dessin, Chemineau livre une prestation franchement solide, lui aussi ancré dans un classicisme ultra efficace, à l'exception de quelques découpages audacieux lors de flashbacks qui offrent toute sa superbe à un héros magnifié par celui qui en dessine les traits, apprêté en société ou barbe bien ébouriffée. Petit détail qui fait la différence, la correspondance entre les bulles, le lettrage et les gouttières (toutes blanches) de l'album lui offrent un relief pas désagréable à la lecture, l'économie de dialogue rendant souvent service à un dessin qui explose de plus belle. 

Ce serait mentir de dire que je connaissais la vie de Julio Popper avant de la découvrir le temps d'un bel album, qui m'a forcé à pousser ensuite mes recherches sur un aventurier malheureusement oublié par l'histoire. Il s'agit là de la preuve du travail bien fait, Matz et Chemineau livrant un récit d'une efficacité totale sans jamais ennuyer, ni se transcender. Dans un cadre historique, c'est souvent tout ce qu'on demande et les auteurs nous régalent avec une BD qui nous amène en Argentine et ailleurs, servie par une sincérité sans faille. Pas immanquable, mais chaudement conseillé. 

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