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Critique

Kamarades : la fin des Romanov, la critique

Franco-belge Le 12 mai 2015
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par Republ33k
Kamarades : la fin des Romanov, la critique

L’avis de Republ33k7

On a aimé • De très beaux dessins • Une romance bien écrite • L'univers historique bien rendu
On a moins aimé • Le rythme est haletant • Des ellipses un peu méchantes

Nouveauté portée par de jeunes auteurs, le premier tome de Kamarades, fiction sur fond d'Histoire, vient de débarquer chez Rue de Sèvres, dans un très bel album qui vous propose de replonger dans un événément historique majeur : les révolutions russes.

Si vos cours d'histoire sur le sujet vous donnaient des cauchemars, Benoît Abtey et Jean-Baptiste Dusséaux risquent bien de vous désenvouter. En choisissant de s'écarter, volontairement, du déroulement historique des deux révolutions russes de 1917, les deux scénaristes nous permettent d'explorer cette période fascinante sans tomber dans la bande-dessinée purement historique. Sans le préciser d'ailleurs, la bande-dessinée fait donc le choix de malmener sa fidélité historique pour renforcer son intérêt narratif.

Et pour cause, l'histoire principale de ce Kamarades se concentre sur une romance de taille, celle, fictive, qui lie Anastasia Nikolaïevna de Russie, ou Anastasia Romanov, et un jeune soldat cosaque, Volodia Ivanovitch. Une histoire d'amour impossible dans la lignée des films et des romans sur ce thème, que les scénaristes écrivent ici comme une nouvelle interprétation de la mythique destinée de la jeune fille, personnage historique fantasmé s'il en est.

Mais en témoigne le titre de ce premier tome, La Fin des Romanov, l'intrigue principale n'est pas le seul intérêt de cet album, le contexte historique, certes réinventé à la lumière d'une romance fictive, est également important. Kamarades s'ouvre sur février 1917, les débuts des révolutions bolchéviques et galope vers les dates charnières de cette époque. Et c'est sans doute le plus gros reproche que j'aurais à faire à Kamarades. 

Certes, le scénario d'Abtey et Dusséaux donne la priorité à sa romance, mais cette dernière est bien trop liée à son contexte historique pour qu'on puisse l'ignorer. Moralité, si le rythme, pour une romance, est soutenu, il sera tout simplement déroutant pour une intrigue historique. Et Kamarades se situant quelque part entre une histoire d'amour et une histoire avec un grand H, l'album subit de plein fouet sa narration galopante à base d'ellipses en tous genres.

Le scénario reste tout à fait plaisant malgré cela, mais on peine à digérer les informations transmises, et à ressentir le poids des événéments historiques massifs en toile de fond. La solution aurait peut-être été de donner moins d'importance aux personnages historiques comme Staline et Lénine, qui sont ici présentées aussi bien comme des figures que comme des protagonistes. D'autant plus que les deux révolutionnaires sont des figures bien plus connues du grand public que les Romanov eux-mêmes.

Scénaristiquement, l'œuvre a donc du mal à choisir son camp, non pas entre rouges et blancs, mais entre événements historiques et intrigue amoureuse. A défaut, la bande-dessinée mettra tout le monde d'accord grâce aux dessins de Mayalen Goust. L'illustratrice met en effet son univers au service de la narration séquentielle de la plus belle des manières, avec un parfait découpage et des planches impressionantes, qui en dehors de leur qualité intrinsèque, font aussi un usage symbolique et ô combien intéressant de la couleur blanche et de la couleur rouge. La fond rejoint donc la forme dans les planches de l'artiste, sublimées par son trait libre et léger et quelques passages plus métaphoriques.

Tiraillé entre inspirations historiques et tragédie amoureuse, La Fin des Romanov est un album plutôt instable qui trouve son équilibre dans les superbes planches de Mayalen Goust. Explorer l'univers des révolutions russes était un parfait terrain de jeu pour écrire une histoire d'amour shakespearienne, mais les scénaristes semblent un peu secoués par tant d'influences. Heureusement, les planches de Mayalen Goust donnent un charme certain à cette histoire qui n'en manquait pas en premier lieu. Une série à surveiller de près en attendant le second tome.
 

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