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Critique

L'Adoption tome 1, la critique

Franco-belge Le 09 mai 2016
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par Elsa
L'Adoption tome 1, la critique

L’avis de Elsa9

On a aimé • Le dessin plein d'émotion • La justesse du ton • La puissance du récit
On a moins aimé • Vous faites peut-être une overdose de Zidrou mais vous auriez tort de passer à côté de celui-ci

Un drame lointain qui vient bouleverser le quotidien, tel est le point de départ de L'Adoption, paru cette semaine chez Grand Angle. Une nouvelle collaboration pour le duo Zidrou/Arno Monin qui nous avaient déjà offert le joli Merci.

Nouvelle venue.

Un tremblement de terre extrêmement meurtrier au Pérou : forcément, comme tout le monde, Gabriel trouve ça très triste quand il l'apprend dans le journal, mais ça ne va pas non plus bouleverser sa vie... Ou peut-être que si ? Car quelques mois plus tard, son fils adopte une orpheline péruvienne : Qinaya. Mais le vieil homme n'a pas du tout envie de s'impliquer. Il n'était déjà pas très présent en tant que père, alors cette gamine venue de nulle part...

Il n'est jamais trop tard pour changer.

Si ce premier volume (sur deux) de L'Adoption s'intitule Qinaya, ne vous méprenez pas : elle n'en est pas l'héroïne. Ce premier opus porte son nom comme on baptise une tempête. Qinaya, c'est le nom de l'ouragan qui va bousculer la vie bien rangée de Gabriel. Modifier ses relations avec son entourage, le faire se remettre en question, l'obliger à ressentir des émotions qu'il avait rangées au placard, à ouvrir son coeur qu'il avait pourtant si minutieusement calfeutré. Il n'y a pas d'âge pour être bouleversé. Le héros c'est lui, Gabriel. Un homme qui arrive à l'âge de faire le bilan de sa vie, qui s'en satisfaisait très bien pourtant... jusqu'à ce qu'un drame survenu à l'autre bout du monde, un entrefilet dans le journal, vienne tout remettre en question et l'obliger à ne plus se satisfaire, justement.  

Il ne faudra désormais pas seulement compter sur Les Vieux Fourneaux pour évoquer avec justesse le 'troisième âge'. Moins hilarant et farfelu, L'Adoption en est sans doute plus réaliste, très juste et touchant. À travers Gabriel, sa femme, ses deux meilleurs amis, cette bande dessinée raconte avec intelligence ce qui occupe la vie de paisibles retraités, dont la vie se partage entre passé et présent.

On connait le Zidrou raconteur de jolies histoires qui donnent le sourire, celui, plus critique et mordant qui croque avec toujours beaucoup d'humanité ses personnages. Ici c'est un peu des deux. Le soleil et l'ouragan, donc. Il y a dans L'Adoption ce mélange de petits bonheurs délicieux, et quelque chose d'autre. Zidrou aime ses personnages et c'est aussi pour ça qu'il n'hésite pas à les secouer, à leur faire intensément ressentir, pour en sortir le pire comme le meilleur. On arrive dans un petit quotidien paisible, et un évènement déclencheur change la donne. Comme la vraie vie, ce récit se partage entre ces bouleversements, et des moments plus calmes, plus doux, que l'on savoure avec d'autant plus de bonheur. Et s'il est question de quotidien, le fil de l'histoire nous emmène dans des directions inattendues. Certaines merveilleuses, d'autres beaucoup plus sombres... Il faut bien l'avouer, Zidrou publie beaucoup de titres ces derniers temps chez différents éditeurs. La qualité de sa plume ne faiblit pas, mais toutes ses histoires n'ont évidemment pas la même puissance. L'Adoption est certainement de la trempe de ses meilleurs récits, Touchant et surprenant, ce titre ne ménage ni ses personnages, ni ses lecteurs.

Au dessin, Arno Monin a pris le temps de trouver le trait qui servirait au mieux cette histoire et y est magnifiquement parvenu. Ses planches sont belles, douces et très riches en émotions. Chacun de ceux qui traversent l'histoire a, en quelques expressions, une personnalité subtile. Des sujets et sentiments pourtant difficiles à mettre en images sont ici dessinés avec une simplicité salvatrice, une humilité de dessinateur qui touche aux tripes et au coeur. La vieillesse, les douleurs silencieuse, le traumatisme de Qinaya, autant de choses qui font parties de la vie, et que le dessinateur traite comme telles. Le résultat en est d'autant plus marquant, puissant. Dans les regards, les sourires et les larmes, mais aussi et peut-être surtout dans les moments de silences que racontent ses planches, on vit véritablement cette lecture et on en ressort profondément marqué.

Ce premier volume du diptyque L'Adoption est une très belle bande dessinée, qui parvient à nous donner le sourire et à nous bouleverser en même temps. Une évocation très juste et touchante de la filiation, de la nature humaine et du temps qui passe. Il faudra maintenant patienter jusqu'au second volume, qui sera à coup sûr riche en émotions et en rebondissements.

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