Critique > L’Odyssée d’Hakim tome 2 : une seule et même humanité sur toute cette Terre
Critique

L’Odyssée d’Hakim tome 2 : une seule et même humanité sur toute cette Terre

Franco-belge Le 20 juin 2019
2
par La rédac
L’Odyssée d’Hakim tome 2 : une seule et même humanité sur toute cette Terre

L’avis de La rédac9

On a aimé • La force du message • La pertinence du mode de transmission choisi • L’empathie de l’auteur pour son sujet • Deux pages de résumé inventives pour se remettre dans l’histoire
On a moins aimé • Laissera de marbre ceux qui construisent des murs entre les humains (fallait bien trouver un moins)

L’an dernier, nous vous présentions la nouvelle série de Fabien Toulmé chez Delcourt, L’Odyssée d’Hakim. Un ouvrage incroyablement puissant pour casser les clichés sur les “migrants”. Autant dire que nous n’avions pas l’intention de passer sous silence la sortie du tome 2 en ce mois de juin.

Hakim, Najmeh son épouse et sa belle-famille se sont installés à Istanbul dans l’espoir de pouvoir trouver du travail et faire leur vie loin de la guerre syrienne. Mais la situation interne turque se tend et c’est désormais la France, que le beau-père d’Hakim connait déjà, qui devient leur objectif. Mais si Najmeh et ses parents arrivent à s’installer légalement en France, ce n’est pas possible pour Hakim et leur enfant. Il ne restera alors qu’une seule possibilité au jeune homme : traverser la Méditerranée comme un clandestin.

Un album comme un miroir vers notre propre moralité

L’Odyssée d’Hakim est une oeuvre INDISPENSABLE, on ne le dira jamais assez. Ce second tome comporte exactement les mêmes intérêts et qualités que le premier volet. C’est une fois de plus une des lectures incontournables de cette année de production bande dessinée. Mais peut-être êtes-vous passé à côté du tome 1, alors soyons plus explicite.

La très grande force de Fabien Toulmé sur ce projet, c’est la façon dont il arrive à créer une connexion entre le lecteur et le personnage principal (dont c’est l’histoire réelle, pour rappel). À quoi fait-il appel pour ce faire? À notre HUMANITÉ. À ce qui fait de nous une espèce à part entière, sans aucune différences de fond autre que culturelles. Qui ne ressortirait pas troublé de cet album devrait se poser des questions sur sa moralité et sa sensibilité. 
Fabien Toulmé ne cherche pas à faire appel à un pathos excessif pour nous tirer la larme à l’oeil, ce n’est pas du tout son propos. Il se contente de composer avec la plus belle des matières, la vérité. Certes, le parcours d’Hakim est forcément singulier. Tous les migrants ne sont pas lui. On pourrait dire que l’auteur a trouvé une figure exemplaire qu’il aurait mis en scène pour donner des leçons.

Mais ce n’est toujours pas ça, L’Odyssée d’Hakim. Ce n’est pas tant le personnage en lui-même, qui vient nous toucher, que les situations qu’il vit. Des situations qui sont rapportées par TOUS les migrants qui arrivent par chez nous en vie (précision importante vu le nombre d'entre eux qui meurent en mer depuis des années). Des situations qui viennent nous interpeller en nous obligeant à nous demander ce que nous aurions fait à la place d’Hakim. Pour préparer sa traversée, il achète un gilet de sauvetage. Mais pour son fils, en bas âge, point de gilet. Pour se rassurer, il achète une bouée de piscine. À ce moment précis, le regard d’Hakim sur son fils, sur la folie de sa situation et des risques qu’il prend, tout cela vient nous frapper en pleine poitrine. Fondamentalement, cet homme est comme nous et ce qui le motive est universel. Nous l’avons tous ressenti d’une manière ou d’une autre. 

Pas besoin d'être Michel-Ange pour transmettre des émotions

Le vecteur de ces émotions, de cette vérité, c’est aussi le dessin de Fabien Toulmé. Un dessin simple, qui met l’accent sur les personnages et leurs émotions, plus que sur le contexte qui les entoure. En quelques traits, l’artiste parvient à poser le décor suffisant pour nous immerger dans l’histoire. Ce à quoi il s’attache, c’est à rendre humains ses personnages. Pour nous rappeler qu’ils ne sont pas autre chose. Scott McCloud le théorisait dans son ouvrage L’art invisible : Plus le dessin est réaliste, moins il est universel. Au contraire, plus il est simplifié, plus il est symbolique, et plus il parlera à chacun d’entre nous. C’est là dessus que s’appuie Fabien Toulmé. Et c’est grâce à cette disposition de notre esprit que son message nous percute avec tant de force. Rajoutez un traitement des couleurs à l’unisson, qui véhicule ses émotions, et vous avez la recette d’une très belle réussite.

Alors reprenez le tome 1 si vous ne l’avez pas lu. Foncez sans hésitation sur ce tome 2 si vous êtes à jour. Les deux albums, épais (256 pages pour celui-ci) se lisent comme de vrais “page turners”. On passe les pages une à une, emporté dans cette odyssée moderne qui met en lumière de vrais héros : des personnes guidées par un idéal de vie, prêts à prendre tous les risques pour lui. Un idéal dingue : le simple droit à une vie heureuse. Pourquoi n’y auraient-ils pas droit ?

Par Yaneck Chareyre
son Instagram
son twitter

Auteurs & Mots clés
les dernières news les dernières critiques
Vous êtes certain de vouloir supprimer ce commentaire ?