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Critique

La Mondaine tome 1, la critique

Franco-belge Le 15 mars
1
par Elsa
La Mondaine tome 1, la critique

L’avis de Elsa10

On a aimé • La justesse • La poésie • L'intelligence
On a moins aimé • Rien

C'est comme ça à chaque fois. Zidrou collabore avec des dessinateurs incroyables, leur taille des récits sur mesure, puis à deux, ils racontent des histoires toutes en justesse, en sensibilité, en émotion. Des vrais gens, la vraie vie, la douleur qui broie le cœur et l'estomac, le bonheur qui colle des papillons partout dans le ventre. Ils posent ça comme ça, juste sur du papier, et pourtant on ressent physiquement tout ce que vivent les personnages. De la magie.

Zidrou s'amuse à prendre des directions toujours différentes, s'empare des sujets les plus délicats, les plus difficiles, les plus tabous. Et il s'en sort toujours à merveille.  Avec La Mondaine, qui sera en deux volumes, il travaille à nouveau avec l'incroyable Jordi Lafèbre (avec qui il avait fait Lydie). Et c'est un bijou.

Bienvenue à la Mondaine

Aujourd'hui, Aimé Louzeau quitte la criminelle et fait ses premiers pas à la Mondaine, la brigade des mœurs. Prostitution, exhibition, trafic de photos pornographiques, les affaires ne manquent pas, et les prévenus défilent dans les bureaux.

Jour après jour, il va s'habituer à ce nouvel univers, se lier à ses collègues, et découvrir cet autre Paris, souvent nocturne, où le sexe omniprésent se fait aussi glauque que sulfureux.

Et puis il y a la vie à la maison, entre les souvenirs de son père, la souffrance de sa mère, et son célibat qui se prolonge au grand dam de cette dernière. Aimé est un garçon charmant pourtant, ne pourrait-il pas se trouver une gentille fille à épouser ?

"Quand on demande à des enfants de veiller sur un magasin de friandises, faut pas s'étonner qu'ils mettent de temps en temps la main au bocal."

Difficile en réalité de résumer la Mondaine, à part par son ébullition. Chaque jour, chaque nuit est différent, et Aimé le découvre en observant, sans mot dire ou presque, ce qui se passe devant lui. Zidrou et Lafèbre ont imaginé tout un petit monde. Ils ont donné vie à tous ces gens, une matière, puis ils les laissent se croiser, et même parfois, vraiment se rencontrer. Chacun de leurs personnages est vivant, incroyablement vivant. On lit dans ses yeux et dans ses mots tous les drames qui l'ont forgé, l'ont amené là. Il y a de la douleur dans les sourires, des éclats de rires dans les cris.

Les dialogues confinent au parfait, justes, incisifs, tantôt hilarants ou bouleversants. Et puis il y a la puissance de tout ce qui ne se dit pas. Car La Mondaine existe autant dans son effervescence que dans ses silences. Dans les regards, les gestes, les secrets et les blessures muettes.

Par son sujet, La Mondaine est aussi, forcément, d'un érotisme troublant. C'est le sexe dans tout ce qu'il a d'interdit qui traverse ses cases. Filles de joie, filles trop jeunes, corps nus, qu'ils soient vieillissants ou dans la fleur de l'âge. Ce sont les étreintes furtives, la tentation partout, les tabous qui n'existent plus. Et toujours, toujours, de l'élégance, de la poésie. Parce que Zidrou et Jordi Lafèbre regardent chacun de ces héros ordinaires, qu'ils ont créé de toutes pièces mais qui paraissent plus vrais que nature, avec une infinie tendresse, et qu'il y a de la grâce même dans la boue, même dans les ruelles les plus sordides, si l'on se donne la peine de bien regarder. Et puis d'ailleurs, peut-on vraiment faire des catégorisations ? Y'a-t-il le bien et le mal, le beau et le laid, le raffiné et le vulgaire ? N'y a-t-il pas, plutôt, une infinité de nuances ? Il est sans doute là le génie de ces deux auteurs, dans l'art de la nuance.

"Il y a tant de beauté en ce monde !"

Il y a bien d'autres sujets encore que le duo développe entre les lignes. La religion, la guerre, le couple, la famille. Toujours à demi-mot, mais cela suffit. Comme si le scénariste parvenait à saisir l'essentiel au vol, laissant les fioritures à la porte. Il y a de la folie dans La Mondaine, aussi. Celle provoquée par l'ivresse, par l'appel de la nuit, mais aussi celle bien moins gaie qu'entraine parfois les trop plein de cicatrices.

Le dessin de Jordi Lafèbre est magnifique, doux, élégant, et plein d'humanité. Le soin qu'il apporte à la gestuelle, aux expressions, aux regards, est un véritable régal. Et il fallait du talent pour être à la hauteur de cette histoire. Ici, chaque case est utile, riche, forte. Rien n'est lisse, aseptisé, et, partout, des petits détails donnent encore de l'épaisseur, du piquant aussi, à l'histoire. On pourra lire et relire cette bande dessinée et y découvrir des petites choses en plus à chaque passage. Ses couleurs sont simples mais belles, servant parfaitement propos et atmosphère.

La Mondaine est un récit souvent sombre et violent (ce qui en fait un diptyque à réserver à un public averti, autant pour son érotisme que pour la violence sourde qui s'en dégage). Pourtant, la lumière est omniprésente. Les sourires, les rires, les rencontres, les rêves d'enfant, l'avenir. Même, quelques années plus tard, sous les bombardements, c'est la vie qui gagne.

Jordi Lafèbre et Zidrou signent ici le premier tome d'une bande dessinée incroyable, magistralement écrite, mise en scène et dessinée. La Mondaine, c'est la face cachée d'une société qui n'a pas beaucoup changé depuis.C'est ce qui devrait rester secret, ce qui est contraire aux 'bonnes mœurs', mais qui en dit bien plus long sur l'Homme que tout le reste. C'est la vraie vie, le tout saupoudré d'érotisme, de drames et de douleurs, de folie, de rires et de secrets. De ces titres qu'il faudrait découvrir absolument.

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