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La nuit des Morts-Vivants - Tome 1, la critique

Franco-belge Le 03 sept 2014
2
par Sullivan
La nuit des Morts-Vivants - Tome 1, la critique

L’avis de Sullivan5

On a aimé • Une modernisation bienvenue • un dessin qui rappelle parfois Adi Granov
On a moins aimé • La perte du propos de Romero • Encore et toujours des Zombies • Des dialogues en dents de scie

Déjà adapté du côté des USA avec un médiocre titre de John Russo et Mike Wolfer (par ailleurs disponible en VF chez Fusion Comics), le cultissime premier film de George Romero, La Nuit des Morts-Vivants (1968), n'en finit plus d'inspirer le 9ème Art.

Forcément dans le sillage du succès colossal de The Walking Dead, cette nouvelle adaptation propose de moderniser une histoire que vous connaissez déjà tous, et de la transposer dans un contexte contemporain tout en offrant au père des Zombies modernes la possibilité de voir son univers prendre forme au milieu de Times Square et d'autres haut lieux des États-Unis, chose qu'il n'avait pas pu se permettre au cinéma faute de moyens. Mais était-ce bien là l'essentiel ? Les amoureux du cinéaste savent que non, et c'est malheureusement le piège dans lequel tombe ce premier tome signé Jean-Luc Istin (un soldat sûr de Soleil, qui vogue ici chez Vents d'Ouest) et Elia Bonetti (un artiste italien qui navigue entre marché européen et américain).

À l'instar des vampires qui brillent au soleil, des seaux d'eau glacée et des photos dénudées de Jennifer Lawrence, les Zombies sont aujourd'hui un phénomène de société, connu et assimilé de tous. En revanche, en ce qui concerne le message caché derrière cet avatar de morts-vivants décérébrés, il reste encore du chemin à faire et il faudra d'avantage se tourner vers la dernière merveille de Jim Jarmusch au cinéma que vers une BD pour le trouver. Ainsi, ce que Mad Movies n'hésite pas à nous présenter comme "l'adaptation du film culte" (on vous arrête tout de suite, c'est faux) se transforme finalement en vague modernisation du premier niveau de reflexion du film (qui mérite d'être analysé pour être compris), celui d'une vague invasion Zombie. Pas d'histoires de difficultés rencontrées par les communautés auto-formées pour résister aux morts vivants par milliers, simplement un autre point de vue sur un quotidien inéxorablement changé.  Certes, à l'instar de Romero, cette invasion est propre à développer autre chose que les chorégraphies anti-climatiques de morts qui marchent, mais là où le film de 1968 offrait une vibrante critique d'un système capitaliste qui n'aura eu de cesse de s'empirer depuis, Istin transforme l'essence de sa narration en film catastrophe classique, où une famille divisée devra tout faire pour se retrouver au milieu des macchabées, tout en faisant la rencontre d'un trombinoscope de personnages secondaires plus ou moins hauts en couleur.  Évidemment, je ne doute pas du fait que le scénariste ait saisi la véritable pensée de Romero (qui n'offre qu'une porte vers la reflexion, son franchissement étant l'affaire des efforts produits par chacun), et il est d'autant plus dommage de voir de vraies bonnes idées partir en fumée en raison d'un traitement qui me paraît un peu biaisé.

Pêle-mêle, on notera par exemple qu'ajouter un background au personnage de Lizbeth est une belle trouvaille, mais que celle-ci est un peu gâchée par le manque d'empathie éprouvé pour l'héroïne du titre. Autre idée forte : réécrire de façon moderne la catastrophe offre quelques sourires bienvenus, notamment lorsque les héros sortent leurs téléphones portables pour se tirer d'affaire, mais c'est davantage une qualité cosmétique qu'une véritable richesse pour la BD.

Du côté du dessin en revanche, on notera qu'Elia Bonetti brille grâce au format agrandi de la BD, lui qui nous rappelle presque Adi Granov dans certains plans et qui, surtout, apporte un background plus américain à son découpage et à sa narration. Particulièrement à l'aise avec les natures mortes et les paysages désolés, l'Italien offre de vraies belles planches (avares en détails toutefois, notamment dans les séquences d'intérieurs) et parvient à offrir suffisamment de vie à ses cases pour renforcer l'aspect cinématographique inhérent au titre. Malheureusement, quelques cases bâclées sont aussi à noter, même s'il s'agit ici simplement de pigner.

(Vraiment très) Loin d'être l'adaptation du film culte de George Romero malgré ce qu'annoncent la couverture et un Mad Movies qui nous surprend (à la gorge) par une telle affirmation, La Nuit des Morts-Vivants offre un regard plus premier degré à l'épidémie Zombie imaginée par Romero & Russo il y a 46 ans maintenant. Réservé aux aficianados de Zombies jamais rassasiés (et qui trouveront des clins d'oeil à Shaunt of the Dead, 28 jours plus tard et j'en passe), le titre a le mérite de divertir et les auteurs de faire convenablement leur travail, sans jamais parvenir à saisir l'essence de ce qui a fait de son homonyme au cinéma un classique sans précédent.

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