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Critique

Largo Winch - tome 20, la critique

Franco-belge Le 19 nov 2015
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par Republ33k
Largo Winch - tome 20, la critique

L’avis de Republ33k6

On a aimé • Un rythme soutenu • Francq toujours solide • Le focus sur les persos secondaires
On a moins aimé • L'album de la discorde • Trop convenu • Beaucoup de clichés

20 secondes. Rassurez-vous, ce n'est pas le temps qu'il vous faudra pour lire cet album, seconde partie du dyptique inauguré par Chassé-Croisé, mais son titre. Car bien qu'il soit mené à un rythme effrené, ce nouveau Largo Winch reste tout de même assez bavard. Il sera en tous cas symbolique, puisque Jean Van Hamme tire sa révérence au scénario, laissant le célèbre milliardaire voguer sans lui pour les années à venir.

Mais revenons au présent et la sortie de ce vingtième numéro décidément chargé de symboles. A la vitesse à la quelle avait filé son aîné, il ne pouvait en être autrement : cet album s'avère très rythmé, et enchaîne les rebondissements à la manière d'un gros blockbuster bien ficelé. Soyons honnêtes : si le scénario de Van Hamme ne gagne pas en originalité avec cette deuxième partie, il s'avère assez bien conçu pour nous maintenir en haleine. L'auteur prenant d'ailleurs un malin plaisir à placer ses personnages au mauvais moment, au mauvais endroit, comme pour nous faire douter d'un éventuel happy-end.

Ca ne fonctionne qu'à moitié, puisqu'on sait déjà que la série continuera sans son créateur dans quelques mois. Mais on ne peut s'empêcher de remarquer, entre les lignes, la lassitude dont nous faisait part le scénariste en juillet derrnier. Notamment lorsqu'on s'intéresse au personnage de Largo, qui n'est assurément pas le vrai protagoniste de cette histoire. Amoureux et passif, notre milliardaire s'éloigne presque radicalement de sa fougue habituelle dans cet album. Si bien qu'on pourrait considérer Largo Winch comme le reflet désabusé de son scénariste, qui ne sait plus trop quoi faire avec son bébé. Etrange, mais compréhensible, quand on remet l'histoire dans son contexte créatif.

Et finalement, cette étrange sensation de flottement autour du personnage de Largo a du bon. Certes, difficile à croire qu'il est encore le héros de ses histoires. Mais d'un autre côté, peut-être que tout a été dit, et qu'il est plus intéressant (ou en tous cas moins casse-gueule) de s'intéresser à des rôles secondaires - pas toujours très bien utilisés, je pense à Simon notamment  - et assez fort en gueule. Mieux, on évite de tomber dans la mélancolie dont est victime le milliardaire, et on vit au rythme de personnages secondaires qui sont tous, d'une manière ou d'une autre, touchés par sa folie, qu'elle soit financière, aventurière ou amoureuse.

Du côté de la méta-lecture, il y a donc pas mal de choses à se mettre sous la dent. Encore heureux, d'ailleurs, puisque si on souhaite complètement la mettre de côté, l'histoire restera certes efficace et bien menée, mais tout à fait commune. La série devient même, le temps de quelques cases, une parodie d'elle-même. Prenons l'exemple du contenu vaguement érotique de cet album - une constance dans la série Largo Winch. Tous les personnages ou presque finiront dénudés ou dans une aventure d'un soir, dans des scènes toutes aussi stéréotypées les unes que les autres. Dépoussiérer Largo, lui donner du rythme et une nouvelle saveur, ça passe aussi par un changement de la décorum, or ici, tout est en place pour répondre aux exigences de la série, quitte à lui nuire, au passage, avec un trop plein de clichés.

Malgré tout, dans les scènes typiques de la série comme dans les scènes les plus originales, le dessinateur Philippe Francq s'avère impressionnant, et met tout son style au service de la série. Une chose est sûre : lui a encore envie de travailler sur Largo, même sur ses histoires les plus covenues - encore que, ce scénario trouve un écho direct dans l'actualité du moment - et s'avère à la hauteur de sa réputation, malgré des décors parfois un peu vides, et comme nous le disions, des corps certes parfaits anatomiquement, mais placés dans des situations vues et revues.

Ce vingtième Largo Winch porte bien son nom. Son rythme haletant nous empêcherait presque de nous attarder sur les défauts de ce dyptique, caractérisé par un Largo qui, malgré lui, gagne à être en retrait. Seulement, 20 secondes est également l'album de la discorde, et cela se ressent un peu plus à chaque page, que les fans de la série connaissent déjà, et qui ne risquent pas de convaincre les sceptiques. Une conclusion honnête doublée d'un constat assez lucide sur l'état de de cette série culte.

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