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Critique

Le Journal d'Aurore tome 1, la critique

Franco-belge Le 08 juin 2016
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par Elsa
Le Journal d'Aurore tome 1, la critique

L’avis de Elsa8

On a aimé • Le dessin plein d'émotion • Le très bon travail d'adaptation • L'humour
On a moins aimé • Un ton très littéraire qui peut déstabiliser

Parmi son catalogue plein de merveilles, l'éditeur Rue de Sèvres invite régulièrement des auteurs de talent à adapter en bande dessinée des romans publiés à l'Ecole des Loisirs.

Les malheurs d'Aurore.

La vie d'Aurore est un drame : elle est en troisième, nulle en cours, sa grande soeur a la rebellion parfaite, sa petite soeur est parfaite tout court. Autant dire qu'il ne reste à notre héroïne qu'une banalité affligeante. Ses parents sont ennuyeux, sa meilleure amie la désespère, et elle ne comprend rien à l'amour. Bref, ce quotidien est lamentable et Aurore se languit dans son lit en gémissant sur son malheur qu'elle partage avec son journal intime.

C'est au rythme de ce journal, qui place l'héroïne en narratrice du récit, que nous est raconté cette histoire. Ce premier tome (sur deux) court d'octobre à juin, au beau milieu de l'adolescence d'Aurore. Et chaque mois devient un chapitre, entre obligations du calendrier (Noël, vacances scolaires...) et bouleversements imprévisibles.

Tout en justesse.

Adaptation du roman éponyme de Marie Desplechin, ce premier volume nous raconte avec malice et intelligence les tourments de l'adolescence. En plaçant l'adolescente en narratrice, c'est un fait : elle est insupportable. Aurore se lamente, déteste sa vie et les gens, mais ne fait absolument aucun effort, agaçant au passage tout son entourage. Mais l'auteure joue finement de cet agacement, car si suivre les jérémiades d'une ado mal dans sa peau pourrait être éprouvant pour les nerfs, ici tout sonne si juste qu'on se reconnait forcément un peu dans l'héroïne. N'est ce pas le propre de cette période que de détester la vie, de trouver tout nul ? C'est si vrai qu'on finit par s'attacher à Aurore comme à une petite soeur. On sait bien que ses problèmes ne sont souvent pas grand chose, mais qu'ils sont énormes à son échelle, qu'ils emplissent toute sa vie et la rendent réellement malheureuse. En fait Le journal d'Aurore nous rappelle que ce mal-être un peu futile vu de l'extérieur est profondément sincère.

Cela a beau être une adaptation bd, on sent vraiment ici un ton 'Ecole des loisirs'. L'empreinte particulière d'une littérature jeunesse à la fois élégante et malicieuse. Et cela peut être un peu déstabilisant. Ce ton-là, on n'y est pas habitué en bande dessinée et le résultat est assez particulier. Malgré les dessins, la mise en page très réussie, on ne retrouve pas ici l'énergie habituelle du médium. L'ouvrage reste très littéraire malgré tout. Même si l'image apporte beaucoup, on a toujours l'impression étonnante de dévorer un roman. Le Journal d'Aurore ne séduira peut-être pas les amateurs de pure bande dessinée. Dans son travail d'adaptation, Agnès Maupré nous offre une expérience de lecture nouvelle, elle aussi élégante et malicieuse, où l'esprit, voir l'âme de l'oeuvre initiale est parfaitement respectée tout en apportant une émotion différente et subtile.

Agnès Maupré, c'est la talentueuse autrice de Milady de Winter et du Chevalier d'Eon. Un trait gracile et vibrant, qui donne vie à des personnages charismatiques et fragiles, pleins d'émotions. Son dessin se prête donc à merveille au personnage explosif d'Aurore. Avec sa silhouette gracile, elle évolue comme une danseuse dans les cases, jusqu'à nous étourdir un peu. On peut d'ailleurs aussi saluer la diversité de morphologies parmi les personnages (encore trop rare en bande dessinée) qui, alliée à une gestuelle très riche, apporte beaucoup de justesse à l'ensemble. Les plans choisis évoquent vraiment la manière dont Aurore regarderait la scène si elle pouvait y assister à nouveau, de l'extérieur. Parfois vue d'ensemble, le dessin se concentre sur les détails les plus importants à ses yeux en temps voulu. En fait, Agnès de Maupré semble s'être totalement impregnée de l'essence du roman et apporte toute sa sensibilité pour nous restituer cette histoire en dessin. Cerise sur le gâteau d'une bande dessinée très agréable à lire : les pleines pages qui ouvrent chaque chapitre sont absolument superbes. Si le reste de la bande dessinée est réaliste, sur ces pages comme des résumés mystérieux de ce qui nous attend, le dessin se fait plys symbolique, poétique et particulièrement beau.

Le journal d'Aurore est une bande dessinée littéraire. Un texte riche, drôle et juste servi par un dessin délicat et sensible. Une évocation très touchante de l'adolescence dans ses contradictions et émotions fortes.

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