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Critique

Le Loup : communion avec la nature pour une oeuvre d'exception

Franco-belge Le 22 mai 2019
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par LiseF
Le Loup : communion avec la nature pour une oeuvre d'exception

L’avis de LiseF9

On a aimé • Un trait puissant et passionné • Un récit en aucun cas manichéen
On a moins aimé • Un berger un poil antipathique

Au mois de mars 2018, Jean-Marc Rochette publiait chez Casterman le one-shot Ailefroide où il criait son amour pour la haute montagne. Et l'artiste se sent décidément bien dans cet univers. Dans Le Loup, on suit l'histoire d'un berger solitaire au coeur du massif des écrins, face à un prédateur qui partage la même motivation que lui... survivre.

Le berger et le loup se font face

Gaspard est un vieil homme très solitaire. Il a perdu son fils à la guerre, et ne parle plus à sa femme. Au plus fort de l'hiver, les seuls êtres vivants qu'il côtoie, ce sont ses moutons et son chien. Alors qu'il passe la nuit dans les champs avec son chien et son troupeau, le berger est réveillé par les hurlements de ses bêtes. Une louve est en train de les attaquer ! Quand il arrive sur place, il est déjà trop tard : l'animal a égorgé la plupart de ses moutons. Malgré les règles de protection de l'espèce, Gaspard lui loge une balle dans le coeur.

Mais la louve n'était pas seule. Elle était accompagnée de son petit, resté en retrait pendant l'attaque. S'approchant du corps de sa mère encore chaud, il réalise qu'il va devoir survivre seul. Quelques années plus tard, le louveteau devenu grand s'attaque au troupeau de Gaspard, provoquant la mort de son chien Max. Un lien indescriptible, fait de sang et de vengeance, semble alors se créer entre l'homme et le loup...

Où est le bien, où est le mal ?

Épineuse est cette question de la ré-introduction du loup dans nos contrées. Pour beaucoup d'entre nous, c'est une bête majestueuse et essentielle à notre écosystème qui a sa place dans nos forêts. Mais pour les bergers qui emmènent leurs troupeaux en haute montagne, la réalité est bien plus complexe. Et ceux qui ont vu leurs bêtes se faire égorger sous leurs yeux ont soudainement moins envie de défendre le loup. Cet album ne se place ni d'un côté, ni de l'autre. Il montre la nécessité pour les deux protagonistes de survivre, l'un en élevant ses moutons, l'autre en mangeant de la viande qu'il chasse. Finalement c'est juste une tranche de vie venue du massif des Écrins, sans jugement ni prise de position, qu'on découvre en tournant les pages.

On sent l'attachement, fort et pur, de Jean-Marc Rochette pour la montagne et ceux qui la peuplent. Le trait est vif, spontané et se concentre sur l'essentiel. Le visage de Gaspard est souvent vague parce que le personnage est fermé. Mais les représentation des animaux elles, sont fabuleuses. Si le Loup est au centre du récit, l'auteur s'est ici concentré sur la faune , et on se plait à voir défiler les moutons, les aigles, les chamois, les renards... C'est à se demander si l'auteur a du se documenter pour réaliser cette BD, tant il semble connaître cet endroit comme sa poche. Du comportement à adopter quand on est pris dans une avalanche aux placements des refuges de haute montagne, on suit, impressionné, les randonnées de Gaspard en découvrant ce monde impitoyable.

Le Loup est un récit a la fois cruel est touchant. À travers les yeux du berger, nous allons apprendre à comprendre les forces qui se battent sur ces sommets, et trouver le fragile équilibre qui leur permettrait de vivre en harmonie. On a mis 9 à la préquelle du Transperceneige, on met 9 au Loup : sans surprise, Jean-Marc Rochette a tout bon. L'album est disponible chez Casterman au prix de 18 euros.

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