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Critique

Le rapport W : Infiltré à Auschwitz, dans la peau d'un espion

Franco-belge Le 17 juin 2019
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par La rédac
Le rapport W : Infiltré à Auschwitz, dans la peau d'un espion

L’avis de La rédac7

On a aimé • Un travail documentaire titanesque • Des couleurs qui suivent les phases émotionnelles • Des traits d'une rare violence
On a moins aimé • Dur

Les rapports Pilecki (ou Witold) sont les rapports du camp de concentration d'Auschwitz écrits par Witold Pilecki, qui a été chargé par l'opposition polonaise (AK) de créer un mouvement de résistance au sein du camp. Avec les rapports Karski, ils sont une source primaire au sujet de la Shoah dans le monde, ainsi que de précieux témoignages documentaires.

Je l'ai finie, je l'ai lue. Cette BD est si lourde. 265 pages d'un récit pesant au cœur des déportations. Le rapport W : Infiltré à Auschwitz sorti chez Daniel Maghen suit l'officier de cavalerie et membre de l'armée secrète polonaise Witold Pilecki, qui se laisse volontairement interner dans le camp d'Auschwitz en septembre 1940 sous la fausse identité de Tomasz Serafinski. Il réussira à regrouper plus de 300 membres au sein d'un réseau de résistance. Mais l'aide extérieure nécessaire pour créer un soulèvement ne viendra pas. Cette histoire est celle d'un homme chargé d'une mission impossible, dans un contexte de terreur, où chaque jour est un combat pour la survie, pour ne pas se faire démasquer. 947 jours d'enfer où le seul espoir réside dans la capacité des prisonniers à s'entraider.

"Ce fut un moment de combat intérieur. Pendant ces quatre jours, j'allais dormir au camp et je travaillais toute la journée dans cette maison en ville. Dans ces allers-retours, je passais alternativement de l'enfer à la terre. Et, petit à petit, la rébellion montait en moi. Une chose devenait de plus en plus claire : le temps était venu de passer à l'action."

Se souvenir du pire de l'humanité

Dix-huit mois de travail continu, une étude documentaire rigoureuse pour rester fidèle à la réalité et un nombre de cases qui dépasse la raison. Gaétan Nocq s'est investi corps et âme dans ce projet titanesque. Je n'ose imaginer le nombre de crayons, de craies, de pastels qui ont dû être utilisés pour remplir toutes ces pages. Des silhouettes qui se devinent dans la neige, une discussion hors du temps où le décor disparaît, la violence dans les traits, dans un visage, dans un silence. Les couleurs oscillent du mauve pâle d'un souvenir, au bleu profond de la nuit, du rouge chaud de l'été aux ocres beige rosées poussiéreuses. Les lignes sont hachées, dynamiques, comme tracées dans l'urgence de l'action. Passionné d’Histoire et de peinture, l'auteur livre un roman graphique aux allures de carnet de voyage. Une aventure poignante, un récit terrible et véridique qui nous plonge dans cette guerre insensée, dans cette prison déshumanisée, témoin des pires atrocités.

"Je veux transmettre la mémoire de manière sensible par la bande dessinée, qui est un des supports les plus accessibles. La mémoire, c'est notre culture. L'émergence de la culture est essentielle pour la vie de l'humanité, à l'heure où les totalitarismes, le racisme, l'antisémitisme, sont encore à l'affût."

J'ai le cœur lourd en écrivant ces mots, car forcément on ne ressort pas indemne d'une histoire pareille. Le rapport W : Infiltré à Auschwitz​ est disponible au prix de 29 euros aux Éditions Daniel Maghen.

Par RedFanny
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