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Le roman des Goscinny : regards de femmes sur un grand auteur

Franco-belge Le 27 aout 2019
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par La rédac
Le roman des Goscinny : regards de femmes sur un grand auteur

L’avis de La rédac9

On a aimé • Des reproductions de dessins de Goscinny issus des archives familiales • Un focus mis sur une période moins connue du scénariste • Le dessin bienveillant et chaleureux de Catel • De la sincérité à toutes les pages
On a moins aimé • Un choix politique d’équilibriste

Il est l’un des scénaristes les plus connus de la bande dessinée franco-belge. Elle est sa fille unique, celle qui parle pour lui désormais, tout en étant romancière. Ils sont les Goscinny père et fille et c’est son histoire à lui, son regard à elle, que Catel met en scène dans sa nouvelle biographie, Le roman des Goscinny.

Kiki, Benoite Groult, Olympe de Gouges, Joséphine BakerRené Goscinny. Cette association ne convenait pas à la bédéaste Catel, qui souhaite mettre en avant,dans son travail, les femmes qui ont marqué sa vie et l’Histoire. René Goscinny est un homme. Un de ceux qui ont construit l’autrice qu’est devenue Catel. Mais pas une femme. Alors l’artiste a triché. Elle a choisi d’associer une autre figure féminine marquante pour elle, même si moins pour l’Histoire : Anne Goscinny. Une amie, une partenaire d’écriture et sans doute un des meilleurs témoins à interroger pour comprendre qui était René Goscinny.

Mais c’est donc une double biographie qui nous est offerte. Une dominante, René, un contrepoint, Anne. D’où le titre, “les Goscinny”. Qu’on pourrait d’ailleurs étendre à la mère de René, autre personnage très présent dans le livre. On peut entendre la ligne directrice qu’a voulu se donner Catel. En tant que lecteur, il faut en prendre acte. Mais cette oeuvre reste plus celle de René que celle d’une famille. Il n’y a pas de honte à avoir de mettre en avant une figure masculine inspirante. René Goscinny est indéniablement un grand, il méritait une biographie de ce type là. Merci à Catel d’avoir fait évoluer son oeuvre.

L'errance nourrit les esprits affûtés

Il fallait démarrer cet article par une réflexion autour du titre et du propos de l’autrice. Elle l’inscrit dans son oeuvre, pose ces différents éléments à la réflexion du lectorat. On ne pouvait les passer sous silence. Mais il n’en reste pas moins que cet album est une biographie de René Goscinny de très grande qualité. Précisons d’abord que celle-ci s’arrête aux débuts d’Astérix et de Pilote. La période de rédacteur en chef, d’auteur à succès, a déjà été longuement abordée dans différentes bandes dessinées, Catel a donc bien choisi en ne cherchant pas à être exhaustive.

Car ce faisant, elle nous donne à comprendre de façon intime qui était ce grand scénariste. La relation très personnelle entre Catel et Anne Goscinny lui permet d’accéder à une matière extrêmement intime. Les années d’errance à travers l’Atlantique, les années de galère américaine, ses multiples échecs et son rapport désabusé à l’American Dream, sont des moments passionnants et extrêmement éclairants quant à la psychologie de l’homme. Cette intimité permet aussi à Catel de publier des reproductions des propres carnets, planches et illustrations dessinés par René Goscinny. Car oui, Goscinny était d’abord un dessinateur. Beaucoup l’ignorent sans doute et le découvriront avec gourmandise grâce à cet album. Caricatures, bandes dessinées d’humour, avant d’être un grand raconteur d’histoire Goscinny était un artiste complet. Moins bon dessinateur que scénariste, comme il le concède en parlant de sa relation avec Albert Uderzo. Mais voir naître l’artiste peu à peu, au fil de ses carnets, est un grand privilège pour lequel nous pouvons remercier Catel et Anne Goscinny. Qui, à ce stade, aurait presque plus mérité une place de co-autrice que de simple personnage… Accéder aux reproductions de la première page du premier scénario d’Astérix est aussi un grand privilège.

Ces chapitres sont écrits à la première personne. Catel a réalisé un impressionnant travail de compilation de sources, de façon à pouvoir mettre en scène René Goscinny avec ses propres mots. Elle s’est appuyée sur de nombreuses interviews données par le scénariste. Il y a donc un son extrêmement juste, dans ces pages.

Une fille face à son père

Et puis il y a les chapitres consacrés à Anne Goscinny. Du moins, qui lui donnent la parole comme un Grand Témoin, fil rouge d’un reportage. C’est pour cela qu’elle pourrait aussi être aisément qualifiée de co-scénariste de cet album, tant on comprend que son apport personnel a été immense pour permettre à Catel de mieux comprendre celui qu’était son père. On sent que Catel conserve la maîtrise, mais elle ne cache rien de l’influence de cette femme, dont on comprend aussi qu’elle devient une amie chère. Cet album, c’est aussi une complicité qui se crée entre deux femmes, qui iront jusqu’à concevoir une oeuvre réellement commune, Le monde de Lucrèce, roman jeunesse illustré.

C’est peut-être pour cela qu’Anne Goscinny ne pouvait être qualifiée de partenaire sur Le roman des Goscinny. Parce que cela parlait trop de son histoire et pas d’une histoire qu’elle aurait conçue. Quand on est sujet, difficile d’être autrice en même temps. Le choix de Catel prend donc toute sa pertinence. Un temps différent, pour des rôles différents.

Quand une artiste pose des principes dans son oeuvre, il est facile de venir pinailler dessus. Il n’en reste pas moins que Le roman des Goscinny est une oeuvre essentielle pour comprendre cet acteur majeur de la bande dessinée européenne qu’a été René Goscinny. Et que cet album tient parfaitement sa place aux côtés des grandes figures féminines et féministes de l’oeuvre de Catel. L’amour des ses sujets se transmet plus encore par son trait. C’est du Catel et comme toujours, du grand Catel. L'album sera disponible dès demain chez Grasset.

Par Yaneck Chareyre
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