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Critique

Le Syndrome du petit pois, la critique

Franco-belge Le 21 avr 2016
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par Elsa
Le Syndrome du petit pois, la critique

L’avis de Elsa8

On a aimé • La douceur du dessin • Un récit intime et universel • Un témoignage touchant
On a moins aimé • L'autobiographie implique de ne ressentir cette histoire que du point de vue du seul héros et c'est parfois un peu frustrant

La Boite à Bulles publie des bandes dessinées qui, toujours, entre les lignes, racontent l'humain. Ici, il est question du deuil d'une relation mère-fils, dans Le Syndrome du petit pois.

Quand tout se détraque.

Max a tout pour être heureux : il est marié à Coquillage, la femme de sa vie, et ensemble ils ont une petite fille, et attendent un deuxième enfant. Mais un petit grain de sable vient enrayer le mécanisme de son bonheur : sa mère est malade. Elle est atteinte du syndrome de Benson. Il se sent rassuré quand le médecin lui dit qu'elle n'a pas Alzheimer, pourtant il réalise au fil du temps que la maladie de sa mère n'est pas 'moins pire'. Petit à petit elle perd la mémoire, et avec elle, ses repères. Combien de temps faudra-t'il pour qu'elle ne reconnaisse plus ses enfants ? Et va-t'elle pouvoir continuer à vivre 'normalement' ?

Lest pensées de Max se partagent désormais entre son angoisse face à l'évolution de la maladie de sa mère, la distance qui s'instaure entre Coquillage et lui (deux enfants en bas âge ce n'est déjà pas une mince affaire pour un couple, encore moins quand les ennuis s'accumulent) et des projets professionnels qui prennent beaucoup de temps et d'énergie au dessinateur. Ces derniers lui apportent une bouffée d'air frais salvatrice, mais lui laisse aussi moins de temps et d'énergie pour le reste.

Pudique et sensible.

Avec beaucoup de sensibilité, Domas se raconte dans cette période douloureuse où il a dû faire le deuil de sa mère, pourtant encore bien vivante. Réaliser petit à petit qu'il sera seul à porter ses souvenirs, apprendre à ne plus reconnaitre celle qui l'a élevé, quand elle-même commence à ne plus le reconnaitre. Reconstruire une relation malgré la maladie. Une période trouble où, dans le même temps, sa vie de couple s'est aussi compliquée.

L'exercice de l'autobiographie n'est pas facile. C'est une histoire d'équilibre. Domas parvient avec aisance et pudeur à rendre ce récit particulièrement touchant, en donnant à son expérience personnelle une valeur plus universelle. Chaque lecteur doit affronter l'âge adulte, dans ses douleurs et ses complications. Il devra un jour, comme l'auteur, réaliser que grandir, c'est aussi voir ses parents vieillir, et les perdre. C'est un témoignage, un partage d'émotions personnelles, une histoire que l'auteur raconte avec sincérité, simplicité, et douceur. Le Syndrome du petit pois n'a pas un sujet très gai, les émotions qui le traversent sont souvent tristes, pourtant c'est aussi l'histoire d'une reconstruction.

Au début du récit, le héros perd tous ses repères. Au fil des pages, il apprend patiemment à reconstruire son monde avec ces nouvelles cartes en main. Il réalise qu'il ne peut pas simplement regarder la situation se dégrader en se laissant aspirer par la tristesse, mais qu'il doit reprendre le dessus, tirer le positif de tout ce qu'il peut, et trouver ses marques. Se battre pour ceux qu'il aime. C'est une jolie leçon de vie qu'il partage avec nous. On pourra peut-être être un peu frustré, mais c'est le jeu de l'autobiographie, de ne voir ce moment de vie que par le seul point de vue de Max. On aurait par exemple aimé savoir la manière dont Coquillage a vécu cette période.

Le Syndrome du petit pois est une bande dessinée longue par la taille, mais qui se lit avec fluidité. C'est par le détail et les petits riens du quotidien que Domas raconte son histoire. Des souvenirs, des bouts de conversations, des moments qui semblent anodins mais sont pourtant plus douloureux, ou heureux, que tous les autres. La construction du récit ressemble à la vie, complexe, multiple, où famille, vie de couple, travail, projets s'entremêlent et s'entrechoquent. Il y a une douce poésie dans sa manière de raconter, de mettre en image ses émotions.

Le trait du dessinateur est à l'image de sa narration, doux et sensible. La mise en scène montre avec une économie de mots les sentiments, les émotions qui traversent le héros. Le noir et blanc, parfois rehaussé de rouge, s'associe particulèrement bien aux émotions du héros, traduisant autant sa détresse qu'une certaine légèreté, selon les moments. 

Le Syndrome du petit pois est un récit autobiographique sensible et touchant, qui parle de deuil et de renaissance. Une histoire à la fois intime et universelle dans les émotions qui traversent le héros. 

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