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Les jours qui restent : un bonheur qui se gagne n'a rien de niais

Franco-belge Le 15 fev 2019
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par La rédac
Les jours qui restent : un bonheur qui se gagne n'a rien de niais

L’avis de La rédac8

On a aimé • Une narration parfaitement maîtrisée • Des personnages touchants • Une bienveillance communicative
On a moins aimé • Une longue durée de réalisation qui se voit parfois

L’époque est au cynisme, au machiavélisme. Pour être grand, il ne faut même plus vaincre, il faut terrasser, écraser. L’époque vous ennuie ? Alors profitez de l’album Les jours qui restent publié par Delcourt pour vous offrir une parenthèse d’empathie, de respect, de bonheur. Eric Dérian et Magalie Foutrier nous font un petit cadeau qui ne se refuse pas.

Il y a Charlotte : elle est jeune, étudiante en art, a un copain et tout l’avenir devant elle. Il y a Daniel, quinqua séparé de sa femme, qui n’a pas vu ses filles depuis longtemps et bosse à domicile. Il y a Catherine, la quarantaine, un job de bureau où ses collègues la méprisent, pas de vie sentimentale et une mère récemment décédée. Mais surtout, ces trois là sont malades, à différents stades de leur maladie, handicapante, pesante. Trois vies foutues? Sûrement pas !

Un album au contexte particulier

Six ans. C’est le temps qu’il a fallu au scénariste pour venir à bout de cet album. Créé initialement en court récit pour un laboratoire médical et avec un tout autre dessinateur, il aura fallu tout ce temps pour qu’il devienne album one-shot, avec Magalie Foutrier au dessin. Ces années qui ont passé se perçoivent un peu au début de l’album. Sans faire offense à la dessinatrice, on voit une marge de progression entre ses premières et ses dernières pages, notamment sur l’encrage. Pour aller vers le mieux, c’est une très bonne chose. Mais cette évolution se perçoit et s’explique. Eric Dérian a eu besoin de beaucoup de temps pour produire cette histoire complète. Mais ce n’est sûrement pas un problème pour le lecteur une fois l’album entre les mains.

L'auteur, chorégraphe de vies

Il y a un enjeu fondamental en bande dessinée : la narration. La façon dont le ou les auteurs, racontent une histoire, la mettent en scène. Il y a des réalisations discrètes, qui servent le récit sans en avoir l’air. Et il y a des réalisations qui vous donnent le sentiment d‘assister à un ballet parfaitement chorégraphié. Votre regard est emporté, vous suivez le fil de l’art, sans jamais avoir été brusqué et avec une sensation que tout est parfaitement naturel. 

Comme cet album. Eric Dérian est aussi le directeur de l’Académie Brassart-Delcourt, une école de bande dessinée. Il faut avoir du cran pour enseigner des principes et produire des oeuvres sur lesquelles on sera jugé. Les élèves de l’ABD peuvent être rassurés, leur directeur maîtrise parfaitement cet art de la narration. 

Les trois histoires, au premier abord isolées en dehors du lien à la maladie, vont peu à peu se croiser, se mêler, pour ne faire plus qu’un seul récit cohérent à la fin. Et si on voit les choses arriver, on est toujours surpris par les résolutions proposées. De sorte à ce qu’en fermant le livre, il y ait une forme d’évidence. Par delà la maladie, ses difficultés réelles qui ne sont jamais niées, du bonheur est possible. De la vie peut émerger de tout ça. 
Vraiment, Les jours qui restent est un album qui fait du bien.

Un dessin entre audace et bienveillance

Magalie Foutrier est un choix très intéressant pour illustrer cette histoire. Elle possède un trait tout en rondeur, en expressivité, qui permet de se concentrer sur la démonstration des émotions. Il y a une pointe de caricature dans son dessin. Pas pour moquer ou créer le rire, juste pour essayer d’atteindre l’universalité des sentiments. La simplification de la représentation renforce notre empathie envers les personnages. On notera aussi des effets de mise en scène inattendus, comme ces aplats de noir qui viennent enfermer Charlotte lorsqu’elle est en crise. La narration s’en retrouve renforcée et le lecteur vibre encore plus fort avec les personnages.  Ajoutons à cela des couleurs délicates , des lumières douces qui cajolent le lecteur et vous comprendrez qu’on a une proposition graphique parfaitement en phase avec l’histoire.

Il fait froid, c’est l’hiver, vous êtes chez vous, il pleut et vous avez reçu votre salaire version prélèvement à la source, bref, le temps est gris. Prenez une couverture, une boisson chaude et ouvrez Les jours qui restent. Vous vous serez offert une belle session calino-thérapie. Ça devrait même être remboursé par la sécu ! L'album est disponible chez Delcourt au prix de 19 euros.

Par Yaneck Chareyre
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