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Critique

Les Rigoles, une ode à la frénésie de vivre et aux désenchantements

Franco-belge Le 27 sept 2018
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Les Rigoles, une ode à la frénésie de vivre et aux désenchantements

L’avis de Tifaine Pmtl8

On a aimé • La force narrative et esthétique • Pouvoir s'identifier aux combats et aux fragilités des personnages • Un dessin sensible haut en formes et en couleurs
On a moins aimé • La surcharge occasionnelle de textes

Lorsque je me suis intéressée à l’expérience des Rigoles de Brecht Evens, paru chez Actes Sud BD le 29 août dernier, je n’avais aucune idée précise de ce à quoi je m'attendais. J’avais surtout été très interpellée par la couverture, dont la large palette de couleurs avait fait sur moi l’effet d’une attraction magnétique. 

Petit à petit, j’ai donc découvert l’histoire de Jona, Rodolphe et Victoria, trois âmes indépendantes égarées dans le brouhaha et la vie incessante de Paris, en construction, déconstruction et reconstruction actuelle d’eux-mêmes.  C’est après lecture seulement que j’ai pris connaissance du résumé officiel, traitant de “nuit d’été", de “plus belle ville du plus beau pays”, de “princes et princesses d’Europe” puis de “quête d’émerveillement”. Perplexe dans un premier temps, j’ai fini par en conclure qu’effectivement, ce résumé avait été le meilleur possible qu’on avait pu me livrer des Rigoles de Brecht Evens

L’ivresse de la ville, représentation personnelle et juste

Prenez un jeune homme naïf, pas mauvais dans le fond, pur à sa manière mais qui souffre de solitude, de la malhonnêteté de son entourage et de la nostalgie de son enfance, vous obtenez Jona.

Prenez un jeune homme empli de rage de vivre, flamboyant, désireux de ne faire qu’une bouchée de l’univers mais souffrant de l’injustice, de sa réceptivité du monde et de sa volonté de n’être jamais conditionné (à tous les points de vue), vous obtenez Rodolphe

Prenez une jeune femme dont l’énergie déborde, vive d’esprit, lucide au potentiel émotionnel illimité, mais écrasée par son manque d’estime de soi, sa peur d’être constamment blessée à cause de sa haute sensibilité et légèrement ennuyée des gens et du cadre qui l’entourent, vous obtenez Victoria. (Les descriptions sont évidemment dégrossies, mais eh, faut bien vous laisser l’occasion de vous faire votre propre point de vue !)

Trois personnalités, trois âmes perdues, des balades nuptiales dans les excès de Paris, mais aucun contact entre les protagonistes au cours de l’histoire, simplement une connexion. C’est un peu de cette façon que j’ai appréhendé Les Rigoles.

Des formes et des couleurs qui dansent, partout

Chaque forme, chaque parcelle de couleur étalées dans Les Rigoles sont des détails à parts entières. Par exemple : comment représenter l’effacement de soi lorsqu’on ne vit plus qu’au travers de l’ombre de son homme, lui-même un peu trop préoccupé par la condition de son ex, elle-même un peu trop en phase de demande d’attention (et/ou d’affection) ? Tentez une vaste tâche d’aquarelle, vulgairement esquissée, ne possédant plus aucun trait de visage ni de corps distinctifs, juste une forme, refaisant uniquement surface de temps à autres pour appuyer les propos de son petit copain, puis re-disparaissant aussitôt.

Ou encore, comment représenter la folie, l’exaltation de la vie après avoir baigné (trop longtemps, peu importe l’exactitude de la durée) dans la dépression et le renfermement de soi ? Faites-en un homme mutant en bête (dans le cas présent, sous emprise de substances illicites) se déshumanisant, lui ainsi que les personnes autour.

Cette aptitude, Brecht Evens sait comment en user, et j’avoue avoir été touchée par ses métaphores visuelles tout en subtilité et en poésie. Enfin, je ne pourrais pas conclure sans évoquer la générosité graphique de l’auteur/dessinateur, qui ne nous laisse pas l’occasion de nous ennuyer une seconde (et c’est tant mieux !), si tant est que le style nous plaise un minimum à la base. Sans surprise... c’était mon cas !

Du coup ?

Si je devais résumer, Les Rigoles c’est passer d’un monde à un autre, de divers traits de crayons, diverses profondeurs, diverses gravités, avec une palette de couleurs toujours plus riche et des images qui vibrent, pour finalement n’évoquer qu’une seule et même scène. Dans cette oeuvre, il n’est clairement pas question de pudeur, mais plutôt de (se) dévoiler, affronter ses démons en société et c’est une belle représentation de ce qu’évoque le livre, finalement... L'album est disponible au prix de 29 euros chez Actes sud.

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