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Les voleurs de beauté : Quand la splendeur fane, jusqu'où irions-nous pour la retrouver ?

Franco-belge Le 14 nov
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par La rédac
Les voleurs de beauté : Quand la splendeur fane, jusqu'où irions-nous pour la retrouver ?

L’avis de La rédac6

On a aimé • Une jolie gamme colorée et glaciale • L'intrigue est intéressante • Ça se dévore sans une seconde d'ennui
On a moins aimé • Quelques déceptions dans le scénario • Des personnages parfois incohérents

Dans ce royaume du paraître, où être beau ouvre toutes les portes, qui ne tuerait pas pour l'élixir de jouvence ? Le temps qui passe, les rides qui se creusent, les cheveux blancs. Quand la perfection des autres devient un obstacle, quoi de plus simple que de leur prendre ce qu’il nous manque. « Les voleurs de beauté » est une adaptation du roman de Pascal Bruckner publié en 1997 et lauréat du prix Renaudot la même année. L'album est un one shot, scénarisé par Philippe Thirault et dessiné par Manuel Garcia.

Sur la route de leurs vacances d’hiver, Benjamin et sa fiancée Hélène sont pris dans une tempête de neige et se voient forcés de frapper à la porte de la première maison qu’ils rencontrent. Le chalet est tenu par un couple de sexagénaires, sensiblement jaloux de cette jeunesse perdue. L’étau se referme peu à peu. Perdus dans la montagne, personne ne les entendra crier...

Une beauté qui fait froid dans le dos

Toute l’histoire est racontée au travers d’un homme admis aux urgences qui refuse catégoriquement de retirer le masque antipollution qui cache son visage. Intriguée, Mathilde une jeune interne va écouter son histoire et découvrir son secret terrifiant. Entre les couloirs blafards de l’hôpital et le cadre hivernal, le récit est baigné d'une palette de couleurs bleutées. Le dessinateur Manuel Garcia installe une ambiance glaciale, comme un courant d’air qui remonte le long de notre colonne vertébrale. Les murs blancs, la route enneigée, la pâleur des visages contrastent avec des ombres d’un noir profond.

Les rares touches de couleurs chaudes sont délavées, comme si l’image elle-même avait pris de l’âge et fané au soleil. Les cases laissent beaucoup de place au vide. Peu de dialogues, peu de décors différents, et des silences lourds de sens. La première page illustre parfaitement ce thème central de l’apparence. Une femme abandonnée au milieu de nulle part tombe sur un miroir, et la vue de son reflet la pétrifie d’effroi. Pour le couple, l'exhibition de la beauté de leurs cadets est perçue comme une torture. Ils décident alors de séquestrer Hélène et de mettre Benjamin face un choix impossible.

Que faire face aux ravages du temps ?

Les réactions de Benjamin parviennent à questionner le lecteur. Passée la quarantaine, la cinquantaine, la soixantaine, lorsque notre reflet dans le miroir ne correspondrait plus à l’idéal auquel nous pouvions aspirer, pourrions-nous résister à la tentation d’une jeunesse retrouvée ? Que serions-nous capables de faire pour nous contrer les ravages du temps ? Mais surtout, à quel point est-ce que notre propre apparence et celle de nos proches influencent nos choix et nos vies ?

Seul bémol, la fin de ce one-shot nous sort complètement de l’aspect jusque-là réaliste. Le twist scénaristique, bien que surprenant, vient perturber la crédibilité des personnages et de l’histoire. Il reste en fermant la bande-dessinée le goût amer de la déception, alors que les problématiques étaient intéressantes.

Une critique de notre société actuelle, toujours plus dans la glorification du corps parfait. De bonnes intentions, de belles gammes colorées. Il ne nous reste plus qu’à lire le roman original pour creuser l’idée... L'album est disponible au prix de 15 euros chez Glénat.

Par RedFanny
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