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Critique

Love Story à l'iranienne, la critique

Franco-belge Le 01 fev 2016
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par Elsa
Love Story à l'iranienne, la critique

L’avis de Elsa5

On a aimé • Des témoignages rares • L'Iran vu dans son quotidien • La construction immersive
On a moins aimé • Une situation trop complexe pour être résumée à travers ces quelques témoignages

Jane Deuxard est le pseudonyme d'un couple de journalistes partis à la rencontre de jeunes iraniens, de manière clandestine. Ils souhaitaient connaitre leur regard sur le régime en place, en savoir plus sur leur révolte. Mais finalement, ces jeunes adultes ne cherchent plus à s'opposer. Ils composent avec le régime, le poids des traditions et des interdits pour essayer de s'aimer, chacun à leur façon. Cette enquête est illustrée par Deloupy.

Echanges clandestins.

À travers tout l'Iran, le duo a rencontré des jeunes, et discuté avec eux de sentiments et de mariage arrangé, de rencontres et de sexualité, avec en filigrane la place de la femme, toujours plus cloisonnée et difficile. Des échanges qui évoquent aussi la famille, le travail, l'argent, la politique... 

La bande dessinée relate ces échanges, dans un ouvrage découpé en chapitres qui racontent chacun un entretien.

Voix et regards.

C'est un regard de l'intérieur, où la fougue de la jeunesse laisse place à la désillusion. Dans ces discussions mises en scène en bd, on découvre le quotidien de la jeunesse iranienne, majoritairement de classe moyenne. Les risques qu'ils prennent, le rôle de la famille dans leurs choix de vie, les dangers qui sont partout. Ce sont autant de chemins de vie, de choix, de renoncements, avoués le temps d'une rencontre. En effet pour leur sécurité, les auteurs et les personnes qui se sont confiés à eux ne se reverront plus. Au-delà des mots, des anecdotes racontées, les planches nous racontent aussi un peu de la vie en Iran, aujourd'hui, en mettant en scène les rues, les commerces, les parcs.

Ces témoignages sont enrichissants, permettent de mieux comprendre une situation dont on sait peu de chose. Pour autant, on y trouve une dizaine de témoignages, récoltés au hasard des rencontres, et surtout auprès de ceux qui ont bien voulu parler. C'est en fait une multitude de points de vue sur la situation, que l'on imagine cependant bien plus complexe. Construit comme un reportage, mis en dessin comme un carnet de voyage, Love Story à l'iranienne apporte des éléments de compréhension rares et donc précieux, mais laisse un petit sentiment d'inachevé, en restant peut-être un peu trop anecdotique. Tous ces petits bouts d'échanges et de vie ne parviennent pas totalement à former un grand tout.

Côté dessin, le trait raconte en même temps les émotions et personnalités des personnes rencontrées, et restituent les décors d'un Iran côté villes. Les planches sont immersives, et nous font voyager dans le quotidien iranien, avec son ordinaire et ses spécificités. Le dessin sert vraiment le propos et le rend vivant et humain. Le regard des auteurs est neutre. Etrangers et occidentaux, ils rapportent ce qu'on leur a confié sans édulcorer ni juger, devenant les passeurs de ceux qui rêvent (ou non) de plus de liberté.

Love story à l'iranienne est le fruit d'une volonté de savoir et de comprendre la vie des jeunes iraniens d'aujourd'hui. Peut-être est-ce le choix de ne pas analyser qui laisse une impression d'inachevé, au-delà du fait que quelques témoignages ne permettent pas de rendre compte d'une situation entière, mais il n'en reste pas moins un recueil intéressant, qui laisse la parole à ceux que l'on prive progressivement de toutes leurs libertés.

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Love-story à l'iranienne
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