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Luminary tome 1 : les français aussi savent faire du super-héros !

Franco-belge Le 13 mai 2019
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par La rédac
Luminary tome 1 : les français aussi savent faire du super-héros !

L’avis de La rédac9

On a aimé • Un hommage pertinent aux comics de super-héros des années 60 • Un regard incisif sur la société américaine des années 70. • Une mise en couleur chaleureuse et porteuse • Une édition de base grand format qui permet de pleinement apprécier le travail graphique.
On a moins aimé • Des gimmicks scénaristiques un peu voyants

Le scénariste Luc Brunschwig aurait pu commencer sa carrière en scénarisant la série Photonik de Ciro Tota. Cela ne s’est pas fait à l’époque et trente ans plus tard, voici sans doute le plus bel hommage que l’on pouvait rendre au super-héros français, paru en ce mois de mai aux éditions Glénat, sur un dessin de Stéphane Perger.

Est-ce enfoncer une porte ouverte que de dire que les américains n’ont pas l’exclusivité du super-héros?  On pourrait le penser. Mais le genre a connu un tel discrédit pendant des années en France, avant que le cinéma ne les rendent “cool”, qu’il n’est pas inutile d’explorer cette sentence. Ciro Tota, créateur donc de Photonik pour les éditions Lug dans les années 80, a longtemps été isolé. Quand bien même une pointure telle qu’Albert Uderzo lui-même, ait commencé sa carrière en reprenant des personnages américains.

Aujourd’hui, une génération de créateurs qui a été nourrie aux comic-books tient les manettes. Ils peuvent donc se faire les hérauts de (Galactus) leurs champions de jeunesse. Thierry Mornet et son Garde Républicain, Laurent Lefeuvre et son Fox-Boy (en financement Ulule au cours de ce mois de mai), sont des noms que les amateurs de comics connaissent bien désormais. 

Vers qui va réellement l'hommage ?

Il faut à présent aussi compter sur le scénariste Luc Brunschwig. Et plus que vers Tota, c’est vers Stan Lee que pointe son hommage dans Luminary. Évidemment, cette histoire fait référence à Photonik, la postface est très claire à ce sujet (et très intéressante, ne passez pas à côté). C’est ce personnage de jeune bossu devenant être de lumière qui est au coeur des évènements. Mais Luc Brunschwig choisit de bâtir son origin story sur des principes qui étaient chers au grand concepteur des héros Marvel

D’abord, par la dimension “sociale” qu’il donne au personnage. Certains reprocheront sans doute une certaine dose de “pathos”, avec un père méprisant, un demi-frère bourreau et une infirmité qui ne sera jamais résolue. Mais est-ce pire que de perdre ses deux parents bébé avant de voir mourir sous ses yeux son “parent adoptif” ? Ou que d’être un brillant scientifique dont la vie sera ruinée par un geste d’altruisme qui le verra se transformer en monstre poursuivi par l’armée ? Sans doute pas et c’est justement ce qui a marqué plusieurs générations de lecteurs dès les années 60. Le héros Marvel devait avoir souffert pour que son ascension au statut de héros en soit plus forte. Darby McKinley appartient à cette veine.

Autre grand principe made in Stan Lee, la dualité héros / super-vilain. Le bien et le mal liés par leur essence. Brunschwig construit exactement cela avec Luminary. Ce semblable qui lui, ne bénéficie pas des forces morales du héros et qui sombre de l’autre côté. Vous découvrirez qui prend cette place et comment au fil des pages. 

Brunschwig qui fait du Brunschwig ?

Mais cet album n’est pas simplement un hommage sans âme. Luminary tient une place parfaitement logique dans la bibliographie du scénariste Luc Brunschwig. La question sociale n’est pas juste un prétexte à s’appitoyer sur l’enfance du héros. En développant le personnage de Billy, l’auteur trouve le vrai témoin des errances d’une époque. Ce qui est une marotte particulièrement identifiable chez Brunschwig. Le racisme de la société américaine, sa capacité à générer de la haine et à s’en nourrir. Ce sont des thèmes déjà largement abordés dans Le pouvoir des innocents ou même dans XIII Mystery. Le massacre de masse comme amorce de la folie, la domination de l’émotion sur la rationnalité, tout cela est contenu dans les différentes séries de l’auteur.

Mais justement, le scénariste doit faire attention. On pourrait commencer à voir dans la reprise de ces différents éléments, centraux dans Luminary, incontournables, une forme de recette scénaristique. Une facilité d’écriture trop souvent récurrente. Voici un écueil sur lequel ne pas s’échouer, après trente années de carrière.

Stéphane Perger : sculpteur de lumières

Il serait particulièrement injuste de ne pas consacrer un focus particulier, dans une critique, au travail de Stéphane Perger. Car c’est son oeuvre qui donne une dimension supérieure à l’histoire de Darby. On a très souvent connu l’artiste pour des productions sombres ou démentes. L’essence du personnage principal de Luminary l’amène à faire rayonner son talent avec force et chaleur.

Il donne ici sans doute le meilleur de son travail. Son trait est réaliste, mais il ne cherche pas à se faire trop précis. Perger n’est pas un adepte de l’abondance de coups de crayons. Le dessin est épuré, il atteint la juste nécessité. Ce n’est pas le crayon qui modèle la page, c’est le pinceau. Et on sait que Stéphane Perger est presque plus sculpteur que peintre. La matière qu’il modèle, c’est la lumière. Cet élément essentiel du travail des coloristes, c’est la très grande force de Perger. Les décors comme les personnages prennent vie par la luminosité, par l’intensité de celle-ci et les contrastes avec les ombres.

Luminary tome 1, par Brunschwig et Perger aux éditions Glénat, représente donc le lien parfait entre comics de super-héros et bande dessinée franco-belge. Les amateurs des deux styles s’y retrouveront avec plaisir, ce qui fait de cet album une des lecture indispensables de ce printemps 2019. L'album est disponible au prix de 20 euros chez Glénat.

Par Yaneck Chareyre
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